Le 11/03/2010 - 19h43
Par
SPORTWEEK / Sébastien Latissière
Exclu/Florent Malouda : "J'ai encore l'appétit d'un joueur de 18 ans"
Florent Malouda-Photo : Panoramic
Florent Malouda parle peu, mais s'est confié au magazine "Sport". À Chelsea comme en équipe de France, il fait plus de bien que de bruit. Un atout pour les Blues et les Bleus.
Depuis l'arrivée de l'entraîneur Carlo Ancelotti à Chelsea, les "Blues" semblent plus fort, que penses-tu de ton coach ?En
arrivant ici, Carlo Ancelotti s'est attaché à faire prolonger plusieurs
joueurs car il tenait absolument à conserver le vécu du groupe.
Ensuite, il a changé le système de jeu, nous jouons maintenant avec un
milieu de terrain en "losange", ce qui implique pas mal de rotations
au milieu et en défense, un système qui demande beaucoup d'efforts afin
de presser haut l'adversaire. Dans sa gestion du groupe, on sent qu'il
a lui-même été joueur récemment. Il est très proche de nous, il
communique beaucoup et essaie de nous responsabiliser au maximum, en
s'appuyant sur l'expérience de l'effectif.
Après bientôt trois saisons en Angleterre, ton avis sur la Premier League et sa réussite sur la scène européenne ?Après
avoir disputé quelques matchs dans ce championnat, vous comprenez vite
pourquoi les clubs anglais sont à l'aise en Ligue des Champions.
L'intensité dans le jeu est telle que vous avez l'impression de jouer
des matchs de Coupe d'Europe tous les trois jours. Quand je parle
d'intensité, c'est bien sûr dans l'engagement mais aussi dans la
rapidité d'exécution, la rapidité du jeu... Bref, tout va plus vite. Il
y a un rythme à acquérir. Lors de ma première année ici, je me souviens
avoir eu pas mal de petits soucis physiques. C'était en quelque sorte
une mise à niveau nécessaire.
Après
avoir perdu des quarts de finale de Ligue des Champions avec Lyon, tu
as découvert les demis et la finale à Chelsea, selon toi que
manque-t-il à Lyon pour franchir ce cap ?C'est un mélange de
choses. Il faut tout d'abord un petit peu de chance lors du tirage au
sort pour éviter au maximum les "gros". Ensuite, il faut savoir
réaliser les exploits au bon moment. Je me souviens, lorsque j'étais à
Lyon, nous étions souvent très bien lors des phases de poules, et moins
bien en février pour les matchs couperets. Le fait d'être à Chelsea
n'est pas non plus une assurance de remporter la Ligue des Champions.
Mais je pense quand même que nous possédons plus de joueurs capables de
faire la différence dans les grands rendez-vous que les clubs français.
"Si Chelsea en est là, c'est en grande partie grâce à Mourinho"Lors
de ce huitième de finale de Ligue des Champions face à l'Inter Milan,
José Murinho fait son retour à Stamford Bridge. Quel accueil lui sera
réservé ?Le public lui offrira une formidable ovation. Personne ne l'a oublié ici et tout le monde est
reconnaissant du travail accompli. Si Chelsea en est là aujourd'hui, c'est en grande partie grâce à lui.
Quel regard portes-tu sur cette double confrontation ?À
partir des huitièmes de finale, toutes les équipes peuvent aller au
bout. L'Inter Milan est une belle formation. José Murinho veut réaliser
un coup face à son ancienne équipe mais cette compétition est un réel
objectif pour nous. Nous ferons tout pour la remporter. Il faut sortir
vainqueur de ce duel.
Et maintenir le rythme en Premier League, très disputée cette année...Effectivement,
cela fait un moment qu'il n'y a pas eu autant de prétendants à l'entame
du sprint final. Nous sommes au coude à coude avec Manchester United et
Arsenal. La Premier League est très relevée cette année, le Big Four
s'est quasiment transformé en " Big Five " avec Manchester City, qui a
énormément recruté, sans oublier Aston Villa. En ce moment nous sommes
vraiment bien, nous prenons énormément de plaisir sur le terrain. Le
changement de système me convient bien. Ce " 4-3-3 " ressemble à celui
que j'ai connu à Lyon, je me retrouve donc un peu plus aux avants
postes, ça me plaît. Nous voulons offrir ce titre à nos supporters.
L'équipe de France a souffert lors des éliminatoires. Tu comprends les critiques (*) ?Effectivement,
depuis quelques années, nous galérons lors des qualifications, et nous
avons décroché notre billet pour l'Afrique du Sud face à l'Irlande de
façon plus que délicate... Mais l'essentiel est d'être qualifié pour
cette Coupe du monde. Maintenant il faut avoir de l'ambition. J'entends
dire parfois que nous sommes une génération sans talent : je ne suis
pas d'accord. Vu ce que nous sommes capables de faire individuellement,
chacun dans notre club, il y a forcement la possibilité de faire aussi
de belles choses collectivement. Il faut que nous soyons plus exigeants
envers nous-mêmes, bien conscients de notre potentiel. Les critiques
venant de l'extérieur, nous nous devons de les mettre de côté, pour ne
pas se rajouter de pression inutile. Chaque joueur doit être capable de
faire son autocritique, nous n'avons pas besoin des journaux pour
savoir si nous avons été bons ou pas. De l'intérieur, quand on voit le
nombre d'histoires inventées,
remixées... Parfois c'est marrant et parfois c'est aberrant et ridicule.
