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Le 12/04/2007 - 12h06
Par
SPORT / Stéphane Méjanès
Christian Holl n'est pas un musicien comme les autres. La planète est son studio d'enregistrement, la nature son instrument. Avec ses micros, il capte la pulsation de la vie, animale, végétale et minérale. Rencontre avec un poète globe-trotter.
" Je suis dans la forêt, au Gabon. J'ai installé une plate-forme entre deux arbres, à 10 m du sol. J'enregistre des sons d'ambiance pour un documentaire. Soudain, un groupe de treize éléphants s'approche. Ils m'ont vu. Je suis un intrus, je sais qu'ils peuvent déraciner un arbre, me jeter à terre et me piétiner. Alors, je commence à leur parler. Doucement. Ils me reniflent avec leurs trompes mais, sans doute tranquillisés par la mélodie non agressive de ma voix, ils me laissent en paix. Je suis resté là 8 heures, sans dormir, à fixer sur mes bandes leurs activités, des accouplements, des bagarres. C'était magique. "
C'est pour ces instants exceptionnels que Christian Holl parcourt le
monde depuis presque vingt ans. Le casque sur les oreilles, le magnétophone en
bandoulière et, dans les poches, une batterie de micros ultrasensibles,
perfectionnés au fil de ses voyages, il écoute le monde. Mi-Tintin mi-Indiana
Jones, il part à la rencontre des peuples et de la nature pour composer le chant
de la Terre. Mais, contrairement à Gustav Mahler, ses instruments ne sont pas
ceux d'un orchestre symphonique. Des fourmis au Niger, le glissement d'une
jonque dans la baie d'Along, au Vietnam, un cactus gorgé d'eau sur l'île de
Komodo, en Indonésie, les cathédrales calcaires des Tsingy de Bemahara, à
Madagascar, rien n'échappe à sa curiosité ni à son imagination. Il tend
l'oreille partout et en tout sens pour capter des sons inouïs.
Quelles
sononorités peut bien produire une liane guatémaltèque que l'on frotte ?
Qu'entend donc un Bouddha en pierre en partie immergé dans les eaux du Mékong ?
Quelle sorte de vibration émet le coeur d'un arbre de la forêt de Brocéliande ? À
toutes ces questions, Christian Holl apporte des réponses. Au retour, dans le
petit studio de son appartement parisien, il les couche sur ses partitions pour
ciseler des mélodies à la fois simples et envoûtantes.
Des airs accessibles à
tous, comme l'a compris l'Unesco en choisissant, pour commémorer ses 60 ans, les
compositions d'un séjour au Cambodge. Celui qui se considère comme un invité
partout où il se déplace, mène aujourd'hui la vie dont il rêvait lorsque la
vocation lui est venu. Christian a 9 ans en 1969. Il passe des vacances à
Villefranche-sur-Mer. Un cinéma en plein air a été installé dans la Citadelle.
On y projette Il était une fois dans l'Ouest, de Sergio Leone. Le souffle du
vent qui fait grincer une éolienne, une mouche qui vrombit sur le visage de
Charles Bronson, le tout en résonance avec l'harmonica de la partition d'Ennio
Morricone. L'enfant reste subjugué par cet univers sonore. " Je voulais entrer
dans le film, se souvient-il. Je me suis dit : c'est ça que je veux faire. "
Faire tomber les murs du son
Quelque 38 ans plus tard, il peut inscrire sur sa carte de visite : chasseur
de sons, compositeur, musicien de la nature. " Je n'ai pas l'impression d'avoir
un métier, confie-t-il. J'aime créer chaque jour. J'aime combler le vide. "
Avant d'en arriver là, il a pris quelques chemins de traverse. À 10 ans, il
compose des chants religieux à la guitare (mai 1968 est passé par là, même si
Patrick Bouchitey ne chante pas encore Jésus reviens dans la Vie est un long
fleuve tranquille). À 14 ans, il est reçu au Petit Conservatoire de Mireille et,
à 20 ans, il sort son premier 45 tours. Mais, pour passer de la Variété à la
variété... des sons, il a fallu passer par la fenêtre.
"J'ai voulu me faire
engager comme compositeur sur le terrain mais il n'y avait pas de budget pour ça", se souvient-il. Sur ses premiers tournages, il se cache donc sous une
casquette d'ingénieur du son. Au fur et à mesure, il impose son art. Tout aurait
pu s'arrêter en 2000. Il est opéré d'une tumeur au cerveau qui lui fait perdre
l'audition de l'oreille gauche et ne lui laisse qu'une corde vocale. Trois mois
plus tard, il doit partir en Himalaya. Il demande à des amis de le déposer
chaque jour au pied de la tour Eiffel. Il gravit d'abord quelques marches à
grand-peine mais, au bout d'un mois, il atteint le 1er étage. L'aventure peut
continuer. "Ça a donné un véritable sens à mon travail, confie Christian.
Désormais, je rends grâce à la vie, à la beauté de la nature et des êtres. "
Comme pour faire tomber les murs du son.
Stéphane Méjanès
Christian Holl
Né le 13 février 1960 à Paris, chasseur de sons, compositeur
1969-1973 : compose des chants religieux
1974-1979 : Petit Conservatoire de Mireille
1980 : 1er 45 tours, Shooting Star's Light
1985 : Best Music Composer Award au Festival de Tokyo avec Femme dans ma
vie
1988 : bande-son du magazine " Adventure " (M6)
1988-1992 : compose pour " Les animaux du monde " et " Ushuaia " (TF1)
1994 : compose l'Air de rien, album de Georges Chelon
1998-2000 : musique de " Animal Zone " et " Zone sauvage " (Fr2)
2001-2002 : musique de " Aventures sauvages " (Fr3)
2005 : compose Sans défense pour Clémence St-Preux
2006 : compose Où es-tu ?, album de Clémence St-Preux
Avril 2007 : lance www.christian-holl.com
Juin 2007 : livre-CD Angkor sur partition (Nouvelle Prod), disponible en
ligne
Septembre 2007 : début du tournage de trois documentaires pour Arte : "
Madagascar ", " Route des esclaves du Bénin au Brésil en bateau " et " Himalaya
".
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