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Les Bleus

Le 29/04/2010 - 19h04
Par SPORTWEEK / Rodolphe Denis

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Exclu/William Gallas : "Ça va...sans plus"

William Gallas-Photo : Panoramic

William Gallas-Photo : Panoramic

En convalescence près de Biarritz, le défenseur d'Arsenal et des Bleus affichait un bon moral quand il s'est confié à "Sport". Mais pas question d'évoquer l'équipe de France. Pas encore. D'accord(*).

Comment tu vas, d'abord ?
Ça va, ça va.

Sans plus ?
Sans plus. Ça suit son cours, on va dire. J'en ai connu d'autres... Je fais ce qu'il faut. Le moral est plutôt bon, déjà.

Tu es inquiet vis-à-vis du Mondial ?
Je n'y pense pas.

Tu parraines un tournoi de jeunes joueurs (voir encadré) et tu emmèneras les meilleurs voir un match d'Arsenal. Pourquoi ?
J'ai envie de transmettre. Moi, j'ai pu passer professionnel parce qu'on m'a beaucoup aidé. J'ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes. Arrivé à ce moment de ma vie, j'ai eu envie de faire quelque chose pour ces jeunes qui n'ont peut-être pas la chance de réaliser leur rêve. Je me suis demandé ce que je pouvais faire, vu ce qui se passe en France, dans les quartiers. Ces jeunes sont laissés de côté. On a créé ce tournoi pour qu'ils puissent vivre un peu de leur rêve.

Transmettre, aussi, tu insistes beaucoup...
Oui. Dans le football, on acquiert certaines valeurs très importantes, pas seulement pour le sport. On ne peut pas savoir à l'avance si on deviendra pro. Au moins, avec ces principes, on se donne des chances de réussir sa vie. S'accrocher, ne pas baisser les bras. Je suis un des exemples de ça, il y en a d'autres. Des pros issus des cités peuvent devenir des repères.

Pourquoi tu y es arrivé, toi ?
J'étais bien entouré, déjà. Par ma famille, d'abord, puis des rencontres au fil de ma vie. Ensuite, le facteur chance. Toujours, dans le sport. Enfin, il faut être très fort dans sa tête, pour certains obstacles. Des blessures, des choix d'entraîneur, ce qui se dit sur toi, etc. Quand j'étais à Clairefontaine, certains ne croyaient pas du tout en moi. Pour un jeune, ça fait mal. Mais ça m'a aussi donné de la force. À cet âge-là, tu n'as pas forcément les qualités pour continuer dans ton sport. Mais si tu es fort dans ta tête... C'est ce qui s'est passé. Je n'étais pas le plus talentueux, mais je me suis forgé un moral d'acier.

Ils ont besoin de l'entendre, ça ?
On ne montre que les paillettes. Ce n'est pas ça, le foot. C'est des sacrifices et du travail, aussi. Pour devenir pro, un grand joueur, c'est sur la durée que ça se passe. Beaucoup peuvent percer, mais si tu te crois arrivé au bout d'un an ou deux, tu perds la tête, tu te perds et tu te plantes.

"On a construit une mauvaise image du footballeur professionnel"

Pas facile de leur dire, à l'Emirates Stadium, de rester simples et humbles...
Et pourtant... Je fais passer le message à ma façon, je prends le temps de discuter, raconter. On parle travail, efforts. J'en ai rencontré pour qui la première question c'était effectivement ça : " Ta voiture ? Ta montre ? Ton portable ? etc. " On a construit une mauvaise image du footballeur professionnel. On parle toujours de salaires, d'argent, de contrats. Les médias ont une grande part là-dedans. À mon époque, on voulait réussir par passion pour le football. Il y a une dérive.

Il ne s'agit plus d'être très fort, mais d'être très riche...
Oui. Chaque chose vient en son temps. Avant tout, il s'agit d'être le meilleur possible, de devenir professionnel, au plus haut niveau. Après, si l'argent doit venir, il viendra.

On montrait les pros sur les terrains et pas dans les soirées show-biz ?
C'est pour ça que je dis qu'il faut être bien entouré. Tout ça, c'est des pièges. Il faut savoir ce qu'on veut. Je ne dis pas qu'il faut rester cloîtré à la maison : il faut gérer sa vie et connaître ses priorités. Les joueurs qui ont réussi en étant des " grands " ont tous, aussi, été ceux qui géraient bien leur vie privée.

William Gallas-Photo : PanoramicWilliam Gallas-Photo : Panoramic



Qui t'inspirait, toi ?
J'aimais certains joueurs comme Jean Tigana. Marius Trésor, aussi. J'ai eu beaucoup de modèles, y compris après. J'ai admiré des joueurs comme Marcel Desailly ou Lilian Thuram. Ils avaient ce côté professionnel étonnant. Regardez Lilian, à 34 ans, une telle rigueur... C'est comme ça qu'il est resté au plus haut niveau. Il faut durer.

Accompagner ces jeunes, ça te permet aussi de rester " dans le réel " ?
Par chance, je suis encore dans le réel. Quand je retrouve ma famille en région parisienne, par exemple, que je vois ce qui se passe. Mais oui, ça me permet aussi de rester lucide là-dessus. Je les admire, aussi. Quand je les regarde jouer, je me revois jeune. Je trouve ça beau de les voir se donner à fond. J'en ai vu pleurer parce qu'ils perdaient la finale, ou d'autres qui étaient comme des fous pour l'avoir gagnée sachant qu'ils allaient venir en Angleterre. C'est beau, ces émotions-là. Il n'y a pas de calcul, c'est le ballon.

