Le 19/10/2006 - 15h51
Par
SPORT / Bruno Constant
Star pop rock planétaire, Robbie Williams est aussi un fan de foot. Depuis février dernier, il est devenu l'actionnaire majoritaire du Port Vale FC, le club de troisième division anglaise de Stoke-on-Trent, sa ville natale. Reportage.
Vendredi 13 octobre, Birkenhead, banlieue ouest de Liverpool. La bataille livrée sur la pelouse de Prenton Park nous renvoie vingt ans en arrière, du temps où le " kick and rush " régnait en maître sur la Premier League anglaise. En match avancé de la 14e journée de la Coca Cola League One, l'équivalent du National français, Port Vale crée la surprise en s'imposant sur le terrain des Tranmere Rovers (2-1), bien aidé par les miracles répétés de son gardien Mark Goodlad, élu homme du match. Bill Pratt, le président des Valiants de Port Vale, ne boude pas son plaisir. Après un départ en fanfare avec quatre victoires consécutives, son équipe s'est écroulée, subissant six défaites en neuf matches. Grâce à ce succès, elle se repositionne dans le peloton de tête, quatrième ex aequo à six points du leader Nottingham Forest. Le téléphone du président sonne... " Alors, combien ? " Le boss de Port Vale se réjouit d'annoncer la bonne nouvelle à son actionnaire majoritaire, un certain... Robbie Williams. Même en pleine tournée mondiale, au fin fond de l'Amérique du Sud, le chanteur s'informe sur les résultats de " son " club. Depuis le 26 février dernier, la pop star détient en effet 20% des parts du club de sa ville natale, Stoke-on-Trent, dans lequel il a injecté 350000 €. Un investissement sentimental venu soulager les finances du club, dans le rouge depuis près de quatre ans. " Je vis à Los Angeles, mais ma maison sera pour toujours à Stoke-on-Trent, déclarait l'artiste le jour de l'annonce. Même si je ne suis pas suffisamment à Vale, c'est une manière de montrer que mon coeur est toujours là-bas. Je reste un grand supporter. "Un rêve de gamin
Du Potteries Shopping Center au North Strafford Hotel, qui voient débarquer chaque jour des milliers de touristes, difficile d'échapper aux tubes de Robbie Williams, qui passent en boucle sur les ondes locales. " Vous savez qu'il est originaire de Stoke ? ", demande Beth, femme de chambre et groupie avérée. C'est à Bursley, quartier populaire situé au nord de la ville, qu'a grandi l'ex-chanteur des Take That, boys band à succès dans les années 90. Fils de Peter Conway, un comédien à la carrière modeste, et de Teresa, fleuriste et membre d'une compagnie théâtrale, Robert Peter Williams est quasiment né sur les planches du Queens Theatre, où se produisait sa maman au coeur des seventies. Il a 4 ans lorsque ses parents divorcent. Dès lors, sa mère met sa carrière entre parenthèses pour nourrir ses deux bambins, Robbie et sa soeur aînée, Sally. Teresa tient le Red Lion, un pub sur Moorland Road. Un bar karaoké enfumé où se retrouvent encore les fans de Port Vale. " C'était sa maison ", jurent Pete et Ray, les traits marqués par trente années passées devant les fours à céramique de l'usine.
Ces fidèles du pub se souviennent du gamin, " turbulent ". " Il ne tenait pas en place ", baragouine le premier dans un accent tiré au couteau. " Il allait et venait pendant que sa mère servait les clients ", ajoute le second, guère plus audible. Robbie passait le plus clair de son temps à jouer au foot dans les rues du quartier, sans jamais avoir signé une licence à Port Vale. Le dimanche, il se rendait à pied au stade, situé à cinq cents mètres, sur Hamilton Road, pour y voir les matches de son équipe favorite. Il se faufilait au coeur de la tribune Railway tout en s'imaginant s'asseoir un jour dans le box présidentiel. Aujourd'hui, beaucoup de choses ont changé. Si sa mère vit encore à Stoke, elle a quitté Bursley pour le nouveau quartier de Tunstall, un peu plus au nord, dans une maison plus grande que lui a offert Robbie. Quant au plus célèbre fan des Valiants, il a désormais une loge privée réservée à l'année. Mais, en pleine promotion de son nouvel album*, la star n'a pas encore trouvé le temps de venir au stade cette saison. " Il faut le comprendre,
il a un emploi du temps surchargé ", l'excuse Andrew Burgess, responsable de la boutique du club et fier de montrer la photo dédicacée par Robbie après un match de bienfaisance joué à Port Vale en 1996. Les supporters ne lui en tiennent d'ailleurs pas rigueur. " Robbie, c'est notre fierté locale ! J'ai tous ses disques ", lance Elliot, 17 ans, dont les murs de la chambre sont tapissés de posters de la star pop rock et des " stars " de l'équipe. " L'arrivée de Robbie Williams est une très bonne chose pour le club, explique Michael Baggaley, rédacteur au Sentinel, le journal local. Pour l'image bien sûr, mais aussi et surtout pour la santé de Port Vale, qui connaissait des problèmes financiers. Il a ainsi assuré sa pérennité. "
