Le 27/03/2009 - 07h36
Par
SPORTWEEK / Ronan Folgoas
Pourquoi on ne supporte plus l'équipe de France
SportWeek
Le torchon brûle. Depuis l'Euro raté, l'image des Bleus est au plus bas. Sur le terrain, les joueurs ne montrent plus rien. En dehors, la Fédération tente de recoller les morceaux.
A l'époque, Raymond Domenech pouvait tout se permettre ou presque. L'ironie, la vanne potache, l'humour au deuxième degré... et même les poissons d'avril. C'était il y a un an. Passé assez inaperçu sur le moment, le 1er avril 2008, le canular avait poursuivi son auteur jusqu'au mois de juin et le poursuit encore aujourd'hui. Dans une vidéo diffusée sur le site internet de la Fédération française, " Ray le roi du stand-up ", puisque c'est de lui dont il s'agit, se moquait de son équipe, de l'Euro 2008 à venir, un peu de lui-même et surtout du monde entier. "
A quoi ça sert d'envoyer une équipe de France à l'Euro qui ne sera pas compétitive ? ", s'interrogeait-il, visionnaire sans le vouloir. "
Le mieux, c'est de ne pas y aller, poursuivait-il toujours aussi sérieusement.
C'est tellement plus simple. On a prévenu la Fifa, ils vont récupérer l'Ecosse à notre place (...) Je préfère me préparer directement pour la Coupe du monde avec une équipe qui aura vraiment envie plutôt que s'épuiser dans une compétition où l'on n'aura pas eu assez de temps pour se préparer. "
Evidemment, c'était un poisson d'avril et, sur le moment, il faut avouer que ça nous avait bien fait rigoler. De toute faon, qui aurait pu lui reprocher ce trait d'humour iconoclaste ? Raymond Domenech était alors au faîte de sa puissance. Son équipe commençait doucement à se fissurer, mais le souvenir de la Coupe du monde 2006 et la baraka affichée par les Bleus dans la dernière ligne droite des éliminatoires de l'Euro suffisaient
à enjoliver la légende. Aujourd'hui, le sélectionneur national continue de donner le change. "
Je suis populaire... dans mon quartier", se défend-il. Mais il ne fait plus rire personne. D'ailleurs, on l'imagine mal tenter un poisson d'avril cette année, dans la foulée d'un France-Lituanie déjà décisif. Encore que...
Effet boule de neigePlus grave encore, la rancoeur publique, finalement assez logique envers un sélectionneur looser, s'est transformée, entre la fin de l'Euro et le mois de septembre, en un désamour de l'équipe de France, des joueurs qui la composent et du foot en général. Un effet boule
de neige en plein été ? "
Ce n'est pas Raymond Domenech qui agace le plus les Français, révèle Gilles Dumas, du cabinet Sportlab, qui a mené des études qualitatives sur l'image du football à la rentrée dernière.
Ce sont les joueurs de l'équipe de France qui sont en cause. Ils manquent de générosité, ils sont trop starifiés et font trop de pubs. Voilà comment ils sont perçus. Le football actuel, c'est trop d'argent et pas assez d'émotions. Domenech, lui, sert évidemment de bouc-émissaire mais son nom n'est pas cité en premier par ceux qui expliquent s'être désintéressés du football. "
Pour ne rien arranger, l'ombre de Zidane plane toujours sur le stade de France."
Aux yeux du grand public, les joueurs actuels sont jugés par rapport à leur aptitude à remplacer Zidane, poursuit Gilles Dumas. évidemment, aucun d'entre eux n'est capable de remplacer Zidane.
Thierry Henry est perçu comme quelqu'un de distant et froid et Franck Ribéry n'a pas encore montré assez de choses sous le maillot national. Quant à Yoann Gourcuff, il vient tout juste de rentrer dans le paysage. " Dans les bureaux feutrés de la Fédération française, on préfère parler de l'après-Euro comme d'une "
zone d'incompréhension " entre les Bleus et leur public. "
C'est vrai, une distance s'est installée après l'élimination de l'Euro et dans les semaines qui ont suivi autour du débat sur la reconduction de Raymond Domenech ", reconnaît Pierre-Jean Golven, directeur de la communication de la FFF. Comme personne ne comprend comment Domenech a pu sauver sa tête, une fracture se crée entre l'opinion publique et le pouvoir politique du football français. La Fédération le sait, y compris son président Jean-Pierre Escalettes.
