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Aventure

Le 27/03/2009 - 10h55
Par SPORTWEEK / Alexandre Dupeyron

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Raid en Patagonie, le crunch du bout du monde

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Au coeur de la Patagonie, dans le raid le plus sauvage du monde. On a encore perdu, mais cette fois-ci, avec les honneurs. Et par les temps qui courent, ce n'est déjà pas si mal.

Bourrasques pluvieuses, vents glacés qui balaient les eaux. Sans un regard pour les montagnes enneigées et les iceberg des fjords, la Française Jari Kirkland termine la préparation de son kayak. Une jolie blonde, coquette, qui se vernit les orteils avant
de se lancer dans le Wenger Patagonian Race : un raid unique au monde de 600 kilomètres en bateau biplace, en VTT et à pied, avec cartes et boussoles pour s'orienter. 16 équipes nationales sont engagées. Jari Kirkland appartient au team France, vainqueur de cette course folle en 2008 et logique favori. Sauf que, cette fois, les Bleus affrontent l'ennemi juré anglais : armada supportée par une ribambelle de sponsors. Et c'est parti pour le crunch. 

Faux départ
Les raideurs français partent comme des bombes. Gilles Lelièvre, triple champion du monde de kayak, mène sur 90 km ses trois équipiers dans les fjords glacés sud-américains. Les Bleus prennent la tête. Cocorico. Mais arrivés sur une zone au nom prédestiné, " Les Eaux du dernier espoir ", les conditions météorologiques se dégradent. Les équipes mettent pied à terre, sur ordre de la marine nationale. La poisse. Un nouveau départ est donné.

Humour british
Transfert en bateau pour le départ du VTT. Tout le monde est à nouveau réuni pour 100 km de course, mais le quatuor anglais s'échappe sur les sentiers caillouteux et commence à chambrer. " Nous étions très surpris de terminer premier de cette étape, devant les Français ", lâche dans un sourire le Britannique Bruce Duncan. Mais bien
sûr... Heureusement, nos frenchies suivent de près. Et Bruno Rey, leur capitaine, n'a plus que son rival d'outre-Manche en tête. Le match est vraiment lancé.

Coup de bambou
Démontage des VTT et deux jours de trek en vue. 55 km à galérer. Quelques Reyons de lune percent une nuit profonde. Les raiders français s'engagent dans la forêt. "L'orientation à la carte s'avère compliquée, avoue leur éclaireur, Cyril Margaritis. Notre seul repère est une rivière et il pleut sans arrêt. " On essaie de rester motivés ! " Mais ici, on pose un pied par terre et on tombe dans une tourbière, avec de l'eau jusqu'aux fesses ", peste Bruno Rey. Les Tricolores, épuisés et perdus, dorment deux heures sans tente et sous la pluie. Pire, ils accusent désormais trois heures de retard sur les Anglais.

Seuls au monde
Seconde étape de VTT. Cette fois-ci, 137 km. Le team France est décomposé. " La nuit dernière était un cauchemar éveillé ", admet leur capitaine. Les rares éclaircies ne suffisent pas à assainir le chemin couvert de boue. Ça glisse, les chutes s'enchaînent, le chronomètre tourne. Les équipes doivent arriver à temps pour prendre le dernier ferry qui mène au départ de la prochaine épreuve. Seuls les Anglais et les Français y parviennent. Les autres attendent jusqu'au lendemain.

Inégalité, fraternité...
Départ de la deuxième section kayak. 88 km. Des vagues d'un mètre se forment, les vents contraires balaient le plan d'eau. " S'il n'y avait pas le bateau de sauvetage, j'arrêterais ici, confie notre champion du monde, Gilles Lelièvre. Je n'amène pas mes gars au casse-pipe. " Les Bleus naviguent sur 15 km et enchaînent avec des portages entre marécages, lacs et cours d'eau. " On est mal équipés ", s'énerve leur leader, en hypothermie à cause des pluies diluviennes. Côté anglais, les sponsors ont pensé à tout. Ils bénéficient même d'un dispositif de portage sur mesure pour leurs kayaks. À 6 heures du matin, les Français arrivent à l'embouchure où les Britanniques ont déjà passé une nuit de sommeil avant la dernière épreuve, qui décidera du vainqueur.

Last but not least
Ultime trek de 120 km. La course suit un itinéraire le long de la rivière, entre sommets enneigés et cols bordés de falaises. Les deux formations émergent de la forêt après deux jours de marche forcée. Puis se ruinent les pieds sur les berges caillouteuses. Les Bleus n'ont rien mangé depuis 24 heures. Après plus de 7 jours de course, ils finissent deuxièmes, 20 heures derrière les Britanniques. Une performance honorable : le Canada, bon dernier, arrive une journée après. Au total, seules 3 équipes sur 16 rejoignent la ligne d'arrivée. Dans le raid du bout du monde, entendre le coup de sifflet final constitue déjà un exploit.

Texte et photos de notre correspondant à Punta Arenas (Chili) Alexandre Dupeyron

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