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Le Journal des Bleus : Merci, merci, merci... Steeve Guénot !
Guénot est arrivé. Sans se presser. Après une nouvelle journée de désillusions (fleuret hommes et épée femmes, Gévrise Emane en judo), la première médaille d'or tricolore est enfin là... grâce à un lutteur. Autant l'avouer, on commençait à perdre patience. Alors oui, au classement des médailles d'argent, la France avait réussi à se faire une place de choix. Une sorte d'hommage permanent à Raymond Poulidor. Mais pour les breloques dorées, rien, que nenni, pas même une petite pépite à se mettre sous la dent. Au point de voir des contingents de journalistes du pays débarquer à la moindre finale. Et au point de transformer la première médaille d'or, celle du sauveur Steeve Guénot en lutte gréco-romaine catégorie 66 kilos, en foire d'empoigne pour recueillir les impressions du héros national. On n'aurait jamais cru, mais alors jamais, que le passage de l'ami Steeve - on n'a rien contre lui mais ce n'est pas non plus Michael Phelps - en zone mixte puisse donner lieu à un tel afflux de médias pour recueillir les impressions d'un champion doré mais peu loquace. Ecouter une interview du plus jeune des deux frères Guénot, c'est se rendre compte d'une chose : quand on est timide et que l'on évolue dans un sport ignoré de la plupart des médias entre chaque JO, la nervosité et le manque d'habitude font qu'on n'a pas grand-chose à dire. A part au président Nicolas Sarkozy, prompt à appeler pour le féliciter en fin de conférence de presse, et à qui le Guénot en or a lancé une phrase qui a fait pouffer tout son auditoire. A la question du chef de l'Etat " où habitez-vous ? ", Steeve répond un très bon " à Bagnolet, dans le 9-3 ". Vu son sourire et le ton employé, quelque chose nous dit que notre seul champion olympique (pour le moment) n'est pas forcément le plus grand fan du président... Guénot frère et frère - Christophe ramasse le bronze dans la catégorie 74 kilos - tubes de l'été. Ah oui, on confirme, il y a bien quelque chose qui cloche dans les résultats de la délégation tricolore. Au cinquième soir d'épreuves, les Guénot détiennent une médaille d'or, soit autant que la France, et près d'un cinquième de l'ensemble des breloques tricolores. Papa et maman vont être contents. Mis à part la fratrie du succès, la journée de mercredi n'a pas vraiment changé des quatre premières de ces Jeux. De gros espoirs en se réveillant. Le mal au crâne à force d'enchaîner les déceptions en allant se coucher. Avec d'abord la judokate Gévrise Emane, dont un entraîneur de judo nous avait confié la veille lors d'une soirée dans une boîte tendance de Pékin qu'elle était " le vrai coup sûr, plus que Riner ", éliminée dès le premier tour des - 70 kg par l'Espagnole Leire Iglesias. Pas brillant pour celle qui avait trusté la couronne mondiale en 2007 et affiche sur son palmarès deux titres de championne d'Europe (2006, 2007). Du côté des hommes, Matthieu Drafreville n'a pu aller chercher la médaille de bronze des - 90 kg face à l'Egyptien Hesham Mesbah. Avec deux médailles d'argent (Darbelet, Décosse), le bilan du judo français reste toujours meilleur qu'à Athènes - une breloque, en argent, pour Frédérique Jossinet - mais ne correspond toujours pas au potentiel des rois du tatami hexagonaux. Mais vendredi, c'est Teddy. Avec peut-être un peu plus de pression que prévu vu l'hécatombe de la délégation française dans son ensemble. Autre gros morceau du jour : l'escrime, habituel pourvoyeur de médailles, lui aussi bloqué à deux pour le moment (Jeannet et Lopez). Le fleuret hommes a apporté son duel fratricide entre les deux amis Erwann Le Pechoux et Brice Guyart, champion