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Le Journal des Bleus : Début de soirée avec les Jeannet
Heureux malgré la polémique sur la médaille refusée au remplaçant français Jean-Michel Lucenay, les champions olympiques d'épée par équipes ont fêté leur titre. Et Sportweek était là. Au moins au début. Il est deux heures et quart du matin. Affalés dans le canapé des salons du cinquième étage - réservés à la presse et aux médias audiovisuels - du Novotel Xinqiao, les deux frères Jeannet, Jérôme et Fabrice, chacun sa médaille d'or autour du cou, finissent d'organiser les détails de leur soirée. " Faut fêter ça, on va aller en boîte, au Suzy Wong, glisse Jérôme, l'aîné. On va juste prendre une petite douche avant. On ne va pas sortir en puant le bouc. (Rires.) J'ai des affaires de rechange mais par contre je n'ai que des tongs. On va devoir rentrer comme ça. " Champions olympiques d'épée par équipes quelques heures auparavant, les frères Jeannet ont retrouvé un sourire un peu perdu sur le podium, la faute à ce règlement " stupide " qui a privé le remplaçant Jean-Michel Lucenay de sa breloque dorée. " Vous savez ce qui est le plus bête ? C'est qu'ils l'avaient, cette médaille d'or, explique Fabrice. Ils en ont toujours quatre au cas où, justement, le quatrième entre. Puisqu'elle est là, qu'est-ce que ça change de lui donner ? Rien... Jean-Mich' était très déçu, c'est normal, mais là ça va un peu mieux. " A quelques mètres de là, Lucenay, un mec adorable, explique sa désillusion à une journaliste avec un début de sourire retrouvé. C'est déjà ça. Et on espère bien qu'il pourra enfiler une médaille du plus beau métal dans le futur. Il le mérite. Déçu ou pas, " Jean-Mich' " suivra toute la troupe vers le night club pékinois, où la cohue monstre devant l'entrée - votre serviteur a même craqué, quittant les lieux avant d'y pénétrer, fatigué de se faire bousculer par des touristes anglais passablement éméchés - obligera nos escrimeurs en or à tenter la méthode radicale, juste au cas où les videurs ne soient pas conciliants. Chacun plonge sa main dans son sac et en ressort la preuve du sacre pour la porter bien en évidence. " Je déteste faire ça, lance Fabrice. Mais bon si la médaille peut nous permettre d'entrer plus vite. (Rires.) " Dix minutes plus tard, la bande des quatre n'a pas bougé, calme et sereine, sans tenter de forcer le passage comme beaucoup de champions olympiques auraient pu le faire. A l'image de ces garçons, simples, un peu timides, si gentils et talentueux. Résultat ? Pour la plupart en bermuda, la troupe se fait refuser l'entrée, médailles d'or ou pas ! Et n'en a cure. " Putain, Fabrice, vous auriez pu vous habiller mieux, faire un effort ", lance dans un accent chantant l'armurier de l'équipe de France, Bruno Gares. Superbe réponse du néo-retraité de l'escrime, vice-champion olympique en individuel : " Non mais je m'en fous ". Fidèle à lui-même, Fab'. Les Jeannet ont également accepté de nous faire partager quelques anecdotes de leur expérience olympique pékinoise, " une aventure humaine géniale " selon les deux frangins. " Le soir de la cérémonie d'ouverture, après le show, j'avais trop faim, je suis parti au McDo du village, confie Fabrice. Qui on voit passer à côté ? Yao Ming ! Tout le monde a couru pour le photographier, lui parler ou prendre un autographe. Il n'y avait plus personnes aux caisses, impossible de commander. Et puis qu'est-ce qu'il est grand le bonhomme... " Jérôme et ses copains ont d'autres souvenirs liés au basket : " Un jour, au self du village, les mecs de l'équipe américaine ont débarqué ! Une folie ! Ils ne pouvaient même pas faire un mètre, tout le monde leur sautait dessus. Photos, autographes, tout y passait. Même les employés du self avaient oublié tout le reste. Ils n'ont jamais pu manger. (Rires.) Federer, c'est pareil. Nadal passe plus inaperçu. Il est souvent au milieu d'autres Espagnols et comme c'est une grosse délégation, il arrive à ne pas se faire remarquer. Ce n'est qu'après avoir croisé un tas d'Espagnols qu'on tilte qu'il y avait Nadal à l'intérieur. Federer ne peut pas faire ça, y'a quand même beaucoup moins de Suisses... (Rires.) " Ulrich Robeiri, le troisième médaillé d'or, qui ne joue pas au Bayern (désolé pour le jeu de mots), livre une drôle de confidence : " Je n'ai craqué qu'une fois pour un McDo : aujourd'hui alors qu'on avait la compétition. J'avais faim et j'en avais trop envie. " L'anecdote la plus représentative de l'esprit d'équipe de l'ensemble de la délégation tricolore se passe sur tapis vert. " Deux ou trois jours après la cérémonie d'ouverture, on a fait un poker avec Teddy (Riner, ndlr), Gaël (Monfils, ndlr), des judokas, des tennismen et d'autres sportifs français, explique Jérôme. On n'en a pas refait depuis car quand tu joues au poker sérieusement, ça te prend pas mal d'énergie et ce n'est pas bon avant de disputer une épreuve. Mais ce soir-là c'était très sympa, la mise de départ était de 50 euros par personne. Les tennismen, on avait l'impression que ça représentait cinq centimes pour eux. Pour nous, c'est déjà une petite somme. (Rires.) Avec Fabrice on était tous les deux dans les trois derniers à la table mais c'est Benjamin Darbelet qui a gagné. Fabrice finit deuxième et moi troisième. " Explications du malheureux finaliste : " Il avait beaucoup plus de jetons que moi. Et puis je pars avec la meilleure main et il gagne quand même. Trop de chance ce Darbe. (Rires.) Maintenant qu'on est pas mal à avoir terminé nos compétitions, on va essayer de s'en refaire un avant notre départ, prévu le 18 ou le 19 je ne sais plus trop. " De belles tranches de vie. Pour de superbes champions. Merci pour tout le bonheur, messieurs les Jeannet. De notre envoyé spécial à Pékin, Alexandre Herbinet plus d'infos
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