Cassure ou désamour ?Au retour des vacances estivales, l'heure est grave. La rentrée des Bleus approche avec son cortège de matches éliminatoires. Et un Stade de France à remplir à l'occasion du match face à la Serbie ! La cote des Bleus est alors au plus bas. Personne, surtout pas le sélectionneur, ne semble en mesure d'incarner l'image d'un nouveau départ, d'une nouvelle aventure. Pour assurer la gestion de crise, les hiérarques du football français choisissent, fin août, de s'appuyer sur l'agence Hémisphère Droit, dirigée par Franck Tapiro, ex-conseiller médias de Nicolas Sarkozy. "
On a des outils de com' qui permettront d'amortir les défaites, et s'il y a une victoire, on s'accrochera dessus comme un wagon à une locomotive ", explique alors ce fils de pub. Les enquêtes d'opinion révèlent une " cassure ", un " désamour " ? On construit en toute hâte une campagne sur le thème
des retrouvailles. " 90 minutes pour se retrouver ", tel est le programme, à double sens, de la soirée du 10 septembre contre la Serbie. Le ton "
honnête et réaliste ", selon Pierre-Jean Golven, ne porte pas immédiatement ses fruits. L'enceinte du SDF sonne creux au moment de fêter la victoire (2-1) de l'équipe de France (seulement 53 000 spectateurs présents). Mais cette manière plus " rentre-dedans " de s'adresser au public à l'heur de plaire. Un mois plus tard, le match amical contre la Tunisie est annoncé à grand renfort d'affiches 4 par 3 sur le thème du " chantier ". Un panneau de la DDE posé sur la pelouse du stade de France avertit : " 90 minutes pour reconstruire ". Une façon de quémander un peu d'indulgence ? "
A l'époque, ce message collait bien avec le discours du sélectionneur et créait en plus un esprit d'autodérision, répond-on du côté de
la FFF.
Dans un contexte compliqué, il faut essayer de dédramatiser le sujet. " En avril, on brade !Le football n'est après tout qu'une grosse plaisanterie. Pourtant, rien n'y fait. Dans les mois qui suivent, contre l'Uruguay en novembre et contre l'Argentine en février, Raymond Domenech se fait huer, à Saint-Denis comme à Marseille. Son équipe, elle, traîne sa peine dans des matches amicaux où sa qualité de jeu inquiète autant que le manque d'entrain de ses divas, focalisées, dit-on, sur leurs matches de Ligue des champions à venir. C'est dans ce contexte qu'un plan d'urgence est mis en place. Objectif : sauver France-Lituanie, le mercredi 1er avril. Pour la première fois, dans le cadre d'un match éliminatoire, la Fédération française se résout à brader l'événement : 6 000 places parmi les meilleures vendues à 15 € et 10 € en tribune haute (-50 % par rapport à France-Serbie). En début de semaine, il restait encore 15 000 places à vendre. Les hommes de com' et de pub, eux, rament à contre-courant en jouant sur la " proximité " des Bleus. Sur les affiches, un supporter portant perruque et écharpe, s'est glissé entre Ribéry et Benzema au moment de La Marseillaise. A la façon de Rémi Gaillard, le roi des imposteurs du net. Quant à Raymond Domenech, en bon politique, il prépare l'opinion à un avenir incertain : "
Je sens que l'on va devoir jouer les barrages pour se qualifier ", lâche-t-il à intervalles réguliers. Pour cela, il faudra d'abord arracher la deuxième place du groupe...aux dépens de la Lituanie. C'est loin d'être gagné.
Pour revivre la double confrontation de France-Lituanie de 2007, cliquez ici
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