Le 24/09/2008 - 15h31
Par
SPORT / MS
Yves Rossy : "En vol, la liberté est totale"
SportWeek
Prévue mercredi, la tentative de traversée de la manche grâce à une aile à réaction a été repoussée à jeudi du fait des conditions météorologiques. Yves Rossy s'est confié à Sportweek sur les dessous de son aventure.
Vous espérez devenir le premier homme volant à traverser la Manche. Ce record est-il un rêve ?Absolument. Depuis que je suis gamin je veux voler et prendre de l'altitude. Je suis devenu pilote de chasse puis pilote de ligne et ensuite j'ai découvert la chute libre. J'ai alors su que c'était le truc le plus proche de mon rêve de gosse. Tu ne sens pas que tu tombes, tu as l'impression de voler. L'idée de mon aile, c'était d'ajouter une dimension supplémentaire à la chute libre en contrôlant l'altitude et la direction.
Pourquoi avoir choisi la Manche ?
Au début, on penchait pour le
Grand Canyon. Les photos auraient été énormes mais pour le symbole, la
Manche c'est mieux. Louis Blériot a fait la même chose entre Calais et
Douvres il y a 99 ans. Il est devenu le premier homme à traverser une
énorme étendue d'eau donc La Manche c'est historique et symbolique
mais aussi connu dans le monde de l'aéronautique. En plus, c'est parfait pour
notre niveau technologique puisque la traversée ne doit pas durer plus
de 12 minutes.
Faire l'histoire vous excite-t-il ?Je le fais pour le faire. Je
réalise mon rêve et celui de beaucoup de gens. C'est la chose la plus
gratifiante de ma vie. Quand vous avez une idée, vous la mettez sur un
bout de papier, vous faites un plan, vous construisez et vous testez en espérant la réussite. Beaucoup ont essayé et beaucoup sont morts en
essayant. Aujourd'hui, la technologie a rendu l'exploit possible. Je
crois que ma traversée est englobée dans quelque chose de plus grand. J'espère que ceux qui sont morts en risquant leur vie pour développer
l'idée qu'un homme peut voler me regarderont de là où ils sont et
qu'ils auront beaucoup de plaisir en voyant quelqu'un réaliser un bout
de leur rêve...
Des dessins de Leonardo De Vinci au mythe d'Icare, les hommes ont toujours été fasciné par l'idée de voler. Vous êtes celui qui va pouvoir transformer le rêve en réalité ?L'homme voulait être un oiseau. Au début, les dessins d'hommes volant copiaient les oiseaux. Cela ne marchait pas car il fallait de grandes ailes et beaucoup plus de puissance. Pour y remédier on a crée des boites avec de grosses ailes, les avions. C'est fantastique bien sûr mais les avions ne sont que de grosses boites volantes. Désormais, la technologie permet aux humains d'être de nouveau au centre des choses, c'est ce dont nous avons toujours rêvé !
Superman, Iron Man ou encore The Rocketeer n'ont qu'à bien se tenir...J'ai vu les films et je crois que peu à peu, la technologie avance lentement mais sûrement pour nous permettre de voler comme ces super-héros. Ces films prouvent surtout que dans l'esprit de l'homme, l'envie de voler est toujours largement présente. Voler nous excite encore et j'ai prouvé que le potentiel existe pour réaliser ce rêve..
Il y a 35 kilomètres entre Calais et Douvres. Etes-vous confiant sur vos chances de succès ?Oui,
je me sens bien. Mais bon, tant que vous n'êtes pas en vol, vous ne
pouvez être sûr de rien. C'est pour cela que j'étais heureux des trois
vols d'essais que nous avons fait en août. J'ai tenu 12 minutes et 20
secondes et il me restait un peu d'essence donc on va voir. C'est vraiment serré car le vent et la météo entrent en compte mais, c'est faisable.
Pouvez-vous nous décrire vos sensations en vol ?La liberté est totale. C'est un mélange entre le rêve et la réalité. Vous volez mais c'est en quelque sorte irréel. Vous êtes comme nu, c'est comme un monde parallèle, c'est incroyable d'être là et très euphorisant. Vous réalisez aussi en plein vol que personne ne fait ça et vous, vous le vivez ce qui est incroyable. Ensuite vous sentez l'air, la pression, la vitesse...
Avez-vous peur ?Au début du vol, lors de la phase de largage, et à l'arrivée, à l'atterrissage, je dois être très concentré. Cela peut vite partir en vrille à ces moments là mais pendant le vol en lui même, ce n'est que du fun !
Puis-je essayer ?J'espère que vous le pourrez. C'est le premier prototype, c'est très lourd et dur à piloter mais j'espère bien pouvoir en faire un plus simple. Il y a un potentiel énorme, ce serait pour chacun, pas juste les forces spéciales ou les pilotes !
Que se passe-t-il dans votre tête juste avant d'être largué de l'avion avec cette aile accrochée dans votre dos ?Il y a de la tension mais j'espère juste que cela va bien se passer. On est très centré sur soi mais j'essaye aussi de penser aux gens qui m'ont aider à réaliser le projet. Bien sûr, je suis nerveux alors je me motive en me disant que j'ai une chance énorme, que je réalise mon rêve, que je dois chasser les idées noires et seulement m'amuser !
Avez-vous un autre projet aussi fou ?Je prépare une aile plus petite pour monter à la verticale comme dans un avion de chasse. Je ne suis pas le seul au monde à me pencher sur ce défi alors imaginez une formation de 5 hommes volants volant autour des nuages. Cela serait fantastique !
Merci pour vos explications et bonne chance pour votre défi...C'est moi qui vous remercie et oui, j'ai besoin de chance !
Propos recueillis par Mark Bailey, traduction Matthieu Sustrac
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