Le 10/10/2008 - 07h00
Par
SPORT / Ronan Folgoas
Dugarry, Djorkaeff, Larqué... les consultants télé se confient
SportWeek
De Jean-Michel Larqué sur TF1 à Christophe Dugarry (Canal +), en passant par Youri Djorkaeff, Sportweek a consulté ces ex-joueurs pros passés en tribune de presse pour commenter le football. Témoignages hors antenne.
Les consultants sont-ils devenus incontournables ?Jean-Michel Larqué (TF1) :
" Ce sont les chaînes de télé qui ont véritablement créé ce besoin de
consultants. Quand j'ai débuté en 1980 sur Antenne 2, j'étais le
premier ex-pro du foot français à passer aux commentaires. Ensuite,
c'est avec la chaîne Canal + que la mode du consultant s'est
généralisée. "
Jean-Luc Arribart (Eurosport) : "
Il faut reconnaître que tous les consultants ne sont pas
indispensables. Mais la plupart du temps, il faut tout de même
reconnaître qu'un consultant enrichit vraiment le commentaire. "
Youri Djorkaeff (Orange Foot) :
" Le consultant est indispensable, car un ex-pro a encore dans son
corps et dans sa tête la mémoire de nombreuses situations de jeu. Grâce
à cela, il est en mesure d'identifier très rapidement les faiblesses
d'une organisation tactique. Par exemple, quand un milieu défensif est
situé quinze mètres trop bas, je le vois tout de suite. Et ça, même le
meilleur des journalistes sportifs ne le verra peut-être pas. "
Un métier ou un passe-temps ?Samuel Lobé (Ma Chaîne Sport) : "
Au départ, il y a une dizaine d'années, les postes de consultants
étaient occupés par des entraîneurs sans club ou des joueurs qui
venaient de mettre un terme à leur carrière. Il s'agissait pour eux de
passer le temps le plus agréablement possible. Aujourd'hui, certains en
ont fait une profession à part entière. En ce qui me concerne, je ne
m'en cache pas, cette activité est transitoire. Mon ambition est de
devenir entraîneur et le poste de consultant me permet justement de
rester en contact avec les décideurs du foot. "
Xavier Gravelaine (France Télévisions) : "
C'est une activité que je fais sérieusement, mais selon moi ce n'est
pas un métier. Ma petite fierté, c'est d'avoir été reconnu par les
patrons de chaîne pour mes qualités. Moi, je n'ai pas un titre de
champion du monde en guise de laisser-passer. "
Olivier Rouyer (Canal +) : " C'est le plus beau des passe-temps. "
Jean-Luc Arribart (Eurosport) : " C'est un métier, un vrai. Ceux qui arrivent les mains dans les poches se ramassent très vite. "
Noël Tosi (Direct 8) : "
Pour moi, c'est une drogue. J'adore ça. Je prends un plaisir fou tout
en apprenant des choses. Commenter des matches du football européen me
permet de faire une sorte de veille technologique. Je suis au courant
des dernières innovations tactiques. "
Quelle est la différence entre un bon et un mauvais consultant ?Olivier Rouyer (Canal +) : "
Le bon consultant va réussir à expliquer pourquoi un attaquant a raté
un but soi-disant immanquable. Le mauvais consultant va hurler avec les
loups ! "
Jean-Luc Arribart (Eurosport) : " Il faut exprimer sa pensée en quelques mots et dans le bon tempo... Et ce n'est pas donné à tout le monde. "
Christophe Dugarry (Canal +) : "
C'est un truc que tu as dès le début ou pas. Bien sûr, on peut toujours
progresser, mais il faut avoir une aptitude pour l'analyse. C'est
toujours facile de faire un constat, mais dire pourquoi une équipe est
dominée, pourquoi tel attaquant éprouve des difficultés à dribbler son
défenseur, voilà ce qu'on peut attendre d'un consultant. "
Qu'est-ce qui peut vous agacer chez un consultant ?Jean-Michel Larqué (TF1) : "
Cette manière, notamment sur Canal + à une époque, de commenter un
match très moyen comme s'il s'agissait d'une finale de Coupe du monde. "
Olivier Rouyer (Canal +) : " Quand il commence à donner son avis sur des choses hors football. "
Jean-Luc Arribart (Eurosport) :
" La manie de chantonner pour dire une phrase à la con comme : "Et le
