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Le 26/04/2007 - 12h22
Par
SPORT / Mark Bailey
Pour parvenir au sommet de l'Everest, les alpinistes doivent venir à bout d'une succession diabolique de dangers. Sport vous embarque pour le plus périlleux des voyages, jusqu'au sommet de la plus redoutable montagne de la planète, là-haut, à 8 850 m.
350 jours par an, l'Everest est inaccessible. En revanche, pendant deux semaines, au début du printemps, une fenêtre s'entrouvre, pendant laquelle la montagne la plus redoutable au monde daigne accorder quelques accès vers son sommet. Mais, même à ce moment-là, la fenêtre peut soudainement se refermer, avec des conséquences catastrophiques. L'humeur de la montagne est cruciale pour la réussite de n'importe quelle expédition. Pendant l'ascension, les alpinistes peuvent être paralysés par des températures descendant jusqu'à -60 °C ou fouettés par des vents soufflant jusqu'à 195 km/h. La météo change parfois en un instant, une simple tempête pouvant ensevelir une expédition sous deux mètres de neige fraîche.
Pour conquérir leur graal, les grimpeurs doivent traverser un labyrinthe d'obstacles naturels, qui sont les cerbères de la véritable forteresse qu'est l'Everest. Au fil des ans, plusieurs voies vers le sommet ont été explorées. Notamment par le versant sud-est à partir du Népal et par le versant nord-est en passant par le Tibet. Ces deux itinéraires sont les plus reconnus. Le plus fréquenté restant le trajet sud-est par la voie classique, qui suit les traces de Sir Edmund Hillary et du Sherpa Tenzing Norgay, qui furent les premiers à atteindre le sommet, en 1953. Après un départ de Katmandou, la capitale népalaise, l'expédition passe par le village de Lukla, puis rejoint le camp de base de l'Everest, à 5 334 m d'altitude. C'est à partir de là que commence à proprement parler l'ascension.
Bruits de fin du monde
La section la plus redoutée de la montée par la face sud-est, c'est la cascade de glace de Khumbu, juste au-dessus du camp de base. Le glacier de Khumbu est une étendue de neige gelée qui longe le versant sud-est et se fracture en blocs de glace pointus. Ces séracs peuvent atteindre les 25 mètres de haut. Dans cet environnement instable et grinçant, règne une incroyable cacophonie. Des craquements et des bruits de cascades dus à la fonte de la neige. Et le choc lugubre des colonnes de glace qui s'écroulent à cause du mouvement du glacier. Il est vrai qu'il bouge de 300 mètres chaque année. Avec ces blocs de glace susceptibles de se détacher à chaque instant, ce passage est généralement emprunté tôt le matin, quand le givre de la nuit scelle encore ces gigantesques masses entre elles.
De là, les grimpeurs rejoignent la combe ouest, à 6 160 m d'altitude. Une vallée de glace trouée d'énormes crevasses. Pour franchir ces entrailles, les alpinistes fabriquent des ponts avec des cordes et des échelles. Une manoeuvre rendue d'autant plus dangereuse que les grimpeurs sont chaussés de gros crampons. Puis vient un passage exceptionnellement abrité, où la vallée est réchauffée par les rayons intenses du soleil qui se reflètent sur les " buildings " gelés. Les alpinistes se retrouvent alors dans une chaleur étouffante. Après cet épisode, les membres des expéditions ont généralement besoin d'une nuit entière pour se réhydrater et faire disparaître les maux de tête intenses provoqués par le soleil et la réverbération. À 7 300 m, apparaît le Lhotse, une muraille de glace et de rochers. C'est une énorme montagne qui encadre l'Everest, un passage obligé sur le chemin du sommet, à travers la roche nue balayée par le vent.
La zone de la mort
Ici, à 7 920 m d'altitude, on entre dans la zone de la mort. À cette
altitude, l'environnement est tellement hostile et le manque d'oxygène
tel, que les hommes ne peuvent pas survivre au-delà de trois jours,
même avec des bouteilles d'air comprimé. Pour cette raison, la montée
doit être très rapide. Le dernier camp se situe dans un couloir, entre
le sommet et le Lhotse, exposé à des vents violents, qui menacent à
tout instant d'emporter les tentes. L'ultime montée vers le sommet débute généralement en pleine nuit, à
la lumière des torches, pour atteindre le haut de la crête vers midi,
laissant ainsi assez de temps et d'oxygène pour le retour.
Alors que le soleil se lève et que les grimpeurs approchent des derniers 90 mètres à la verticale, ils aperçoivent une crête acérée bordée de précipices vertigineux, qu'ils vont devoir traverser. À quelques mètres sur la gauche, un abîme de 2 400 mètres plonge vers le Népal Sur la droite, une falaise de 3 000 mètres surplombe le Tibet. Puis, à 30 mètres du sommet, se dresse le " Hillary Step ", un rocher de 12 mètres qui bloque l'accès et pompe les dernières forces des alpinistes. Ce rocher résume la nature de l'Everest. Une montagne très technique, qui en demande toujours plus aux hommes alors qu'ils sont déjà épuisés.
Sur le toit du monde
Le final est ensuite une lente et laborieuse procession, car l'expédition est constamment secouée par les vents. Après avoir passé des semaines à scruter vers le haut de la montagne pour apercevoir le sommet, il apparaît enfin. À ce moment-là, l'horizon est en dessous des alpinistes, qui se retrouvent debout sur le Toit du monde, avec pour récompense de leurs efforts surhumains, une vue fascinante à 360° sur l'Himalaya. C'est un instant magique mais éphémère car, déjà, il faut songer à la descente. À cause de l'épuisement et de l'inhospitalité des lieux, les cordées ne restent pas plus de dix minutes au sommet.
Un retour à risques
Émus, les vainqueurs pourraient alors avoir le sentiment d'être au bout de leurs peines. Mais les statistiques prouvent le contraire : 80 % des accidents mortels se produisent durant le retour. Les dangers rencontrés au cours de la montée sont toujours bien là. Sauf qu'à présent, les hommes vacillent, épuisés physiquement et émotionnellement par l'épreuve qu'ils viennent de vivre, affaiblis par le manque d'oxygène. Tous les alpinistes l'admettent : la seule chance de survie quand on a atteint le sommet de l'Everest, c'est que la montagne reste tranquille pour vous laisser redescendre. C'est ce que Sir Edmund Hillary avait magistralement résumé après son expédition historique en 1953 : " Nous n'avons pas le sentiment d'avoir conquis l'Everest, avait-il dit. Nous avons juste eu le sentiment que l'Everest s'était radouci. "
Mark Bailey
A l'assaut du sommet
En raison de l'aspect militaire que requiert la préparation d'une
expédition au sommet de l'Everest, les alpinistes s'inspirent de la
technique dite du " siège grimpant. " Des camps de base permanents ont été édifiés sur chacun des versants
nord et sud de la montagne. Ils tiennent lieu de quartier général
logistique pour toutes les expéditions. À partir de là, des campements
de tentes sont érigés de plus en plus haut, tous les 1 500 m. Pour
permettre aux équipes de s'acclimater au manque d'oxygène, les
expéditions grimpent jusqu'à un campement durant la journée et
redescendent dormir plus bas, suivant l'adage : " Grimper haut, dormir
bas. " Enfin, à 200 m du sommet, ils dressent le camp final à partir duquel ils partent à l'assaut de l'Everest.
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