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Etranger

Le 18/08/2009 - 10h20
Par SPORTWEEK / Aurélien Canot

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Kavala : Guillaume Rippert raconte son enfer

Guillaume Rippert sous le maillot de Valenciennes-Photo : Panoramic

Guillaume Rippert sous le maillot de Valenciennes-Photo : Panoramic

Séduit par le challenge proposé par le club grec de Kavala, Guillaume Rippert avait décidé de tout quitter pour partir dans l'inconnu. Mais, sur place, les choses se sont gâtées. Il nous raconte.

Lendemain de la signature du contrat
" C'est là que les problèmes ont commencé. Moi, j'ai eu la puce à l'oreille au bout du deuxième jour lorsque j'ai demandé un rendez-vous avec le président pour qu'il me donne ma prime à la signature. Il l'a mal pris et m'a dit que j'étais venu là pour l'argent, que je ne lui faisais pas confiance et, que si je réclamais mon argent, c'est que j'avais un doute. Il m'a même dit que si je n'étais pas content, je n'avais qu'à retourner en France. Pourtant, je ne leur demandais pas d'argent en plus, j'étais dans mon droit. C'est vraiment là que j'ai senti que c'était un peu bizarre. "

Trois jours plus tard
" Sans nouvelles de personne, j'ai demandé à l'agent qui m'a fait signer là-bas de se renseigner pour savoir si mon contrat avait été vraiment homologué. Il a appelé le président, qui lui a dit qu'il n'y avait pas de soucis à se faire, qu'ils allaient recevoir la carte du transfert dans les deux jours, que tout serait donc officialisé et que je pourrais toucher mon argent. En fait, il a expliqué que ça prenait un peu plus de temps que pour les autres car il fallait attendre que je sois officiellement libre pour recevoir la carte. Je n'ai jamais su si c'était la réelle raison. En tout cas, même si je faisais comme si de rien n'était, j'étais inquiet.

Une semaine après signature du contrat
Nous avions un match amical de prévu. Entre temps, avec l'aide de l'UNFP, j'avais appelé les fédérations qui m'avaient dit qu'elles n'avaient encore rien reçu. J'étais prêt à prendre des mesures si ça traînait trop et j'avais dit aux dirigeants que je ne jouerai pas ce match si mon contrat n'était pas validé avant. Le jour du match, le fils du président m'a rassuré en me disant qu'il pouvait, si je le souhaitais, signer de nouveau le contrat et y mettre un mot certifiant que tout était en ordre. Je me suis donc préparé pour le match et j'ai joué une mi-temps.

Trois jours après le match
Comme après le match, je n'ai revu personne. Pas de nouvelles. Pas même du président, qui venait pourtant à tous les entraînements. J'ai laissé un message au traducteur pour lui dire que j'allais partir le lendemain si les choses n'étaient toujours pas réglées. Alors qu'il était lui aussi injoignable depuis plusieurs jours, il m'a rappelé deux minutes plus tard pour me dire qu'il allait en parler avec le président. Mais quand le président a su que je voulais rentrer en France et que j'allais mettre tout le monde au courant, y compris la presse, il a dit qu'il était hors de questions que je parte. Il voulait que j'aille à Athènes, que l'on trouve une solution, et était même prêt à me donner de l'argent pour étouffer l'histoire. Dès le deuxième jour, quand j'avais réclamé ma prime à la signature, il m'avait déjà proposé dix ou vingt mille euros pour que je me taise et fasse comme si je ne les avais jamais vus. Quand je leur ai dit que je ne voulais pas aller à Athènes, où se trouvent les bureaux du président, ils m'ont rappelé plusieurs fois dans la journée pour me redire qu'il fallait absolument que je reste. Ils m'ont même dit qu'ils me donneraient beaucoup d'argent s'il le fallait. Mais j'ai toujours dit non. A ce moment-là, ils craignaient surtout que je rentre en France, que j'explique tout ce qu'il s'était passé et que je leur fasse une sale pub auprès de joueurs que je connaissais et avec lesquels ils étaient en contacts.

Dans la nuit
A deux heures et demi du matin, ils sont venus frapper dans ma chambre pour récupérer la voiture qu'il m'avait prêtée et encore me répéter le même message : " Ne pars pas, on va trouver une solution. " Ils m'ont repris la voiture et m'ont dit qu'ils me commanderaient un taxi pour me rendre à l'aéroport le lendemain matin. Comme je n'avais pas trop confiance, je les ai fait appeler le taxi devant moi. Mais ils ont dû immédiatement le décommander et, le lendemain matin, je n'ai vu aucun taxi. Sachant qu'il y a 170 km de Kavala à l'aéroport, ils espéraient que je rate mon avion. Mais j'ai pris moi-même un taxi et j'ai pu rentrer. En France, j'ai appris que mon contrat n'avait jamais été validé. Pourtant, le président avait bien signé tous les documents sous mes yeux, et nous avions même fait une photo de bienvenue.

Son sentiment
Il y a beaucoup de questions auxquelles je n'ai pas de réponse, car c'est quand même Kavala qui m'a contacté alors que j'étais à Metz. Ils avaient demandé à Ducrocq de me convaincre de venir. J'étais loin de m'imaginer qu'ils allaient me faire un coup comme ça, et je n'en voyais pas l'intérêt surtout, car s'ils ne voulaient pas de moi, pourquoi m'avoir contacté ? Peut-être qu'ils voulaient juste me faire faire un essai, et ne valider le contrat plus tard que si ça marche bien. Peut-être ont-ils eu aussi la possibilité de prendre un autre joueur libre deux jours après mon arrivée.

Menaces
Même s'ils n'ont pas été jusqu'à me menacer avec un couteau ou une arme, ils ont essayé plusieurs fois de m'impressionner avec leurs gardes du corps bodybuildés qui font deux mètres. Notamment un jour où ils ont tenté de me mettre la pression dans une petite salle en me disant que si je n'acceptais pas leur somme d'argent, " la vie pourrait me devenir hostile ", pour reprendre leur expression. Ils ont vu que ça ne marchait pas, donc ils ont tenté d'autres choses. Le lendemain d'un soir où j'étais allé boire un verre dans un bar avec un ami, le président m'a même dit qu'il avait une photo de moi prise lors de cette soirée et qu'il la ferait publier si je n'acceptais pas son deal. Il voulait me faire passer pour un mec qui sort et qui salit l'image du club, alors que la photo n'avait rien d'extraordinaire : j'étais assis à une table avec un ami, sans alcool ni cigarette, rien du tout. Quand ça a commencé à chauffer, ils m'ont aussi retiré de mon hôtel pour me mettre dans un hôtel dix fois moins bien. Bref, ils ont tout fait pour me pourrir la vie.

Ses séquelles
J'avais du mal à trouver le sommeil, je dormais mal, quand je racontais à ma famille ce que je vivais, elle pleurait presque. Ils se sont fait beaucoup de soucis, ce n'est pas facile. Quand je suis revenu, je suis même allé voir un médecin pour essayer de mieux dormir. J'ai été marqué, maintenant pas de là non plus à aller à l'hôpital. Heureusement que je n'étais pas tout seul là-bas car j'aurais peut-être pété un câble.

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