Le 20/03/2010 - 10h44
Par
SPORTWEEK / Vincent Davoli
Exclu/ Vikash Dhorasoo : "Le foot me manquera toujours"
Vikash Dhorasoo-Photo : Panoramic
Retraité du foot depuis 2008, Vikash Dhorasoo a entamé une deuxième carrière dans le poker. L'ancien joueur du PSG et de Lyon y réussit plutôt bien, et s'est confié au magazine Sport.
L'EPT de Berlin vous a bien réussi puisque vous avez terminé dans les places payées, 37e...J'ai fait le meilleur résultat de l'équipe Winamax. C'est mon deuxième meilleur résultat en EPT (1). Le mec qui a gagné, il remporte un coup contre moi avec deux neuf alors que j'avais deux dames. Un coup à 650 000 ! Il doit sortir du tournoi, là... C'est quand même un jeu complètement fou ! J'avais un million et lui 300 000. Je relance pendant les blindes (2) et il envoie le tapis. Je n'ai toujours pas compris pourquoi il a fait ça. Il touche un neuf à la rivière (3) et finit par gagner le tournoi... J'aurais de quoi être frustré parce que, normalement, je dois le sortir et être riche de 300 000 de plus. Le poker se joue parfois sur des coups de chance.
Malgré la frustration, vous devez ressentir une belle satisfaction...C'est surtout quand on finit les journées qu'on est content. À la fin de la première journée, j'avais beaucoup de jetons. Le deuxième jour, je termine dans les 12 premiers sur 124 joueurs. J'ai beau terminer 37e, je finis le tournoi en perdant. C'est frustrant. Mais avec le recul, je suis très content de mon parcours et d'être allé à Berlin alors que ce n'était pas prévu. En plus, cette ville est symbolique pour moi puisque c'est là que s'est jouée la finale de la Coupe du monde en 2006.
Comment êtes-vous venu au poker ?Quand je jouais à Lyon, on me l'a fait découvrir sur Internet. J'ai continué à jouer. Au PS G, j'ai commencé à aller dans les cercles, mais c'est surtout quand j'ai été licencié par le club que je m'y suis mis assidûment.
Qu'est-ce qui vous plaît ?Beaucoup de choses. J'aime la compétition qui s'engage dans les tournois. C'est une discipline individuelle où chacune de nos décisions n'engage que nous.
C'était si dur que ça de lâcher la compétition de haut niveau ?Le foot me manquera toujours. Je suis footballeur, c'est ma passion. Mais j'ai une vie sympa après le foot qui fait que je m'en sors bien. Je craignais ce moment mais ça se passe bien. Peut-être que le poker m'apporte quelque chose pour m'aider à réussir cette transition...
Un moyen de prolonger l'adrénaline...Peut-être, mais il y a aussi de longues périodes où je ne joue pas au poker et cette adrénaline ne me manque pas. Je ne suis pas en manque.
Quand vous étiez footballeur, vous avez joué avec des coéquipiers, des adversaires ?À l'époque, je ne jouais pas contre les autres. Personne ne jouait au poker. D'ailleurs ils ne comprenaient pas, ils me voyaient jouer sur mon ordi et me trouvaient bizarre. Après ma carrière, j'ai appris que certains joueurs faisaient des parties entre eux mais je n'ai jamais joué contre des footballeurs.
Comment définissez-vous votre style ? Forcément offensif ?C'est très difficile de le définir. Aujourd'hui, au poker, les joueurs sont tous très agressifs et il faut l'être aussi. Moi, je fais beaucoup de tournois. Et dans les tournois, il faut savoir adopter des rythmes différents. Il y a des périodes où il faut jouer serré, d'autres où il faut être plus agressif. Je ne peux pas définir mon style comme ça. Mais j'ai beaucoup progressé au contact des autres joueurs du team et en faisant des tournois comme celui de Berlin. J'ai tendance à élargir mon jeu.
Raymond Domenech, il est comment comme joueur de poker ?Je ne sais pas. Je l'ai croisé deux ou trois fois à des tables. Il joue plutôt très serré. Et quand on joue comme ça, on ne va jamais très loin. On est trop dépendant des cartes.
Et Estelle Denis, il paraît que c'est une très bonne joueuse ?Vous savez, je joue dans mon équipe avec les meilleurs joueurs du monde. Domenech ou Estelle Denis n'ont pas ce niveau-là.
Trouvez-vous dans le poker quelques similitudes avec le foot ?Aucune. Le poker n'est pas un sport. Être un grand sportif n'apporte rien au poker. Peut-être de l'endurance, mais je n'en suis même pas sûr. L'esprit de compétition, il n'y a pas besoin d'être un sportif pour l'avoir.
Pourtant, certains joueurs comme Bertrand Grospellier suivent une préparation physique...Il se fait arnaquer. Il faut qu'il arrête. C'est comme dans le foot, on était suivi par beaucoup de gens différents, docteurs, sophrologues, etc. J'ai fait ma carrière en ne voyant que le médecin du club et un ostéopathe. En revanche, pendant la compétition, on a besoin d'être entouré. Comme pendant un match de foot avec un entraîneur, on a besoin d'avoir quelqu'un qui nous soutient quand on prend des mauvais coups ou que l'on fait des erreurs. Le sport, c'est un effort physique, on ne peut pas aller aux toilettes ou manger un hamburger pendant un match de foot. Le sport est un phénomène de société, pas le poker.
Dernière question, combien de fois avez-vous bluffé pendant cette interview ?(Rires) Je bluffe peu au poker, donc, a priori, je n'ai pas bluffé.
(1) Dhorassoo avait terminé 15e à Deauville, en 2009. (2) Mise de départ. (3) Dernière carte commune présentée sur la table.Propos recueillis par Vincent DavoliITINERAIRENé le 10 octobre 1973 à Harfleur (76)
Clubs : Le Havre, Lyon, Bordeaux, Milan AC, PSG , Livourne
Sélections (France) : 18 (1 but)
Palmarès football : champion de France 2003, 2004, Trophée des champions 2002, 2003, Coupe de la Ligue 2001 (Lyon) et 2002 (Bordeaux), Coupe de France 2006 (PSG ), finaliste de la Coupe du Monde en 2006 (France).
Palmarès poker : 37e de l'EPT Berlin 2010, 3e du Grand Prix de Paris 2009, 15e de l'EPT de Deauville 2009, 9e du Paris Open of Poker 2008, 5e du Planet 50 No Limit
Hold'em 2008
Gains en tournois EPT : 36 450 euros
Quelques as de la reconversionVikash Dhorasoo n'est pas le seul retraité du sport professionnel à vivre une deuxième carrière autour des tables de poker. Avec plus ou moins de réussite ou de talent, nombre d'anciens champions se sont pris au jeu. Citons Henri Leconte, Boris Becker et Ievgueni Kafelnikov (tennis), Thomas Brolin et Tony Cascarino (football), Fatima Moreira de Melo (hockey-sur-gazon), pour ne citer qu'eux. Tatiana Golovin, Sébastien Chabal, Éric Cantona, Fabien Barthez, Wayne Rooney et Michael Phelps, pourraient bien rejoindre à leur tour cette colonie d'anciens champions qui trouvent dans le poker un second souffle ou une nouvelle source d'émotions.A retrouver dans le n°229 du magazine Sport
La Une de Sport n°229
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