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Les Bleus

Le 26/06/2009 - 10h47
Par SPORTWEEK / Patrick Chêne

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Exclu/Raymond Domenech : " Je ne suis pas une girouette"

Raymond Domenech-Photo : Panoramic

Raymond Domenech-Photo : Panoramic

Sélectionneur des Bleus depuis 2004, Raymond Domenech a connu le bonheur d'une finale de Coupe du Monde et la rancoeur d'un Euro raté. Cible de tous les sifflets, l'homme n'a pourtant pas changé.

La fête de l'école s'est terminée à 18h30. " Des enfants qui courent partout. Tout ce que j'aime. " Le lendemain, départ pour huit jours en Afrique du Sud. Au menu : nouveau repérage et réservation des hôtels où résideront les Bleus... s'ils se qualifient pour la Coupe du Monde. Le temps est compté, il faut faire les valises. De toute façon, les interviews ne sont plus d'actualité avant le mois d'août. C'est décidé depuis longtemps. Mais Raymond Domenech est un homme libre. Il apprécie Sport et on se connaît depuis trente ans. Alors, il fait une entorse à la règle. D'entrée, je précise : " Je te préviens, ce n'est pas pour ça que je vais te cirer les pompes ". Première réponse, sans surprise : " J'espère bien ! ".

Pourquoi ?
Pourquoi quoi ?

Pourquoi tant de haine ?
Ça, c'est encore un truc de journaliste. Je suis impressionné par le décalage entre ce que colporte la presse et ce que je vis au quotidien. Je prends le métro, je fais les courses, je reviens de la fête de l'école : les gens sont adorables avec moi. En fait, je crois qu'ils comprennent mieux que les médias que cette équipe est en reconstruction et qu'il faut l'aimer. Être patient.

Les gens t'aiment ? Alors, pourquoi te sifflent-ils ? A Saint-Etienne, par exemple...
C'était du dépit. Une soirée ratée. Mauvais match, mauvais résultat, le stade à moitié vide. Ceux qui étaient là étaient influencés par les polémiques.

Facile !
Non. Ce n'était pas un vrai public. Avant le match, ils ont commencé à conspuer Benzema, parce qu'il joue à Lyon. C'est triste, non ?

On a aussi entendu des sifflets et des mots durs contre toi.
A la fin du match, en effet. Le résultat et le match étaient décevants. Cela se comprend. Et puis, pour eux, je reste un Lyonnais. Mais c'est vrai qu'ils m'ont sifflé.

Tiens, cette fois-ci, tu as entendu les sifflets. Au Stade de France, tu l'as nié...
Les sifflets, je les entends, évidemment. Mais je ne dois pas sortir du match. C'est ce que je recommande aux joueurs sans cesse. Il faut rester concentré sur ce que tu as à faire : gagner ! L'adversaire qui chambre, le public qui siffle, tu oublies. Si tu es dans le match, tu n'entends rien. Voilà pourquoi je dis que je n'ai pas entendu.

Et cela crée des malentendus avec une partie du public. Avec la presse, aussi. On entend des anciens joueurs ou entraîneurs à la radio pour qui l'erreur est de ne pas t'avoir remercié après l'Euro raté...
Je m'en tape ! C'est un ou deux avis. Ce n'est pas la vérité. Ils se font payer - très bien d'ailleurs - pour balancer à la télé ou à la radio. Ils font leur " métier " et ça leur permet de bien vivre. Mais cela ne m'intéresse pas. Si seulement ils étaient drôles... De toute façon, c'est biaisé dès le départ. Regarde : quand j'ai mis Gourcuff contre la Serbie, je me suis fait allumer. J'ai estimé qu'il était prêt pour ce type de grand rendez-vous. J'ai eu raison. Mais à quoi bon leur répondre. D'autant plus que nous ne sommes pas encore qualifiés.

Comment vis-tu cette opposition des " 98 " contre toi ?
C'est une légende. Certains s'expriment mais ils n'engagent qu'eux-mêmes. Il n'y a pas de caste ni de tribu alignée derrière la même position. Ce serait vraiment réducteur pour ces champions. J'ai de très bonnes relations avec la plupart d'entre eux.

Comme chacun, parfois, tu te trompes. Je n'ai pas l'impression que tu le reconnaisses. Même quand tu fais des choix bizarres. Chimbonda au Mondial...
C'était une idée géniale. La preuve, on a fait la finale !

Tu te fous de moi...
Pas du tout. J'ai beaucoup de respect et de reconnaissance pour ceux qui étaient là et qui n'ont pas joué. Ils ont oeuvré pour la finale. Personne ne s'en rend compte.

Ton raisonnement pourrait fonctionner mais Chimbonda, depuis 2006, tu ne l'as jamais revu !
On ne s'est pas croisé. Il a eu un parcours compliqué avec ses clubs.

