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Nikola Karabatic : "Passer devant le foot, c'est impossible !"
Champion olympique, meilleur joueur du monde : Karabatic a atteint le Nirvana sportif en 2008. Entretien exclusif avec la superstar supermodeste du handball. Nikola Karabatic est un guerrier. Un vrai. Du genre à zapper une petite fracture au coude survenue au milieu des Jeux olympiques pour aller au bout de ses objectifs. "Je me suis blessé à Pékin. Le lendemain du quart, je n'arrivais presque plus à bouger le coude. Mais bon, c'était les J.O. Peu importait la douleur." Coup d'envoi du match France-Serbie en foot, séances photo, radios, télés, opérations pour l'association ELA, Karabatic n'a plus beaucoup de temps pour lui depuis la belle aventure pékinoise. Il va tout de même s'offrir quelques jours en France pour profiter de sa famille. Avant de replonger dans l'enfer de la Bundesliga [où il reprend la compétition avec trois semaines de retard à cause de sa blessure, ndlr]. Quatre semaines après votre médaille d'or, êtes-vous déjà redescendu de votre nuage ? Nikola Karabatic : "C'est difficile. Mon retour en France m'a permis de me rendre compte de l'ampleur de ce que l'on a fait. Les gens me reconnaissent, me remercient pour ce que l'équipe a réalisé. Dans la rue, on me dit : "Merci" ou "Vous nous avez fait rêver." Ce sont des trucs dont on n'a pas l'habitude au handball. Ce titre peut-il doper votre sport auprès des médias et du grand public ? Passer devant le foot, c'est impossible ! Mais après, il y a des places à prendre. Depuis des années, on veut que notre sport soit plus reconnu. On a remporté le titre olympique et fait notre boulot. Maintenant, c'est à la Fédération et à la Ligue de rebondir là-dessus. Vous avez donné le coup d'envoi de France-Serbie. Le champion olympique se sentait-il 'petit' au milieu des 'stars' du ballon rond ? Voir des superstars s'intéresser à notre sport, c'est sympa. En plus, c'était France-Serbie [il est né à Nis, en Serbie, ndlr], donc tout le public serbe m'a applaudi aussi. Ma famille m'a dit qu'ils étaient tous fiers de moi là-bas. Cette standing ovation du public, avec les joueurs qui m'applaudissaient aussi, c'était un peu bizarre. à la fin, Thierry Henry m'a échangé son maillot contre un survêtement olympique signé par toute la délégation. Il m'a dit qu'il nous avait suivi et qu'il nous félicitait. Je lui ai répondu que c'était lui qu'il fallait féliciter et il m'a confié que l'équipe de France de foot devrait s'inspirer de nous. Vous avez été élu meilleur joueur du monde début d'août. Comment avez-vous pris cette distinction ? C'est toujours bizarre d'être mis en avant individuellement dans un sport collectif. Le résultat est tombé deux jours avant le début des J.O. à Pékin, l'équipe a apporté une coupe de champagne pour fêter ça. J'avais fait un petit discours pour leur dire que c'était un rêve de gamin. J'ai toujours voulu être le meilleur, c'est pour ça que je travaille tous les jours. Mais je leur avais bien dit que cette récompense allait être un peu amère sans la médaille d'or olympique. J'aurais eu moins de joie. On vous connaît plutôt humble et timide. Arrivez-vous à vous dire : "Je suis le meilleur joueur au monde" ? Depuis que j'ai 8 ou 9 ans, c'est mon objectif. J'ai toujours voulu être le meilleur, que ce soit en sport, à l'école ou ailleurs. J'ai toujours eu ce côté compétiteur. Pour moi, c'est plus un but qu'une fin en soi. Si un jour j'arrive et que je dis " c'est bon, je suis le meilleur ", ça ne me servira plus à rien de me lever, de courir et de faire du hand. Désormais, Il va falloir confirmer... Depuis que j'ai rejoint la Bundesliga, il y a trois ans, avec tout ce que j'ai remporté, j'ai le sentiment d'avoir franchi un palier mais aussi d'avoir confirmé. J'ai presque tout gagné. Je n'ai plus aucune pression. Hormis le titre mondial avec la France, vous avez en effet tout gagné. N'est-ce pas difficile de se motiver avec un tel palmarès à... 24 ans ? C'est un sentiment marrant. Mais dans le sport, tu repars tout le temps de zéro. La veille, tu es champion olympique ; le lendemain tu te tournes vers la suite. C'est l'essence du sport ! Le titre mondial avec les Bleus, c'est le but de votre carrière désormais ? Ouais... Mais pas forcément non plus. Champion olympique, c'est tellement au-dessus de tout. Si on m'avait dit un jour : "Tu prends tous les titres de ta carrière, en club comme avec l'équipe de France, et tu l'échanges contre la médaille d'or olympique", j'aurais signé direct. Je n'ai pas encore été champion du monde, mais, à la limite, j'en suis bien content. Au moins il me reste un titre à aller chercher. Que retiendrez-vous le plus des Jeux ? La médaille ou l'aventure humaine ? Le résultat sportif est trop fort, on ne pourra jamais l'enlever. La vie au village olympique, les semaines de préparation où on en a bavé ensemble, tout cela est sublimé par la victoire. Ça restera gravé dans nos mémoires à jamais. Si nous avions été éliminés en quart, ce serait devenu un mauvais souvenir. Le succès fait que l'on ne retient que le plaisir. Et que l'on a pas envie de partir du village. En Allemagne, le hand est très populaire. Comment se passe votre vie à Kiel ? Pouvez-vous sortir tranquille ? Oui. Les gens ont beaucoup de respect. Mais nous sommes des superstars dans la ville. Il y a 250 000 habitants et nous avons 10 000 abonnés et 11 000 spectateurs à chaque match. C'est vraiment énorme ! Rien à voir avec la France. Voir des salles pleines comme ça, ça fait chaud au coeur. Le seul point négatif, c'est que le championnat est dur et très long. On joue même à Noël ! Vous sentez-vous dans la peau du Zidane du handball ? Ce n'est pas comparable. Zidane, c'est " Zidane président ". Je suis très honoré d'une telle comparaison. Mais je ne prendrai jamais ça très au sérieux. Je reste un handballeur. (Rires.) Propos recueillis par Alexandre Herbinet Repères Nikola Karabatic Né le 11 avril 1984 à Nis (Serbie) 1,95 m - 102 kg Arrière gauche, demi-centre Club : THW Kiel (Allemagne) 128 sélections avec les Bleus • Meilleur joueur du monde pour l'année 2007 par l'IHF. Palmarès avec l'équipe de France : Champion olympique 2008, champion d'Europe 2006. 3e aux championnats du monde 2003 et 2005. Meilleur joueur de l'Euro 2006. Palmarès en club : vainqueur de la Ligue des champions 2003 (Montpellier) et 2007 (Kiel) ; champion d'Allemagne 2006, 2007 et 2008 ; vainqueur de la Coupe d'Allemagne 2007 et 2008 ; vainqueur de la Supercoupe d'Allemagne 2007 et 2008 ; champion de France 2002, 2003, 2004 et 2005 ; vainqueur de la Coupe de France 2001, 2002, 2003 et 2005 ; vainqueur de la Coupe de la Ligue 2004 et 2005. commentaires
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