Le 26/03/2010 - 09h45
Par
SPORTWEEK / Aurélie Beaudouin
Jean-Louis Étienne repart en expédition, début avril, pour un survol du pôle Nord en ballon. Une aventure scientifique et humaine à la fois, avec Zinedine Zidane pour parrain.
Un héros de romans ! Aventure, découvertes et défis, le baroudeur humaniste Jean-Louis Étienne aurait sans aucun doute séduit et inspiré Jules Verne. À pied, en bateau, en ballon, au Pôle Nord, dans l'Himalaya, en Patagonie, sur l'île de Clipperton... le médecin-explorateur tarnais a déjà vu du pays. Et ce n'est pas fini ! Jean-Louis Étienne a en effet décidé de conclure sa trilogie arctique, qui avait débuté par une traversée à pied en solitaire du pôle Nord, en 1986, et une dérive sur l'océan dans une capsule de 13 m3 en 2002, par l'expédition Generali Arctic Observer : un survol du pôle Nord en ballon. Plus exactement en rozière, qui permet de rester en l'air plusieurs jours grâce à un mélange d'hélium et d'air chaud.
Début avril, dès que les conditions météo seront optimales, l'explorateur s'envolera pour un voyage de 8 à 12 jours et 3 500 km si tout va bien, depuis l'île du Spitzberg, au nord de la Norvège. " L'objectif, c'est de survoler le pôle Nord géographique. L'idéal serait ensuite d'atterrir en Alaska, mais cela pourrait très bien se faire au Canada ou en Sibérie... Tout dépendra des vents ", explique Jean-Louis Étienne. Pour veiller à la bonne marche du ballon, une équipe d'experts guidera l'explorateur à distance, depuis Saint-Denis (93). Le routeur belge Luc Trullemans cherchera les " veines de vent " les plus favorables, et le coordinateur de vol, Christophe Houver, conseillera l'explorateur sur les altitudes à garder.
Entraînement à Chamonix
Dans le même temps, un important programme pédagogique* sera mis en place pour que des élèves des écoles, collèges et lycées puissent suivre l'aventure en temps réel via Internet, et être sensibilisés au problème du réchauffement climatique. Au-delà de la belle aventure humaine que vivra Jean-Louis Étienne, son périple en rozière servira de support à une grande première scientifique : la mesure du CO2, du champ magnétique et des particules présentes au-dessus du pôle Nord. " Les données seront envoyées en temps réel aux différents laboratoires avec qui je collabore. Moi, je ne m'en occupe pas ",
explique-t-il.
L'explorateur de 63 ans a tout de même pris le temps d'apprendre à se servir de ces outils ultra-technologiques qui n'ont que très peu servi jusque-là. " Dans ce genre d'expédition, il y a une devise : tout ce qui n'a pas été testé ne marche pas ", prophétisait-il il y a quinze jours, aux Carroz-d'Araches, près de Chamonix, lors d'une séance d'entraînement. Emmitouflé dans sa célèbre doudoune orange, Jean-Louis Étienne a testé grandeur nature le magnétomètre. Non sans s'être enquis auparavant du score du match Real Madrid-Lyon... Jamais avare d'explications pour les néophytes et les curieux, il a effectué plusieurs vols captifs en montgolfière, sa rozière étant, elle, déjà au Spitzberg depuis le mois de novembre. RAS , tout fonctionne à merveille.
De la poésie, Brassens et 45 litres d'eau
Ce que l'explorateur ne pourra en revanche pas tester avant de partir, ce sont les 24 heures de jour permanent qu'il faut supporter durant l'expédition. " Ce ne sera pas vraiment un problème, car dans ce genre d'aventures, quelle que soit la luminosité, on est plutôt en dette de sommeil. L'idéal serait de dormir deux heures, puis rester éveillé six heures. De toute façon, j'aurai un pilote automatique. " Pour passer le temps dans sa nacelle de 2 m de long et 1,5 m de haut, chauffée à 15°C (jusqu'à -30°C à l'extérieur), le Tarnais a tout prévu. " J'emmène un livre de poésie de Christian Bobin, mais aussi 200 morceaux de musique. Du Clapton, du Dire Straits, du Brassens... J'emporte des réserves pour vingt jours, notamment 45 litres d'eau, et de la nourriture bio que j'achèterai au Spitzberg. " Ensuite, il sera temps de se consacrer à son nouveau projet : mettre à l'eau un voilier océanographique de 62 m, utilisant les énergies du futur. Histoire de faire un tour du monde en 80 jours après avoir passé cinq semaines en ballon...
*Espace " éducation " : www.jeanlouisetienne.com/generali_arctic_observer/education.cfm
Un parrain nommé Zidane
Jean-Louis Étienne évoque le parrain de l'expédition Generali Arctic Observer : Zinedine Zidane, autre figure de proue du troisième groupe d'assurances européen.
"C'est la première fois que j'ai un parrain aussi prestigieux. C'est un plus pour moi. Zinedine Zidane a un capital sympathie énorme, notamment auprès des jeunes. Il a une capacité d'attractivité très forte. On a passé deux jours ensemble, il est monté dans la rozière et a semblé très intéressé. Il sera d'ailleurs présent pour mon départ, au Spitzberg. C'est quelqu'un de très intelligent. Il le dit lui-même, depuis l'âge de 14 ans, il est dans le monde du foot, et il l'est encore d'une manière très intensive et passionnée, donc il est ravi de découvrir autre chose. C'est un type qui mène très bien sa vie, il ne va pas aller se fourvoyer dans des choses qu'il n'aime pas ou qui ne l'intéressent pas. Je lui dis souvent : " Tous les deux, on joue au ballon, mais j'en ai un plus gros que toi !"
ITINERAIRE
Né le 9 décembre 1946 à Vielmur-sur-Agout (81)
Docteur en médecine
DESS de diététique et génie alimentaire
Principales expéditions : Course autour du monde avec Éric Tabarly (1977-78),
expédition sur la face nord de l'Everest (1983), traversée du pôle Nord à skis en solitaire
(1986), traversée de l'Antarctique (1989-90), dérive sur l'océan Arctique à bord du
Polar Observer (2002), inventaire naturaliste sur l'île de Clipperton (2004-05).
A retrouver dans le n°230 du magazine Sport :
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