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Les Bleus

Le 02/04/2010 - 12h48
Par SPORTWEEK / Aurélie Beaudouin

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Une pièce de théâtre retrace Séville 1982

Jocelyn Laggarigue et Rainer Sievert dans "France-Allemagne"-Photo : Philippe Lorette

Jocelyn Laggarigue et Rainer Sievert dans "France-Allemagne"-Photo : Philippe Lorette

Depuis mars, une pièce de théâtre évoque les relations franco-allemandes à travers le prisme du match France-Allemagne de 1982. Découverte avec l'un des deux acteurs, Jocelyn Lagarrigue.

8 juillet 1982. La France affronte la RFA en demi-finale de la Coupe du Monde 1982 à Séville. 1-1 après le temps réglementaire, puis 3-1 pour la France à la 98e. Mais l'Allemagne revient à 3-3 et s'impose finalement aux tirs au but. Tout autant que ce match à rebondissements, c'est l'agression du gardien allemand Harald Shcumacher sur Patrick Battiston en deuxième mi-temps qui est resté dans la mémoire collective. Partant de cela, le scénariste franco-allemand Marc Wels, le comédien français Jocelyn Laggarigue et l'Allemand Rainer Sievert ont décidé de retracer les relations entre les deux pays à travers une pièce de theâtre.

Jocelyn Lagarrigue, pouvez-vous nous résumer la pièce "France-Allemagne"?
On parle du match du 8 juillet 1982 entre la France et l'Allemagne. Une demi-finale que Rainer et moi avons vu, lui en Allemagne, moi en France, donc avec des points de vue différents. Le fait que la faute de Schumacher sur Battiston n'ait pas été sanctionnée et qu'on ait perdu de manière rocambolesque, a fait ressurgir une haine anti-germanique très forte. C'est quelque chose qui avait à voir l'invasion allemande en 1939... On part donc de ce match pour ensuite évoquer les relations franco-allemandes. On revisite la Première et la Seconde guerre mondiale. Par exemple, à un moment, je parle de mon grand-père Emile mort à cause des "gaz moutarde" pendant la Première guerre mondiale. Rainer parle de son père, soldat dans la Wehrmacht durant la Seconde guerre mondiale. On suit un fil assez délirant sur nos relations, avec de petites et grandes histoires, comme la première fois où j'ai embrassé une Allemande...

Le football n'est donc qu'un prétexte...
Oui. Mais il reste extrêmement présent, car on délire 1h30 en parlant du match, on entend même les commentaires de l'époque de Thierry Roland et Jean-Michel Larqué. Il y a une télé sur la scène. Je raconte aussi à ma façon le but d'anthologie d'Alain Giresse. Vendredi, Michel Hidalgo (le sélectionneur de l'époque, ndlr) sera même dans le public. Et moi, j'ai fait le spectacle en me disant : " Tiens, un jour, peut-être que Michel Hidalgo viendra nous voir... ". Cela me fait extrêmement plaisir.

L'agression de Schumacher a-t-elle une place particulière dans la pièce ?
Oui, dès le début. On la joue deux fois, même. Je raconte qu'après ce match, j'ai prié la Vierge Marie pour qu'on remonte le temps et qu'on rejoue le match. Donc après l'agression, Rainer me dit : " Tu veux rejouer le match, petit ? ". Je dis oui...et il me remet un coup dans la gueule. Donc même les gens qui n'ont pas vu le match ou qui ne sont pas au courant peuvent comprendre ce qui s'est passé. On fait aussi une interview croisée avec des vraies déclarations de Schumacher et Battiston.

Jocelyn Laggarigue et Rainer Sievert dans "France-Allemagne"-Photo : Philippe LoretteJocelyn Laggarigue et Rainer Sievert dans "France-Allemagne"-Photo : Philippe Lorette



Comment s'est passée la première représentation à Paris, mercredi soir ?
Très bien. On a reçu un très bon accueil. Les gens ont ri, même s'il y a des moments d'émotions très forts. Ils étaient ravis de voir qu'avec le prétexte du football, on peut voyager sur d'autres continents que le sport. Le sport est un prétexte pour pouvoir parler d'autres choses, en l'occurrence des relations franco-allemandes. C'est une façon de parler de l'amitié qu'on ne voit pas beaucoup au théâtre. Le sport est rarement convoqué au théâtre, et quand ça se fait, les gens sont plutôt contents.

C'est donc une pièce comique...
Oui, on rit beaucoup. Même s'il y a des choses plus dramatiques comme quand Rainer parle de son père qui lui demande de faire le salut hitlérien, et qu'il le fait comme s'il s'était entraîné tous les jours. On évoque la Shoah également, avec nos " armes " à nous. Mais le rire est tout de même l'une des forces du spectacle.

Comment est-né le projet ?
Avec Rainer, nous sommes amis depuis quinze ans. On n'avait pas de travail, et on s'est dit qu'il fallait qu'on fasse quelque chose de ce match. On avait beaucoup de mal à en parler. Son père, quand il a vu la faute de Schumacher, il a dit que Battiston simulait. Donc on n'avait pas vraiment les mêmes conceptions... Mais comme Rainer le dit dans le spectacle, cette équipe d'Allemagne n'était pas aimée là-bas. En secret, il était pour les Français. Les Allemands étaient arrogants, et en plus ils avaient passé un accord tacite avec l'Autriche pour éliminer l'Algérie (une victoire de l'Allemagne sur l'Autriche qualifiant les deux pays, les Allemands ont marqué rapidement avant de se contenter de se faire des passes inoffensives jusqu'à la fin du match, ndlr). Le monde entier, pour la finale Allemagne-Italie, était contre l'Allemagne. Et l'Italie a gagné...

Quel souvenir gardez-vous de ce match du 8 juillet 1982 ?
J'avais 12 ans. Cela m'a marqué. Ce match était une profonde injustice pour moi. Je suis un fan de foot, et pour moi, cette équipe de 1982 est la plus belle équipe de France de l'histoire, et je le dis dans le spectacle. A 3-1, ils continuaient d'attaquer, alors que n'importe quelle équipe aurait fait la Muraille de Chine. J'ai revu le match plusieurs fois, et franchement, les mecs, ce sont des artistes...

L'affiche de la pièce-Photo : PanoramicL'affiche de la pièce-Photo : Panoramic



Elle était meilleure que celle de 1998 ?
Le 12 juillet, c'est le jour de mon anniversaire. C'était merveilleux, tout ça... 1998, c'est début de la culture de la gagne. Zidane, c'est un super joueur. Mais l'équation du fait que j'avais 12 ans en 1982, qu'il y ait eu ce match incroyable à Séville et le panache, la générosité de cette équipe, fait que cela reste mon équipe de foot préférée. Je suis un peu nostalgique... Le Barça de l'an dernier s'en est peut-être rapproché.

D'autres matches de légende pourraient-ils être adaptés au théâtre ?
Oui, mais je ne vois pas d'équivalent dramaturgique à celui de 1982. Platini lui-même l'a dit : il souhaite à tout joueur de vivre ce qu'il a vécu ce jour-là. C'est hallucinant. Le France-Italie de 2006 avec le coup de boule de Zidane? Peut-être.


France-Allemagne, jusqu'au 19 avril au Théâtre de l'Atalante (10 place Charles Dullin, 75018 Paris)

Du mercredi au lundi à 20 h 30 ;
Le samedi à 19 h et le dimanche à 17 h ; relâche le mardi
Réservations au 01 46 06 11 90

Plus d'informations et un extrait de la pièce en cliquant ici


Le résumé du match vu sur Youtube :


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