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BARRETTE MYFREESPORT

Le Journal des Bleus : Un bon bilan ? Ça dépend ce qu'on vise...

publié le 24/08/2008 - 18h37, par SPORT / Alexandre Herbinet



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40 médailles au total, objectif atteint et meilleur résultat des Jeux "modernes". Pas si mal. Mais loin d'être top. Car il manque de l'or. Et les "stars" attendues comme les femmes ont peu brillé.

Voilà... c'est fini. A l'heure où nous écrivons ces lignes, la flamme olympique ne brille plus au-dessus du "Nid d'oiseau", les athlètes encore présents se préparent à aller faire la fête dans les meilleures boîtes pékinoises et les yeux de la planète sont déjà tournés vers Londres ou la grand-messe du sport mondial aura lieu dans quatre ans. Zai jian - au revoir - Beijing, hello London ! Voilà... c'est fini. Et l'heure du bilan a sonné pour le camp français. Pour résumer vite fait ? Du chaud et du froid. Le yin et le yang. Une analyse à deux facettes. Le bon côté et le mauvais.

Le plaisir avant tout, donc commençons par le positif. 40 médailles (7 en or, 16 en argent, 17 en bronze). Le meilleur score des Jeux "modernes"- les JO de 1900 (103, 97 ou 91 breloques, selon les sources) et 1924 (41) avaient trop de disciplines farfelues au programme pour permettre le jeu des comparaisons -, l'objectif haut annoncé par Roselyne Bachelot, notre ministre à tous, dans Sport et sur Sportweek début juillet. C'est bien, très bien même. "On peut analyser tout et son contraire, l'important c'est d'avoir atteint cet objectif des 40 médailles, juge Bernard Laporte, le secrétaire d'Etat chargé des Sports, de la Jeunesse et de la Vie Associative, dans un entretien qu'il nous a accordé. Bravo à la délégation ! Maintenant, il faut continuer à travailler." Sans oublier que notre Bernard national avait aussi comme objectif de "se maintenir autour de la sixième ou septième place au classement des nations". La France termine dixième. Raté...

Une présence dans toutes les disciplines

Autre bon point : le spectre des disciplines qui ont ramené des breloques. "Nous avions engagés 22 fédérations et nous sommes médaillés dans 16 fédérations, explique Laporte. C'est très intéressant. C'est un privilège pour un pays de pouvoir briller dans plusieurs sports car quand on est jeune, on n'a pas forcément envie de faire du foot, du rugby ou du hand. On a envie de choisir le sport que l'on veut et, pour ça, il faut qu'il y ait, à travers les clubs et les associations, des possibilités pour les jeunes d'aller vers ces sports." Fabien Canu, directeur de la Préparation olympique et paralympique (POP), précise : "Seize fédérations médaillées, c'est un record. Jusque-là on était à quatorze. Ça prouve tout un savoir-faire du sport français." Les nombreuses surprises dans moult disciplines, même si elles n'ont pas été récompensées du plus beau des métaux, permettent aussi de s'emballer. "Certains que l'on n'attendait pas sont sur les podiums, bravo à eux", confirme le secrétaire d'Etat.

Absalon, Bernard et les Bleus du hand sont les rois

Quelques stars attendues ont également répondu présentes : le roi du VTT Julien Absalon, le requin blanc Alain Bernard sur 100 m nage libre, l'équipes des sabreurs, celle des épéistes, le néo-retraité Fabrice Jeannet ou les handballeurs et leur fabuleuse médaille d'or, première breloque dorée en sport collectif depuis l'or des footeux, conquis face au Brésil en 1984. "Ça finit en apothéose pour la délégation française dans son ensemble grâce au hand, glisse Laporte. C'était la dernière médaille et on prend l'or. C'est un beau point d'exclamation, ça clôture bien les Jeux pour nous."

Londres 2012 s'annonce bien

Les perspectives d'avenir semblent également intéressantes. "Nous avons une base très solide pour préparer 2012 et 2016, indique Henri Sérandour, président du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF). La plupart des médaillés ici sont jeunes et seront présents dans quatre ans et même dans huit pour certains. Ça va nous permettre de travailler dans la sérénité, avec quelques évolutions quand même dans notre fonctionnement habituel après une analyse très fine des résultats à Pékin." L'ancien entraîneur du XV de France partage cet avis : "Ce qui est encourageant, c'est que 80% de la délégation des athlètes présents à Pékin seront sélectionnables pour 2012, voire 2016 pour certains. Ça montre que c'est jeune et qu'il y a du potentiel. Maintenant on a quatre ans pour les faire progresser et pour aller chercher ces médailles d'or."

