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BARRETTE MYFREESPORT

Le blues des athlètes après les Jeux Olympiques

publié le 18/09/2008 - 14h30, par SPORT / Gérald Mathieu



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Comme après chaque Jeux Olympiques, les athlètes qui sont passés à côté s'enfoncent dans un état dépressif assez sévère. Enquête sur un phénomène tabou.

Depuis la fin des Jeux olympiques, mettre la main sur les déçus de Pékin est devenu un sport à part entière. Quand certains restent désespérément aux abonnés absents, d'autres se servent de leur messagerie comme d'un filtre à casse-pieds. Et lorsque, par miracle, l'olympien meurtri daigne enfin décrocher son combiné, sa voix est aussi grave que monocorde. Près de trois semaines après la fin de la grand-messe quadriennale du sport, de nombreux sélectionnés ont le moral en berne après être passé à côté du résultat. Tête d'enterrement, yeux dans le blues, manque d'entrain, repli sur soi, absence d'envie : les signes cliniques traduisent un net état dépressif post-J.O., sujet tabou dans la mythologie moderne où le sportif est érigé en robot formaté. 

Isolement volontaire

"Après une période d'exaltation comme celle des Jeux olympiques où ils étaient surencadrés, concentrés à l'extrême, portés par les regards de la foule et considérés comme des pôles d'attraction, les sportifs traversent un passage dépressif, décrypte Stéphane Proia*, docteur en psychologie clinique. Quitter d'un seul coup ce monde de sensations fortes où chaque axe de la vie était focalisé sur la performance, pour se retrouver subitement seul et au calme, provoque une forte baisse de moral et une accentuation des doutes."

Eliminée d'entrée du tournoi de judo, Audrey La Rizza a fait de la résistance, avant de couler à pic dès son retour en France. "Tant que j'étais dans ma bulle à Pékin, ça allait. Mon sentiment d'échec était atténué parce qu'on était tous ensemble dans notre cocon. Mais c'est depuis que je suis rentrée à Paris que c'est dur à vivre. J'ai le blues. Je n'ai pas envie de voir des gens. Je réfléchis beaucoup, mais je ne parle pas. Ne pas en parler me donne d'ailleurs l'impression de moins souffrir. Je n'arrive également toujours pas à regarder la moindre image à la télé. Et quand je tombe sur des photos, ça me fout les boules !"

Hongyang Pi, également sortie prématurément de son tableau en badminton, est elle aussi dans le même état : "J'ai connu un passage à vide pendant plusieurs jours. Tout ce que j'avais construit pour les Jeux venait de s'effondrer d'un seul coup. Je ressentais un vide et je n'avais pas envie de reprendre la compétition. Je n'étais pas bien dans ma tête." Cet état dépressif, se traduit par un isolement volontaire. "Pendant une petite semaine, poursuit la nageuse Sophie de Ronchi, j'ai ressenti un grand vide. Un blanc. Un trou. Plus de folie, plus de contacts, plus de pression médiatique, plus personne qui s'intéresse à vous. Je me suis sentie seule. J'avais l'impression qu'il me manquait quelque chose. C'était la première fois que je ressentais ça. Mais en même temps, je n'avais envie d'appeler personne. Je voulais rester seule."

Aucune séquelle

Dans cette rupture avec l'extérieur, le boxeur John M'Bumba mérite certainement la médaille d'or de l'isolement. "A mon retour, je me suis coupé de toute vie sociale. Je suis resté enfermé chez moi pendant cinq jours, sans me laver ni sortir ! Je ne faisais que dormir, manger et aller sur Internet. Je me foutais de tout. Je voulais juste rester seul. Jamais je ne pensais vivre l'après-Jeux aussi intensément", raconte-t-il, la voix hagarde. "Moi aussi, renchérit le nageur Christophe Le Bon. Pendant dix jours, je suis resté chez moi à faire la marmotte. J'avais pas mal de pensées négatives, car je venais de retrouver la dure loi de la vie. Et si je n'avais rien fait, je me serais enfermé dans un cercle vicieux qui m'aurait vite pénalisé."

Si tous les sportifs de haut niveau sont égaux face à ce phénomène méconnu du grand public, le degré de gravité ainsi que la durée de déprime d'un individu va fortement dépendre de son sport, de son exposition médiatique, de son âge et de son calendrier sportif à venir. "Cet état frappe surtout les sportifs qui n'ont pas d'autres objectifs et qui n'ont pas les moyens d'investir un autre événement, explique Philippe Salas**, psychologue et docteur en psychologie. En revanche, il sera toujours plus facile de s'en sortir pour un vrai compétiteur dans l'âme, qui passera vite à autre chose. Comme pour ceux qui seront forcés, dans un temps raisonnable, d'enchaîner sur une autre compétition après avoir pris le temps de décompresser un peu."

Sournois et troublant, ce passage à vide ne laisse aucune séquelle. En général seulement, car chez certains sujets, cette crise passagère préfigure inconsciemment leur future retraite sportive. Avec les mêmes symptômes que ceux observés au lendemain des Jeux mais cette fois-ci, puissance mille.




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