Le 05/02/2009 - 17h42
Par
SPORTWEEK / Ubaldo Galvan
Diego Maradona, une vie à l'envers
SportWeek
Sexe. Drogue. Amour. Haine. Trahison. La vie de Diego Maradona est un roman noir. Plongée en enfer... avant la résurrection !
A Fiorito, le bidonville en périphérie de Buenos Aires où il est né, rares sont ceux qui s'en sortent. Diego Maradona, lui, a eu cette chance. Grâce au ballon rond. Il est devenu riche, célèbre, adulé. Ce qui ne l'a pas empêché de tomber très bas. Après être monté au sommet. Parce qu'il n'a jamais mené une existence simple et normale. Non, le " Pibe " n'était pas comme les autres enfants.
Il n'avait pas 16 ans qu'il signait déjà professionnel au club d'Argentinos Juniors. A cette époque, il était sage, mais déjà un brin capricieux. Gentil, mais irritable. à peine s'asseyait-il à une table de restaurant que les fans le cernaient, exigeant un autographe. Il signait sans s'arrêter avant de constater que son plat avait refroidi et décidait alors de mettre un terme à l'éprouvante séance de signatures. Ce qui lui valait de se faire traiter de tous les noms. Grimpant les étages de la renommée au bras de Claudia, sa fiancée et future épouse, avalant une canette de soda pour faire la bringue, il est toujours clean. Il l'a avoué : "
J'ai succombé pour la première fois à la cocaïne à l'âge de 22 ans." Du côté de Barcelone. Une première ligne suivie d'une deuxième, puis d'autres, de plus en
plus régulières, accompagnées d'alcool.
Quand il n'est pas à l'hôpital pour l'opération de son genou, ou pour soigner une hépatite virale, il écume les discothèques, entouré d'une flopée de copains envahissants. A Naples, choyé par la Mafia, la chute s'accélère. Quelques semaines avant la Coupe du monde 1986 au Mexique, qu'il illuminera de son génie, les journalistes argentins qui le fréquentent s'inquiètent : "
Diego connaît de gros problèmes d'addiction à la coke." Protégé par des dirigeants complaisants et des équipiers dévoués, le piège se referme. Il a quitté Jorge Cysterpiller, son premier agent, pour Franchi, avant de se lier à Coppola, personnage à la triste influence. L'oiseau de nuit abuse des produits interdits, est incapable de se lever le matin, obligeant son club à décaler les horaires d'entraînement.
A Ezeiza, le centre technique de la sélection argentine, qui prépare la Copa America 1987, Diego déambule dans les allées à l'abri derrière les vitres fumées d'une grosse Mercedes noire. Son étoile décline. Il n'a pas 30 ans et n'est plus ce joueur flamboyant, irrésistible pour les tifosi de San Paolo. Son physique l'a trahi. Il pleure en finale du Mondial 1990 face à l'Allemagne, avant de subir un contrôle positif à la cocaïne un an plus tard, lui qui y avait échappé jusque-là, bénéficiant des plus hautes protections.
Le rebelle paie la note de ses attaques contre le système. Les douze mois d'arrêt lui couperont les jambes. Le soleil de Séville ne le rendra pas plus vaillant, ni la chaleur de la Bombonera, le stade de Boca Juniors, son club de coeur. Encore moins les conseils de Ben Johnson, autre fameux banni. Entraîneur fugace, animateur hystérique à la télévision, supporter de Fidel Castro et d'Hugo Chavez, défenseur des opprimés, il ne cesse de s'empâter. Pendant près de dix ans, les crises succèdent aux crises alors que sa consommation de coke, d'alcool, de tranquillisants, augmente régulièrement. Déprimé, angoissé, il pète les plombs, connaît la prison, frôle la mort, divorce, promet de se racheter, se soigne, avant de couler encore plus vite. Les scandales s'accumulent. Ses apparitions publiques le conduisent là où un gros chèque l'attend.
Son poids a doublé, sa vie semble brisée. Pourtant, il renaît. Le voilà sélectionneur de l'Argentine ! Faut croire que Diego, jusqu'au bout, nous feintera tous. Enfant gâté, aujourd'hui homme mûr, il sera sans doute un vieillard vert. Une vie à l'envers, en somme.
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