"Je me suis surpris à sauter du canapé"

En tant que professionnel, retrouver ça, c'est précieux ?
Oui, ça fait beaucoup de bien. Le football est devenu un métier, pour nous. Il faut garder cette passion et relativiser, sur beaucoup de choses. Avoir conscience de la chance qu'on a. Je me souviendrai toujours de ce que m'a dit Marcel Desailly : " Profite des bons moments, prends conscience de ta chance. Tu te lèves pour faire quelque chose que tu aimes. Il y aura des jours difficiles mais tu dois faire abstraction pour profiter parce que ça s'arrête très vite. Ensuite, tu ne peux plus revenir en arrière. " Même quand ça ne va pas, j'essaie de garder un peu le sourire, d'être heureux au fond de moi et de bien bosser avant de rentrer chez moi. Une carrière dure 15 ans. Ça peut être long, 15 ans, ça peut être court... J'ai 32 ans, il me reste 3-4 ans, en rallongeant un peu, au plus haut niveau. Les années sont passées vite. Il faut profiter, c'est très vrai.

Tu regardes des matchs en ce moment ?
Je redeviens un fan. Je suis devant la télé, donc je vis différemment les choses. Je me suis surpris à sauter du canapé. Des joueurs, des actions, des gestes... là, j'ai le temps. J'analyse, aussi, ça donne un peu de recul. On se rappelle pourquoi on aime ce sport... Et on observe des joueurs qu'on va croiser.

Tu as vu Bordeaux-Lyon ?
Il fallait un vainqueur... Sur la durée, ce qu'ils ont fait ces dernières années, c'est bien qu'ils aient passé un autre pallier, Lyon.

Tu as des favoris, pour le championnat anglais ou la Ligue des Champions ?
En Angleterre, tout est ouvert. On a nos chances, avec Arsenal, mais ça dépend des autres. Pour la Champions League, c'est difficile. Franchement, à ce niveau-là, il n'y a pas de favori : ça se joue à rien. Les quatre équipes ont leurs chances, vraiment. C'est ce qui fait qu'on aime le football. Ce n'est pas une science exacte. T'es bien un week-end, la semaine d'après tu t'écroules sans qu'on sache pourquoi. Le football anglais est très fort, mais en ce moment, c'est le Barça qui semble au-dessus. Les Italiens sont de retour, comme les Allemands. C'est la magie.

Certains joueurs t'épatent, te donnent envie de les jouer ?
Le joueur en forme, c'est évidemment Lionel Messi. Il est extraordinaire. J'aurai peut-être l'occasion de jouer contre lui. Je me suis toujours donné des objectifs. Jouer contre des joueurs comme ça, ça permet de se situer. Messi, c'est la référence. D'autres joueurs sortent du lot et comme défenseur, on a forcément envie de se retrouver en face. Mais dans son cas... Il a un jeu qui déstabilise toutes les défenses.

D'autres sports t'intéressent ?
Le tennis, le rugby, oui, ou le basket, à l'occasion. J'ai regardé le VI-Nations. Ils ont fait un beau Grand Chelem... J'ai assisté à Angleterre-France l'année dernière à Twickenham. C'est très différent, vraiment physique, mais c'est intéressant d'observer leurs gestes justement, des feintes. C'est beau également. À partir du moment où c'est intense, du haut niveau, le sport m'intéresse.

En plus, quand les Bleus gagnent...
Oui, c'est mieux, on ne se fait pas chambrer le lendemain à l'entraînement. L'année dernière, après Twickenham, on s'était fait un peu allumer, les Français. Cette année, moi je ne l'ai pas fait... J'aurais dû. C'est dommage. C'est toujours sympa cette rivalité entre Français et Anglais.

(*) Entretien réalisé avant les révélations concernant Ribéry, Govou et Benzema.

Propos recueillis à Cap-Breton par Rodolphe Denis

ITINERAIRE
Né le 17 août 1977 à Asnières (92)
Clubs : Caen, Marseille, Chelsea, Arsenal
Sélections (France) : 78 (4 buts)
Palmarès : champion d'Angleterre 2005, 2006, Coupe de la Ligue anglaise 2005, Coupe des Confédérations 2003, finaliste de la Coupe du Monde 2006 (France), Champion de D2 1996 (Caen)

Tous au stade !
Pour la deuxième année consécutive, le joueur d'Arsenal donne rendez-vous à tous les jeunes des Hauts-de-Seine, au stade Gaston-Bouillant de Villeneuve-la-Garenne, le 2 mai 2010. Mots d'ordre de cet événement monté grâce à la municipalité et au Conseil général : respect, fairplay et citoyenneté pour tous les enfants, filles et garçons, nés en 1995 et 1996. En plus du tournoi de football à 7, des animations sportives (dribble, jonglage,conduite de balle...) seront accessibles à tous tout au long de la journée. Les vainqueurs du trophée auront eux la chance et l'honneur de s'envoler pour Londres où ils visiteront les installations d'Arsenal et assisteront à un match. Ensuite, de retour en France, direction Clairefontaine (78), pour un match amical contre les gagnants du " Trophée Guadeloupe " de la saison...
Infos : www.trophee-william-gallas.com

A retrouver dans le n°233 du magazine Sport
 

La Une de Sport n°233La Une de Sport n°233



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