Quelle est pour toi la principale force de cette équipe de France ?Premièrement,
la qualité des joueurs. Ensuite, l'état d'esprit du groupe, car nous
sommes tous des compétiteurs et seule la victoire nous motive. Je me
souviens de la Coupe du monde 2006 : nous avions tous compris que nous
étions en Allemagne pour défendre un maillot, celui de notre pays, et
non pas pour la situation de tel ou tel joueur. C'était moins le cas
lors de l'Euro 2008. Nous devons retrouver ça au sein du groupe pour la
prochaine Coupe du monde.
"On compare trop souvent la Guyane au Far West".
Que penses-tu du tirage au sort ?Tout
le monde pense que c'est un groupe facile. Cette réaction vient du fait
que nous ne sommes pas tombés dans le groupe Brésil - Portugal - Côte
d'Ivoire, qui est bien sûr le groupe de la mort. Mais il faut se
méfier, tout le monde se souvient de 2006, où nous avions un groupe a
priori facile et nous nous sommes finalement qualifiés dans le dernier
quart d'heure du dernier match. Il faut arriver dans ces compétitions
avec humilité : tous les joueurs maintenant évoluent dans les grands
championnats. Ce n'est pas un groupe facile, comme je l'entends
partout. Il y a le pays organisateur qui fera tout pour se défendre
devant son public. Ensuite, on peut faire confiance au Mexique et à
l'Uruguay pour ne rien lâcher, on connaît leurs qualités de
combattants.
Ton ascension a été progressive. À bientôt 30 ans, quel regard portes-tu sur ce parcours ?C'est
vrai, j'ai pour habitude de dire que je n'ai pas pris l'ascenseur mais
plutôt l'escalier... (sourire). J'ai commencé en pro à seize ans et
demi à Châteauroux, j'ai connu la Ligue 1 un peu à Châteauroux puis à
Guingamp, où ça a été en quelque sorte de la post-formation, avec Guy
Lacombe. Et c'est là que j'ai un peu développé ma polyvalence. Ma
dernière saison à Guingamp m'a permis de rejoindre Lyon avec l'ambition
d'être Champion de France. On l'a été. Quatre fois ! Après, je me suis
fixé de nouveaux challenges et j'ai franchi le pas, pour venir à
Chelsea. J'ai l'impression que plus je m'habitue à un certain niveau,
plus je cherche à aller plus haut. J'ai encore l'appétit d'un joueur de
18 ans, je regarde l'avenir avec ambition. Je n'ai que 29 ans... et j'y
tiens ! Pas encore 30 ! (sourires)
Tu es passionné de musique. C'est vrai pour la batterie ?C'est
vrai que la musique a une place importante dans ma vie. Je me suis mis
récemment à la batterie, oui, grâce à Monsieur Robert Duverne, lors
d'un rassemblement avec l'équipe de France, à Lyon. J'ai toujours rêvé
de ça, car j'ai beaucoup d'amis dans le monde de la musique, et je suis
admiratif. J'essaie d'apprendre, à mon petit niveau. J'espère
progresser rapidement.
L'an dernier tu as organisé le premier festival "One Love" en Guyane...Je
vais régulièrement en Jamaïque et j'ai essayé de m'inspirer de leurs
festivals pour organiser un événement caritatif, pas cher, où les gens
venaient avec un esprit festif. C'est un moyen de faire passer des
messages à la jeunesse guyanaise qui est un peu en manque de repères.
Les artistes comme Wycleff Jean ont répondu présent avec une générosité
incroyable. Je voulais montrer la Guyane, que l'on compare trop souvent
au Far West et les gens le vivent vraiment mal. La première édition a
été au bénéfice de deux associations : l'Amapo, une association de
soutien et d'aides scolaires à Cayenne. Cette association a été créée
par soeur Jeanne et on voulait mettre en lumière son travail. La
deuxième association est Aides Guyane, qui lutte contre le Sida, car
nous sommes le département français le plus touché par cette maladie.
Je ne sais pas s'il y aura un autre festival mais on y travaille, on va
tout faire pour.
*Entretien réalisé avant France-Espagne
Propos recueillis par Sébastien Latissière
ITINERAIRENé le 13 juin 1980 à Cayenne (Guyane)
Clubs : Châteauroux, Guingamp, Lyon, Chelsea
Sélections (France) : 51 (3 buts)
Palmarès : champion de France 2004, 2005, 2006, 2007, Trophée des Champions 2003,
2004,
2005 (Lyon), Coupe d'Angleterre 2009, Charity Shield 2009, finaliste de
la Ligue des Champions 2008 (Chelsea), finaliste de la Coupe du monde
2006 (France).
A retrouver dans le n°228 du magazine Sport
La Une du n°228 du magazine Sport
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