Les pires Jeux depuis 20 ans

Ah, les breloques dorées... Le premier point du côté négatif de la balance. Sept petites médailles d'or, le pire résultat depuis les six de Séoul en 1988, il y a déjà vingt ans. Loin des 15 d'Atlanta 1996, des 13 de Sydney 2000 ou même des 11 d'Athènes 2004. Un total qui nous place à la 10e place du tableau des nations, plus bas classement depuis Los Angeles 1984, un statut qui confirme avec force la légère chute des trois dernières éditions (7e à Athènes, 6e à Sydney, 5e à Atlanta).

"On aurait aimé avoir plus d'or, c'est certain", lance Laporte. "Le tableau des médailles nous fait cruellement défaut, enchaîne Canu. C'est lié aussi à cette génération nouvelle et sur le fait qu'il faut que dans notre système on soit plus exigeant pour aller chercher l'or." Deux raisons expliquent notamment cette baisse des titres : la montée en puissance de certaines nations - soldat Chine, au rapport ! -, car la France a beau aimé regarder son nombril, nous ne sommes pas les seuls à progresser, mais aussi les désillusions de trop nombreux athlètes attendus comme les "stars" tricolores des Jeux. On pense à Laure Manaudou, gamine à la dérive dont l'image a pris un sacré coup, mais aussi à Tony Estanguet, Laura Flessel, Yohann  Diniz, Mehdi Baala, Jérôme Thomas, Amélie Cazé, Frédéric Belaubre (on en oublie sûrement), voire, dans une moindre mesure, Fabien Lefèvre (argent en kayak slalom) ou Teddy Riner (bronze en judo).



La liste est longue. Et l'on se prend à rêver de ce qu'aurait pu réaliser la délégation tricolore si tous ces chercheurs d'or avaient atteint leur but. "Quand on regarde tous nos leaders, qui malheureusement ont échoué, car c'est aussi ça le sport de haut niveau, on ne peut pas toujours réussir, s'ils avaient obtenu quelques médailles, on approcherait la cinquantaine, estime Laporte. Donc tout ça est très encourageant pour l'avenir." Le verdict signé Sérandour est plus sévère : "Après Pékin, il ne faudra pas faire une analyse comme à l'issue d'Athènes où elle avait manqué de sévérité. Il faut tenir les boulons serrés dans certaines fédérations. Mais je ne vois pas ce qu'on peut rajouter à la natation ou à la boxe qui a fait un travail énorme depuis cinq ans pour avoir neuf qualifiés." Trop de pression, les "stars" ? Trop sûres d'elles ? Un peu des deux, mon général ! Sans oublier une concurrence féroce qui a travaillé dur pour aller chercher les breloques.

La femme reste l'avenir de l'homme
 
Autre mauvais point : les femmes. Pas elles directement, on les aime et ça ne changera jamais, mais leurs résultats : sept médailles à peine, une seule en or (Anne-Caroline Chausson en BMX... et la reine du vélo fou arrête) contre seize breloques dont trois dorées rien qu'à Athènes ! On rappelle que ces dames représentaient 39% de la délégation tricolore... Canu tire d'ailleurs la sonnette d'alarme : "J'escomptais 20% de médailles féminines. On sera même en dessous. Ce n'est pas surprenant parce que depuis deux ans que je suis en charge de la préparation olympique, je vois bien qu'il y a peu de résultats féminins sur l'ensemble des sports. Il ne faut pas sous-estimer le problème car on pourrait très bien se retrouver dans le même cas de figure à Londres en 2012. On prend du retard chez les filles. Il y a une difficulté à recruter des jeunes filles pour faire du sport de haut niveau. On démarre le sport beaucoup plus tôt et, à 12-13 ans, on commence à l'arrêter. Il faut quitter son milieu familial pour aller dans les centres d'entraînement. Il y a l'inquiétude des parents sur l'aspect des études. Et il y a un savoir-faire qui manque dans le management des filles au plus haut niveau."


Et Sérandour d'enfoncer le clou : "En ce qui concerne le sport féminin, c'était du 50-50 jusqu'à Athènes avec une pointe à Atlanta où elles étaient devant les garçons en titres. On doit aller chez les juniors, chez les espoirs, pour voir quel potentiel est là et comment ce potentiel peut redevenir performant afin de retrouver le lustre du sport féminin en France." Roselyne Bachelot a pour sa part trouvé "regrettable" l'échec des sportives françaises. Où sont les femmes ? Plus tellement sur les podiums...

