Le 23/01/2009 - 06h53
Par
SPORTWEEK
Raymond Domenech, sélectionneur engagé
SportWeek
Rédacteur en chef exceptionnel du numéro 200 de Sportweek, Raymond Domenech s'est livré comme rarement et aborde tous les sujets... sans langue de bois. Le sélectionneur-citoyen milite pour un monde meilleur...
Que vous inspire le mot populaire ? Raymond Domenech : "Mais
je suis populaire. Dans mon quartier ! Je continue d'aller acheter du
pain, de faire mes courses au Monoprix... Les gens que je rencontre le
sentent bien. Je ne me considère pas comme un personnage important du
paysage médiatique français. D'ailleurs, je ne figure pas dans le
classement des personnalités préférées des Français. Cela dit, je sais
que j'ai de la chance d'être à la place que j'occupe.
Votre notoriété de sélectionneur a-t-elle incité certains à vous approcher pour vous " récupérer " politiquement ?J'ai
toujours refusé de faire quoi que ce soit à ce niveau-là, car sinon
c'est un engrenage. à mon poste, ce n'est pas possible. On se doit de
rester à l'écart.
Un footballeur doit-il rester en retrait de la vie publique ou s'engager comme Lilian Thuram ?Chacun
a ses convictions et les défend. Quand j'étais joueur, ça ne me
dérangeait pas de dire ce que je pensais. Quand tu deviens entraîneur,
c'est plus compliqué. Si tu le fais à titre personnel, tu as tous les
droits. Après, il faut voir les conséquences sur un groupe ou sur une
équipe. L'avantage, quand Lilian prend position, c'est que cela
n'engage que lui. Pas l'équipe de France. Moi, ça ne me gêne pas. Au
contraire. Je suis content d'avoir des adultes dans une équipe. Avoir
une maturité politique, c'est être adulte aussi.
Lorsque Thuram était encore en équipe de France, aviez-vous de nombreuses discussions avec lui sur tous les sujets ?Pas
qu'avec lui. On a eu des débats, des discussions, sur la vie, sur les
problèmes de racisme et d'intégration. Je peux le dire maintenant que
Lilian n'est plus dans le groupe. Une fois, au cours d'un rassemblement
de l'équipe de France, j'avais fait venir quelqu'un pour parler de
l'esclavagisme. Les mecs étaient très intéressés. En sortant de la
réunion, Lilian me dit : " C'est vrai que vous êtes vraiment fou ! Si
jamais quelqu'un sait que vous faites ça pendant un rassemblement,
qu'est-ce que vous allez prendre dans la tête ! " Je lui ai dit : "
Mais qu'est-ce que tu veux faire ? C'est comme ça. Si on n'en profite
pas là, quand est-ce qu'on va organiser ça ? Et qui s'en chargera ? Moi
ça ne me dérange pas. " Le problème, c'est que je ne peux pas évoquer
ces choses ouvertement, sinon je vais me faire allumer. Surtout si on
perd le match derrière. D'ailleurs, cette fois-là, on avait perdu
[7/02/2007, France - Argentine, 0-1]...
Comprenez-vous que votre demande en mariage à l'issue de cet Euro raté ait choqué les Français ?
Il
n'y a pourtant eu aucune préméditation de ma part. Avec le recul, je
n'aurais pas dû dire ça. J'ai eu un vrai moment de faiblesse. Je n'ai
plus pensé que j'étais sélectionneur. J'étais déjà en vacances. Je ne
me suis pas mis à la place des gens. C'est une erreur de demander cela
à ce moment-là. Le métier de sélectionneur demande des exigences que
j'ai oubliées pendant une minute...
Quelles sont vos valeurs du sport ?La
solidarité, la combativité, la ténacité, l'espérance et la générosité.
C'est ce qui fait la vie de tous les jours. Nous sommes en 2009, la
Coupe du monde était en 2006, mais je croise des enfants de 7 ans qui
m'en parlent et qui me reconnaissent à cause de ça, alors qu'ils
n'avaient que 4 ans à l'époque. Ils ont vu la finale avec leurs
parents, leur famille. Rassembler les gens autour de quelque chose avec
des vraies valeurs, c'est pas mal. ça laisse des traces. Forcément.
Aimeriez-vous avoir 20 ans et être footballeur aujourd'hui ?(Sans
hésiter) Ah oui ! Rien que financièrement. Tu joues quatre ans et tu
peux t'arrêter. Donc après, tu peux vraiment jouer pour le plaisir.
L'argent donne la liberté. Tu peux envoyer chier qui tu veux et dire ce
que tu penses. Tu as une forme de liberté qui n'existe pas quand à la
fin du mois tu es obligé de te serrer la ceinture. Rien que ça, c'est
différent de mon époque. Et puis ils sont mieux préparés physiquement.
L'autre jour, on m'a ressorti les images d'un match de mon époque à "
Téléfoot ". Je leur disais : " Mais non, ne montrez pas ça ". [Rires.]
On est tous des fils de fer à côté d'eux. Aujourd'hui, ça va à cent à
l'heure. Nous, on a l'impression qu'on marchait ! Je leur disais : "
Comment voulez-vous que j'explique à mes joueurs qu'il faut qu'ils
courent s'ils voient ça ? " Aujourd'hui, ils sont bien mieux préparés.
Ce sont de vrais athlètes.
Entretien réalisé par la rédaction de Sportweek
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