olympique en 2004. Déjà qu'on cherche de quoi se mettre du métal sous la dent, si en plus nos champions se rencontrent dès les huitièmes, on va vraiment finir par compter nos breloques sur les doigts de quatre mains... Avantage Le Pechoux sur ce coup, mais inutile, le garçon finissant par s'incliner à la mort subite face à l'Italien Salvatore Sanzo lors du quart. Regrets éternels, un peu le refrain de nos Jeux version 2008 : " Je ne dois pas le laisser venir sur la dernière touche. J'aurais dû continuer à faire le jeu, c'est comme ça que je suis revenu dans le match. A la fin, j'ai reculé, je me suis laissé marcher dessus, je ne dois pas l'attendre. J'ai peut-être eu un peu la peur de rater sur la dernière touche. Pourtant, je m'étais bien préparé, je savais ce que j'avais à faire. " Erwann ne l'a pas fait. Il y a des fois où l'on a juste envie de dire à un sportif : " vas-y coco, écoute-toi un peu ". Et le Pechoux de conclure : " Je ferai le bilan après, là je suis juste déçu. C'est dans le mental que j'ai lâché. " On pouvait lire un mélange de frustration et de tristesse dans les yeux du bonhomme. Ce qui n'empêche pas la meute de journalistes de toujours poser la même question en premier, rituel pour les éliminés : " alors, déçu ? " On ne veut pas se moquer mais qui va répondre : " Ah non, je suis super content, je voulais aller faire des courses ". Chez les femmes, en épée, l'attraction du jour s'appelait Laura Flessel, toujours médaillée individuelle aux Jeux depuis 1996. Cette fois, ça ne passe pas. La " Guêpe " n'a pas pu piquer juste en quart contre la Chinoise Li Na, vice-championne du monde 2007. " Elle était plus forte, l'incident du huitième ne m'a pas déstabilisé, je ne cherche pas d'excuse, je ne suis pas mauvaise perdante, je n'aime pas perdre c'est différent ", lâche Flessel. L'incident du huitième ? Un " mini-drame " lors de la " prolongation ", où la volonté de l'arbitre d'annuler la touche qui donnait un avantage 11-10 à la Française provoquait la colère de son entraîneur, Jean-François Di Martino, expulsé sur carton noir. On vous passe les détails exacts, bien trop techniques et bien trop longs, mais pour les commissaires de la FIE (Fédération Internationale d'Escrime), pour l'arbitre comme pour l'ancien sabreur-ministre néo-consultant Jean-François Lamour, c'est bien le camp tricolore qui a mal compris la règle et fait une faute. Dur à avaler, mais si même l'ancien ministre le dit... Restait une question : l'avenir de la reine Laura, 36 ans, soit un de moins que sa partenaire d'épée Hajnalka Kiraly-Picot, elle aussi sortie en quart (une idée, comme ça : ce serait pas mal de penser à la relève maintenant). Réponse mystérieuse de la " Guêpe " : " Ben là je vais me déshabiller ". Ça c'est de l'info... Enfin, un mot sur " mamie " Jeannie Longo, 49 ans, septièmes Jeux et encore une quatrième place dans le contre-la-montre féminin. Inusable. On aurait tant aimé voir ce bout de femme qui défie le temps s'offrir une nouvelle médaille. Pas grave. Rendez-vous à Londres, Jeannie. Car même à 53 ans en 2012, qui peut assurer qu'elle n'y sera pas ? Pour conclure, un mot sur nos amis Chinois, absolument intouchables à domicile, et ce presque dans toutes les épreuves. Déjà 27 médailles dont 17 d'or. Une réussite insolente et très très loin d'être terminée. En attendant, nous et nos chances de breloques - par définition, si on a que des chances et qu'on en manque, de chance, ça peut vite devenir un drame -, on peut s'extasier sur Steeve Guénot. Il y a de bonnes nations de sport. Et il y a les puissances. On doit vraiment vous préciser où se trouve la France en 2008 ? plus d'infos
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