 La natation monte, l'athlétisme plonge

Enfin, si la natation se maintient à son niveau d'Athènes - six médailles, avec exactement les mêmes métaux mais que des hommes contre... un seul en 2004 -, une déception quand on sait que la capitaine de route Malia Metella s'était hasardée à en pronostique "le double", l'autre gros sport olympique, l'athlétisme, poursuit sa descente aux enfers. Sydney, Athènes, Pékin. Trois éditions des Jeux. Trois médailles - deux en bronze en 2004, une en argent en 2008, l'inattendu Mahiédine Mekhissi-Benabbad sur 3.000 m steeple, merci à lui pour nous avoir évité le zéro pointé, alors que l'objectif annoncé dans la capitale chinoise était de deux à quatre breloques -  et aucun titre. Avec, en plus, des dissensions internes qui font peine à voir. "Dire que la performance en athlétisme n'est pas bonne, oui. C'est unanime, indique Laporte. Nous devons d'abord laver le linge sale en famille. J'entends beaucoup de choses qui se disent. Je crois qu'il serait bien qu'ils se mettent autour d'une table et qu'ils se disent leurs quatre vérités entre eux. Ensuite nous ferons, avec Fabien Canu, une réunion avec eux. Je veux savoir ce qui se passe, ce qui s'est passé et surtout comment nous allons rebondir. Nous voulons une fédération d'athlétisme qui retrouve un certain standing et à travers ce standing, de la performance." Sérandour insiste : "Il y a besoin d'une reprise en main très sérieuse, d'un grand ménage. Les gens de l'athlétisme ont un vrai chantier. Il va falloir un peu se durcir, retrousser les manches et prendre les bonnes décisions." Il serait temps...

Un match Chine - USA... et le soupçon du dopage

Pour le reste, c'est-à-dire la planète, et ce n'est pas négligeable, la logique a été respectée. La Chine termine en tête du classement des nations et rafle l'or à la pelleteuse (51 médailles de ce métal, soit plus d'une sur deux !) et se rapproche très sérieusement des Etats-Unis au total des breloques (100 contre 110). Pékin ou pas, avec de tels moyens financiers et humains, quelque chose nous dit que la Chine entame à peine sa domination du sport mondial. Rendez-vous à Londres pour confirmation. Les stars des Jeux ? L'homme-poisson Michael Phelps, huit médailles d'or dans la capitale chinoise (record historique), quatorze en tout avec celles d'Athènes (record historique aussi). Sur une autre planète, l'Américain va désormais s'atteler à de nouveaux horizons dans les piscines, avec peut-être le sprint (50 et 100 m). De quoi faire encore peur pour le futur. Prends garde Alain Bernard, prends garde...


On n'oublie pas l'homme-éclair Usain Bolt, trois courses, trois records du monde (100 m, 200 m, 4x100 m). Fabuleuses performances. Ou plus grosse escroquerie de l'histoire, au niveau d'un Lance Armstrong des grands jours ? Le saura-t-on un jour ? Une certitude : le doute perdurera à jamais. Son pays, la Jamaïque, a trop dominé le sprint sur le tartan du "Nid d'oiseau" pour croire juste à une merveilleuse génération spontanée. Ah oui, au fait, on ne pourra jamais non plus être certain de la véracité des exploits de Phelps. Le constat logique d'un sport moderne gangréné par le dopage, sans doute...

 Le mot de la fin

Pour finir, un petit message signé Bernard Laporte. Le secrétaire d'Etat vivait ses premiers Jeux et il ne regrette pas d'être venu : "Les Jeux, c'est merveilleux, génial. J'en ai vécu des événements sportifs avec l'équipe de France. Mais les Jeux sont à part. Il y a 10.000 athlètes. Ce sont des valeurs, des vertus. C'est sain, c'est pur, on vient là pour le sport, pour sa nation, c'est vraiment extraordinaire. Le sport dans le pur sens du terme", a-t-il confié à votre serviteur. Pas mieux, Bernard ! Merci pour les émotions, athlètes du monde entier. Et encore zai jian, la Chine ! Voilà... c'est vraiment fini.

De notre envoyé spécial à Pékin, Alexandre Herbinet





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