Il a réalisé une finale de rêve. Thierry Omeyer n'est pas un gardien. C'est un mur. Et un champion exceptionnel, avec désormais l'or olympique comme cerise sur le gâteau d'une carrière fabuleuse.
Comme ses confrères en or, il est resté longtemps sur le terrain. Pour profiter, savourer, s'imprégner de ces moments rares, porter en triomphe le légendaire Jackson Richardson et se faire féliciter par... David Douillet. Thierry Omeyer et ses quatorze partenaires - on inclut bien sûr Jérôme Fernandez, blessé à la main droite dès le match de poule face aux Croates et remplacé par Cédric Paty - sont champions olympiques de hand. Une première dans l'histoire tricolore. Un exploit fabuleux qui ferme les Jeux sur un point d'exclamation pour la délégation française. Merci les Bleus ! Et maintenant, la parole au gardien de feu, auteur d'une finale de rêve avec 19 parades. Champion du monde en 2001, champion d'Europe en 2006, champion olympique en 2008. Omeyer a tout gagné avec les Bleus (comme en club, d'ailleurs). Pour notre plus grand plaisir.
Vous êtes champion olympique. Quelles sont vos premières pensées ? Thierry Omeyer : "C'est une grosse émotion, une grande joie. On a du mal à réaliser qu'on est champions olympiques. Heureusement on a cette médaille autour du cou... On avait envie de repartir d'ici avec l'or, on a réussi notre pari et c'est ça qu'il faut revenir.
Vous réalisez une finale énorme dans les buts. Je m'étais dit avant ce match que c'était une finale olympique, un moment unique dans une carrière et j'avais envie de savourer ce moment-là, de me défoncer sur le terrain. La journée a été longue, j'avais envie qu'elle commence cette finale et une fois qu'elle était partie, j'avais envie de tout donner, de tout lâcher pour ne pas avoir de regrets à la fin. Ça s'est très bien passé pour aujourd'hui, j'avais une super défense devant moi, comme tout au long du tournoi, et c'est ça qui est important. On rêve toujours de faire des bons matches, notamment dans les grands rendez-vous. Moi j'essaye d'être le plus régulier possible dans ces moments-là. C'est sûr que faire un match comme ça dans une finale olympique, c'est comme dans un rêve. J'avais surtout envie de ne pas avoir de regrets à la fin du match.
Est-ce le plus beau jour de votre carrière sportive ? Ouais, champion olympique c'est un grand moment, c'est sûr. C'est un moment dont on rêve depuis tout petit, depuis qu'on voit les Jeux à la télé, les "Bronzés" (autre nom des "Barjots" de Barcelone 1992, médaillés de bronze, ndlr) tout ça, donc oui, c'est le plus beau jour de ma vie de handballeur.
Réalisez-vous que vous avez tout gagné dans le hand, en club comme en sélection ? Ouais... euh... non. C'est difficile à réaliser, c'est vrai. Moi j'essaye toujours de regarder de l'avant mais là je vais savourer ce titre olympique. Et puis après on repartira vers d'autres aventures. Mais là il faut qu'on savoure. Champion olympique, c'est quand même quelque chose d'immense. Et ne vous inquiétez pas, on va vraiment savourer tout ça.
Cette médaille d'or trouve-t-elle son origine dans la frustration de l'élimination en quart face aux Russes à Athènes ? Oui, pour moi, tout est parti de là. Depuis quatre ans, on pense à ces Jeux. On les a toujours eus dans un petit coin de nos têtes et on s'est servi de cette frustration pour aller chercher l'or aujourd'hui. Depuis deux mois, on travaille ensemble, on est un groupe super soudé, on a fait quinze jours exceptionnels. Il y a un super état d'esprit dans cette équipe et c'est ça qui nous a permis d'avancer et d'aller chercher l'or.
Qu'est-ce qui fait la différence avec 2004 ? Je n'en sais rien. La différence, c'est un quart d'heure à la fin du match contre les Russes à Athènes où on craque, où on n'arrive pas à faire basculer le match de notre côté, où il n'y a personne dans l'équipe qui prend ses responsabilités pour faire ça. Aujourd'hui, on a plein de mecs capables de faire ça. Des Narcisse, Karabatic, Abalo, Guigou, Bertrand Gilles. Je pourrais les citer presque tous car aujourd'hui tout le monde est capable de prendre ses responsabilités et c'est ce qui fait la différence avec Athènes. Car ces matches-là se jouent à des détails.
Vous êtes vous dit un jour tous ensemble : "On sera champions olympiques" ? Nous on voulait venir ici pour aller chercher cette médaille d'or. Dès le début de la préparation, on a senti qu'il y avait quelque chose de spécial, de différent. On est restés sur ce super état d'esprit pendant les deux mois qu'on a passés ensemble et voilà, c'est exceptionnel ce qu'on a fait. Champions olympiques, ça parle de soi-même.
La salle semblait acquise à votre cause aujourd'hui, avec beaucoup de membres de la délégation tricolore venus pour vous encourager. Je tiens à remercier tous les supporters et tous les athlètes qui étaient là. Tout ça nous porte, nous aide et aujourd'hui, la salle, c'était celle de l'équipe de France. On entendait "Allez la France !" ou "Allez les Bleus !" et à un moment, forcément, ça aide.
A quoi avez-vous pensé sur le podium ? A mes débuts, à mes parents, à mes frères, à ma femme, à ma fille, à tous les gens avec qui j'ai grandi dans le handball. Ce titre, c'est beaucoup d'émotion.
Pensez-vous que cette médaille d'or va faire rentrer votre sport dans une nouvelle dimension ? Ça fait quinze ans que le hand ramène des titres et des médailles. En 1992, il y a le bronze. Là nous sommes champions olympiques, c'est quelque chose d'exceptionnel. Le handball rapporte des médailles et des titres. J'espère que cet or olympique va encore permettre à notre sport d'avancer."
De notre envoyé spécial à Pékin, Alexandre Herbinet