Un maillot floqué à son nom
Néanmoins, tout cela a quelque peu bouleversé les habitudes du petit club, habitué à se traîner dans le ventre mou de la troisième division anglaise. Les sollicitations médiatiques ont été multipliées par quatre, venant d'un peu partout dans le monde. Quant à la boutique, elle ferait pâlir beaucoup de clubs de Ligue 1 avec plus de trois cents produits dérivés estampillés " Port Vale " : des classiques maillots " home, away et gold ", aux plus exotiques barboteuses, peignoirs, bières et autres strings. Cette saison, le club a également édité un maillot floqué du nom de la star et de son numéro fétiche, le 8. Une pression supplémentaire pour le titulaire du poste, Paul Harsey, qui garde le sourire : " Je sais que je n'ai pas le droit à l'erreur ! " Mais sur les deux mille maillots vendus depuis le lancement de la saison, seuls trois cents l'ont été à l'effigie du chanteur. Car, cette petite folie a un prix : 72 € le maillot " Robbie" contre 54 € pour une tunique traditionnelle. L'an prochain, le club a également prévu d'inaugurer le restaurant " Robbie Williams ". Un développement du merchandising qui provoque quelques tracts sarcastiques sur les murs de Vale Park. L'un d'eux présente une caricature du président, Bill Pratt, souriant fièrement devant une dizaine de panneaux directionnels : " La suite Robbie Williams ", " La salle de soins Robie Williams ", " La rue Robbie Williams ", " Le bar Robbie Williams ", " Le cocktail Robbie Williams ", etc. " Qui a dit que nous suivons le mouvement de Robbie Williams ? ", interroge l'affiche. EMI, la maison de disque du chanteur, ne s'affiche pas encore sur les maillots noir et blanc comme le label de Fatboy Slim, Skint, devenu sponsor de Brighton, mais quelques supporters s'inquiètent néanmoins de la montée du prix des places, passées cette saison à 27 € ! Port Vale marche-t-il déjà sur les traces de Chelsea ? " Non ! Nous sommes très contents de l'investissement de Robbie mais cela ne changera pas notre façon de travailler ", affirme le président des Valiants. " Mais les autres clubs sont très jaloux, sourit Andrew Burgess, responsable de la boutique. Surtout Stoke City ! " Stoke City, c'est le deuxième club de la ville, qui évolue à l'échelon supérieur. Plus riche, plus grand (le stade fait deux fois la capacité de Vale Park) et qui a surtout vu passer Stanley Matthews, Gordon Banks et Peter Shilton, des légendes du football anglais. " C'est un peu comme City et United à Manchester, poursuit Andrew Burgess. Nous sommes un peu à la traîne, mais avec l'investissement de Robbie, Port Vale va rattraper Stoke City. " Robbie en fait une histoire de principe.
La sortie de Rudebox est prévue le 23 octobre.
Itinéraire
Robbie Williams
Né le 13 février 1974 à Newcastle (Angleterre).
À 16 ans, il est repéré pour former le boys band anglais Take That qu'il quitte le 16 février 1995 après quatre albums (Take That and Party en 1993, Everything Change en 1994, Nobody Else en 1995
et Greatest Hits en 1996).
Après une année blanche
et une dépression, il se lance dans une carrière solo.
Discographie :
Robbie Williams a vendu près de 40 millions d'albums.
1997 : Life thru a Lens
1998 : I've been expecting you
1999 : The ego has landed
2000 : Sing when you're winning
2001 : Swing when you're winning
2002 : Escapology
2003 : Live at Knebworth
2004 : Greatest Hits
2005 : Intensive Care
2006 : Rudebox (le 23/10)
Robbie épate Desailly
Le 27 mai dernier, Robbie Williams a vécu l'un des plus beaux jours de sa vie : pendant 90 minutes, il a été le capitaine de l'Angleterre et a soulevé la Coupe du Monde devant les 70 000 spectateurs d'Old Trafford. La star a en effet participé à un match de charité organisé par l'Unicef opposant une sélection anglaise à d'anciennes gloires comme Maradona, Gullit, Zola, Schmeichel, Ginola ou encore Desailly. " Il s'était entraîné pendant dix jours pour cette rencontre. Il n'arrêtait pas de déconner avec Gascoigne. On aurait dit un enfant qui réalisait son rêve, raconte Marcel Desailly, son adversaire d'un jour. Il aime le foot et ça se voit. Il a joué arrière gauche. Bon, ce n'est pas Liza, mais j'ai été surpris par sa qualité technique. Il montait quand il fallait. Il a un bon niveau ! Il pourrait jouer en CFA2 (l'équivalent de la cinquième division). " Robbie Williams a pris l'habitude de s'entraîner avec des pros lors de chaque étape de sa tournée mondiale, comme avec les stars du Bayern début août. En avril dernier, un club de première division sud-africaine, l'Ajax du Cap, impressionné par son talent, lui a même proposé de signer un contrat !
Avoir de l'argent, permet de réaliser ses rêves.