Tu ne reconnais jamais une erreur ? Quand tu demandes Estelle en mariage dès la fin d'un Euro pitoyable...
Mea Culpa. J'ai oublié un instant que j'étais sélectionneur. J'avais déjà analysé l'Euro. Il y avait un truc qui n'avait pas pris. Je passais à autre chose. Je voulais tourner une page, alors je me suis tourné vers mes vacances et ma vie privée. Ce n'était pas le bon moment. J'ai été humain.

Et le cas Malouda ? Il balance dans la presse et tu l'oublies. Avant de le reprendre...
Je n'ai qu'une seule réponse, une seule, technique : le joueur n'est pas bon, je ne le prends pas ; il est bon, je le reprends. Je laisse les gens commenter, ça ne m'intéresse pas. Regarde, avec Anelka, on oublie que je l'ai fait revenir. Pareil avec Flo, mais il faut bien alimenter les polémiques.

Tu ne vas pas me sortir la théorie du complot ?
Non, mais il faut bien vendre du papier. Alors, on fait des histoires là où il n'y en a pas.

Cette équipe de France a quand même un problème avec son public. Que doit-elle faire pour être aimée ?
Il faut qu'elle se qualifie pour la Coupe du Monde ! C'est mon enjeu. Après, il nous restera six mois pour grandir. Et pour être performants en Afrique du Sud. Mais mon discours ne tiendra la route que si on se qualifie.

Et si vous ne vous qualifiez pas ?
Cela arrive. La génération Platini ne s'est pas qualifiée pour l'Euro 88 ni le Mundiale 90, après avoir été championne d'Europe en 1984.

Tu ouvres déjà le parapluie ?
Pas du tout : je n'envisage pas l'échec. Mais pour aimer et respecter cette équipe, il faut peut-être intégrer que ce n'est pas parce que tu as été champion du monde en 98 que tu vas te qualifier sans problème pour toutes les éditions. C'est quelque chose, de se qualifier pour un Mondial. Même pour la France ! On va se qualifier, mais prenons conscience de la difficulté. Que tout le monde se fédère autour de nous.

Si Patrick Vieira envisageait de jouer en France, tu l'encouragerais à revenir ?
Cela ne change rien. L'important c'est qu'il joue.

Gourcuff qui reste à Bordeaux, bonne nouvelle ?
Même chose. Il doit jouer. Et s'il est bon, ce sera le cas.

Aujourd'hui, ton bilan chiffré avec l'équipe de France n'est pas très bon. Le moins bon depuis Kovacs (ndlr : sélectionneur entre 1973 et 1975)...
Les bilans généraux, le nombre de victoires ou de défaites ne veulent rien dire. Quand tu veux construire, il faut tâtonner. Ce qui reste, c'est une fi nale de Coupe du Monde qui marque une génération. La Coupe du Monde, c'est énorme. Ce sont nos Jeux Olympiques ! Les matchs amicaux, on devrait, comme au rugby, les appeler des test-matchs. Ils sont faits pour construire. Et on ne construit pas que sur des victoires. Regarde l'Allemagne : elle s'est pris des 4-0 à la maison avant de réussir son Mondial. Qualifions-nous et faisons un bon Mondial. Le bilan sera excellent.

Voilà, on a parlé un peu foot. Je reviens à ta personnalité et à ton rapport avec le public, cela m'intéresse d'avantage que les résultats. Je suis troublé par tes provocations permanentes. Cela ne te plairait pas d'être aimé ?
Mais j'aime être aimé ! Comme tout le monde. Je réserve cela à ma vie privée. Mais dans mon métier, ce n'est pas mon objectif. Il y en a qui mettent cela au centre de leur recherche. Moi, ce que je veux, ce sont des résultats. Et la cerise sur le gâteau, c'est que cette équipe de France soit aimée. Moi, c'est secondaire...


Dans la vie, tu es curieux, ouvert, passionné de théâtre. Dans ton rôle public, tu parais parfois buté...
Je n'aime pas ce mot. Je suis déterminé. Quand j'ai des convictions, je me bats. Mais mes convictions, je les forge dans le groupe. Je suis le premier sélectionneur à faire deux séminaires par an avec le staff. C'est là que je forge mes convictions. Après, je les applique.

Quand la Fédération a annoncé que tu étais reconduit, il a déclaré que tu devais changer. Dans ta communication notamment. As-tu changé ?
Disons que je m'adapte un peu. Mais non, je n'ai pas changé. Je ne suis pas une girouette. Et ce n'est pas une question d'âge. On mûrit mais on ne change pas. Je suis comme je suis. Et je tiens à le rester.

Alors, ce n'est pas gagné...
Tu sais, ma phrase préférée, c'est : " Les chiens aboient, la caravane passe ". Moi, je suis dans la caravane !

Propos recueillis par Patrick Chêne

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