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Le 27/09/2007 - 10h39
Par
SPORT / Stéphane Méjanès
Il était parti pour gravir quatre sommets de plus de 8 000 m en deux mois. Il a dû renoncer après deux réussites. Mike Horn est rentré déçu de l'Himalaya, mais a vécu une expérience inoubliable. Récit vérité.
" Je suis un blaireau, un novice de la montagne ! " En s'attaquant pour la première fois à l'Himalaya, Mike Horn ne se payait pas de mots. Humilité avant tout. Pour mener à bien son projet d'atteindre en deux mois quatre sommets de plus de 8 000 m au Pakistan, l'aventurier s'était entouré de vrais spécialistes : Jean Troillet (huit 8 000 m sur quatorze possibles, Fred Roux (trois 8 000 m), Olivier Roduit (deux 8 000 m). La météo a stoppé l'aventure à 7 300 m, sur le Broad Peak (8 048 m), après deux réussites sur les Gasherbrum I (8 068 m) et II (8 035 m). Reste des choses vues, des leçons à méditer et des émotions inoubliables.
LE SOMMET N'EST PAS UN BUTL'une des découvertes de Mike Horn, plutôt habitué à voyager au
niveau de la mer, aura été le manque d'oxygène. " On vit sur un espace
très réduit de la Terre. Là-haut, on sort de notre espace vivable. On a
7 % d'oxygène, les décisions sont très lentes à prendre, les réactions
très longues pour corriger un crampon qui glisse, un piolet qui
n'accroche plus." La fragilité de l'homme dans ces terres hostiles, il
l'a touchée du doigt au gré de macabres rencontres.
DE MACABRES RENCONTRES
" En montant, tu vois des morts sur des arêtes. Ils arrivent au
sommet, commencent à redescendre sur 200 m et pensent que c'est gagné.
Ils s'assoient, s'endorment et ne se réveillent plus jamais. Ils ont
les yeux bouffés par les oiseaux, ils sont secs, noirs, brûlés par le
soleil. " Engagé dans une course pour sa propre survie, le grimpeur n'a
pas le temps de s'attendrir. " Ça fait partie du décor. On est dans un
autre monde, on doit arriver en haut. Quand on y est, on regarde autour
de soi, on est au sommet de la Terre, là où de grands avions volent. Et
puis, on voit les nuages qui arrivent vite, on réfléchit difficilement,
on se demande si on sera capable de descendre, de ne pas faire d'erreur
fatale. Chaque pas doit être calculé. Il n'y a qu'un seul chemin pour
le retour. " Par-delà les difficultés, Mike Horn conservera pour
toujours le souvenir d'émotions presque indicibles. " Quand on arrive à
7 800 m, que l'on voit le sommet à 200 m, le coeur commence à battre
fort. On sait que l'on peut réussir, même si les derniers 100 m
prennent une heure. En haut, j'ai des images de visages pleins de
larmes. Comme quand Jean a atteint son dixième 8 000 m et moi mon
second. "
MIRAGES EN HAUTE ALTITUDE
Ce qui se passe au sommet est difficile à faire partager. La scène
peut pourtant se révéler cocasse. " Avec le manque d'oxygène, même se
serrer la main devient difficile. Tout le monde respire très fort [il
mime un énorme bruit de turbine]. Au premier sommet, on est resté une
heure. À un moment, Jean m'a dit : Tu vois la Chine, les maisons, les
voitures, les gonzesses ? Je lui ai répondu : Jean, tu as fumé un
pétard ou quoi ? Je ne vois rien !Ces hallucinations, c'est le signe
qu'il faut redescendre. " Une question de vie ou de mort dont la
réponse semble aller de soi... Quoique. " Tu es tellement bien en haut
que tu ne veux pas repartir. Il y a un diable qui te souffle : Reste !,
et un ange qui te crie : Descends !. Tu sais que tu as 3 km de descente
dangereuse sur des plaques de glace, dans la neige. Pourquoi ne pas
rester là où tu es bien ? "
Dans ses précédentes expéditions, Mike Horn avait pour habitude de
marcher sans relâche. " Sur l'océan Arctique, quand la glace commence à
dériver, il faut sortir de la tente et avancer, que le temps soit bon
ou mauvais. même s'il fait -50 °C. " Au Pakistan, pour 60 jours passés
dans les camps de base, les grimpeurs n'ont finalement pu profiter que
de six jours de bonnes conditions. Une situation nouvelle pour lui.
UN CAMP DE BASE CINQ ETOILES
" C'était presque trop passif. J'étais un peu frustré. Quand il
neige, on ne peut pas monter. Puis, tout à coup, la météo change, on
doit vite aller jusqu'au sommet et revenir. C'est tout ou rien, en un
minimum de temps. " Une technique qui a cependant permis au quatuor de
réussir là où ont peiné les tenants de l'alpinisme traditionnel (départ
du camp de base puis succession de camps avant le sommet). " On est la
seule expédition à avoir atteint le Gasherbrum II, cette saison. Les
gens passent trop de temps dans les camps. Ils oublient qu'on est là
pour grimper, pas pour manger et dormir. " Un raccourci très " hornien
" qu'il argumente avec un certain bon sens. " Au camp de base, c'est le
luxe ! On a des tentes, on est bien installé sur des matelas épais avec
des sacs de couchage que l'on peut faire sécher tous les jours. On a
des ordinateurs, on peut communiquer. On peut même regarder un film.
C'est un hôtel cinq étoiles ! "
UN DRAME EVITE DE JUSTESSE
Entre le confort des camps et les visions dues à l'altitude, le côté
extrême se niche parfois là où on ne l'imagine pas. " Parmi les dangers
de la montagne, il y a les avalanches, les chutes de pierres, la météo.
Tout ça, c'est naturel. Mais, il y a aussi les chutes d'êtres humains.
Je ne pensais pas que ça pouvait être aussi dangereux. " La révélation
est arrivée au milieu du couloir des Japonais, dans la descente du
Gasherbrum I. " Depuis le sommet, il y avait quatre gars qui nous
collaient. En pleine nuit, vers 2 h du matin, je me suis posé pour
laisser un écart avec Jean, qui était devant. Tout à coup, j'ai vu un
gaillard passer à côté de moi, la lampe frontale qui volait, les
piolets qui giclaient, les sacs à dos arrachés. Je pensais que c'était
un corps mort. Il a frôlé Jean. Deux secondes plus tard, un deuxième !
Et, là, il attrape Jean avec ses crampons dans les jambes. Ils se sont
arrêtés 150 m plus bas, juste avant les séracs et 2 000 m de vide. "
L'enfer, c'est les autres et, en deux mois de terrain, Mike Horn a pu
faire un constat navrant : il y a là-haut la même proportion
d'imbéciles qu'en bas. " J'ai donné mon piolet à un des gars qui était
tombé. Il était choqué. Je lui ai dit que je le récupérerais au camp 1.
Arrivé en bas, j'ai dormi à côté de sa tente. Il est arrivé, il m'a
ignoré et il est allé se coucher. Il a presque fallu que je me batte
pour reprendre mon matériel ! ". Désormais, ces territoires semblent
accessibles à tous. La surpopulation des camps de base constatée par
l'aventurier sud-africain en est la preuve. Certains candidats ne sont
pas forcément prêts à affronter de tels défis, Mike Horn en est
persuadé. " Je ne sais pas si c'est la montagne qui est dangereuse. Je
crois que c'est l'homme qui n'a plus de respect. "
un récit plein d'humanité.
un aventurier de l'extreme fabuleux