ballon va sortiiiiir". Ou la propension de certains à faire des private
jokes. "
Christophe Dugarry (Canal +) : " Je ne supporte pas que l'on s'acharne sur un joueur en le faisant passer pour le dernier des nuls. "
Xavier Gravelaine (France Télévisions) : " Je déteste ceux qui survendent un match. Quand le match est mauvais, je le fais bien sentir... et je rame beaucoup. "
Avez-vous un tic de langage ?Christophe Dugarry (Canal +) : " J'ai tendance à dire "c'te passe" au lieu de "cette passe" par exemple, ou bien "au jour d'aujourd'hui". "
Olivier Rouyer (Canal +) : " à chaque fois que je dis "absolument", j'ai envie de me mettre une claque. "
Jean-Luc Arribart (Eurosport) : " J'insiste parfois lourdement avec des phrases du type "c'est très très bien". "
Quelles sont les qualités que vous appréciez chez le journaliste qui commente à vos côtés ?Olivier Rouyer (Canal +) : " Il doit être capable de me mettre un coup de coude pour me faire taire. "
Youri Djorkaeff (Orange Foot) : "
Je travaille depuis seulement quelques semaines avec Denis Balbir, mais
cela me paraît facile avec lui. Je me sens en sécurité. En fait, il
suffit que je marche dans ses pas. "
Xavier Gravelaine (France Télévisions) :
" J'aime quand les rôles sont bien répartis. Moi, je ne suis pas là
pour amener des infos. Il s'agit simplement de rendre le jeu le plus
intelligible possible. "
Christophe Dugarry (Canal +) :
" J'aime quand le journaliste écoute mes interventions et me regarde.
C'est la base pour que l'échange soit de qualité. J'apprécie qu'il
vienne à la rescousse quand je commence à bégayer. "
Quel est votre plus mauvais souvenir de consultant ?Olivier Rouyer (Canal +) :
" Des maux de ventre terribles pendant un match Bordeaux - Auxerre. Le
temps d'aller aux toilettes, Pauleta avait marqué. J'ai juste eu le
temps de
revenir pour commenter le ralenti. "
Entre la langue de bois et la critique systématique, quel ton doit adopter le consultant ?Youri Djorkaeff (Orange Foot) : " La mode du "taillage", très en vogue à la radio, s'est répandu sur certaines émissions. Je crois que cela va lasser. "
Jean-Michel Larqué (TF1) :
" On me reproche d'avoir des têtes de Turc. C'est faux. Simplement, je
n'hésite pas à signaler quand un joueur me paraît totalement hors du
coup sur un match donné. Evidemment, comme je travaille sur une chaîne
à forte audience, mes critiques ont beaucoup de répercussions. "
Samuel Lobé (Ma Chaîne Sport) : "
Certains consultants ne sont plus dans l'analyse, ils sont dans le
show, ils ont envie de faire du buzz, point barre. Si Raymond Domenech
répond à leurs critiques, ils ont l'impression d'exister ! "
Xavier Gravelaine (France Télévisions) :
" Je ne fais aucune publicité aux banderoles débiles qui peuvent
fleurir dans les stades. Je préfère ne pas en parler. Pour le reste,
je
ne m'interdis rien, mais j'y mets les formes. Au lieu de dire par
exemple : "ce joueur, quelle chèvre !", je préfère dire : "oh le
cochon !" "
Consultant, combien ça gagne ?Olivier Rouyer (Canal +): " Entre 0 et 1000 euros par match. Eh bien oui, je ne suis pas champion du monde, moi ! "
Noël Tosi (Direct 8) : " Entre 500 et 800 euros par match. "
Jean-Luc Arribart (Eurosport) : " Un peu plus de 1 000 euros par match. "
Samuel Lobé (Ma Chaîne Sport) : " Entre 300 et 600 euros par match en fonction de la situation, en cabine à Paris ou en direct au stade. "
Youri Djorkaeff (Orange Foot) : "
J'ai signé un contrat pour 20 matches. Orange me paye pour mes
prestations et pour l'utilisation de mon image. Mais je ne vous dirai
pas combien. "
Christophe Dugarry (Canal +) : "
J'ai signé un contrat de quatre ans qui court jusqu'en 2012. Je me
concentre sur le feuilleton de la Ligue 1. Les soirées de Ligue des
champions, je préfère les vivre chez moi. Vous me parlez d'un contrat
de 200 000 euros par an ? Je ne confirme pas. "
Propos recueillis par Ronan Folgoas
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