Le 15/12/2008 - 17h42
Par
SPORT / Aurélie Beaudouin
Capable d'embrasser Nelson Montfort sur la bouche ou d'annoncer sur Facebook qu'il exploserait les records, Amaury Leveaux s'est montré plus timide à son retour en France. Sportweek a rencontré le champion d'Europe.
Amaury, réalisez-vous l'exploit que vous venez d'accomplir à Rijeka en Croatie, lors des championnats d'Europe en petit bassin ?
Maintenant que je suis revenu en France, oui, je commence à réaliser petit à petit.
Comment expliquez-vous cet état de grâce ?
Par le travail et la patience. Cela fait cinq ans que je travaille avec mon entraîneur. On y est allé progressivement, sans brûler les étapes. La pression était très forte, mais j'ai réussi à la dominer, des séries jusqu'à la finale, dans toutes les épreuves où j'étais engagé.
Vous disiez que le petit bassin, ce n'était pas pour vous. Qu'est-ce qui a changé ?
Avant, je ne m'en sortais pas. Je suis grand, alors les virages, c'était compliqué. Je n'arrivais pas à mettre ma nage en place. Aux Jeux, j'ai vu qu'avec ma coulée, je tenais tête aux meilleurs nageurs du monde. J'ai un des meilleurs départs du monde, donc je me suis dis que ça pouvait m'aider en petit bain. En fait, j'ai eu le déclic à Angers lors des championnats de France, donc j'ai eu quatre jours pour mettre au point les virages en vue des championnats d'Europe.
D'après le tableau de conversion entre les records en petit et grand bassin, vous pourriez exploser les records du 50 et du 100m en grand bain. Cela vous semble réaliste ?
Mes performances en petit bain, cela me va déjà. Mais tous les records sont battables. Quand Alain a battu le record du monde du 100 m à Eindhoven, je n'ai pas trouvé ça super, c'était pas THE temps. Moins de 45 secondes, c'est faisable.
Quand vous êtes arrivé en Croatie, vous vous attendiez à décrocher quatre médailles et quatre records ?
J'avais pronostiqué trois médailles, peu importe la couleur, et deux records du monde. Première épreuve, je fais record d'Europe. J'enchaîne les courses, je fais ma première médaille, puis mon premier record du monde. Le lendemain, je m'approche du record d'Alain. Demi-finale, je le bats. Je me dis : " Y'a moyen de faire quelque chose ici! ", et après, je suis entré dans une dynamique. A Rijeka, j'étais seul dans ma chambre, avec vue sur la mer, je ne voyais personne. Le dernier jour, on m'a dit que la France avait remporté 21 médailles. Je ne le savais pas. J'étais dans ma bulle.
Il y a eu énormément de record battus lors de ces championnats d'Europe. Que pensez-vous du rôle des combinaisons et du fait qu'il n'y ait pas de réglementation stricte ?
Quand un nouvel aileron sort en Formule 1, est-ce que tout le monde est au courant ? Non. Quand Thorpe avait sa combi en 2000-2001, personne n'a rien dit, mais il y avait déjà du néoprène (qui permet une meilleure flotaison, ndlr) dedans. Maintenant, de nombreux records sont battus, alors tout le monde s'affole. Au delà du problème de la combi, la natation est en train d'évoluer. Et si on regarde bien, tous les records sont battus par des jeunes, pas par des anciens.
Vous êtes suivi par un préparateur physique. Qu'est-ce qui a changé avec lui ?
Avant, avec Lionel (Horter, son entraîneur), on faisait de la muscu, mais juste pour en faire. Je me suis rendu compte depuis deux mois que quand je fais de la muscu, c'est un vrai entraînement. Quand j'arrive dans l'eau pour une séance, après avoir fait de la muscu, je suis tout tremblant, j'ai des fourmis et la tête qui tourne au bout de 400m. C'est un truc de fou ! Parfois, dès le lundi, je suis fatigué comme en fin de semaine.
Le jour de la finale du 100m, vous avez totalement paniqué alors que vous semblez être un mec cool, décontracté. Que s'est-il passé ?
La veille, j'avais fais 45''12 et je me sentais capable d'aller plus vite. Mes potes me disaient : " T'es un ouf, tu peux faire moins de 45'' ". Cela m'a trotté dans la tête. Le lendemain, après l'entraînement, j'ai commencé à penser à ce 100m dans le bus. J'étais tremblant, j'avais des courbature, les pulsations vachement hautes. J'étais comme si j'avais déjà nagé la finale. Et je suis allé marcher avec Lionel, on a parlé, je suis allé faire la sieste, et me réveillant, je lui ai dit : " Ce soir, y'a un avis de tempête sur la piscine ! ".
Il faut oser annoncer les performances avant de les faire...
Je pensais faire un petit peu mieux quand même sur 100m. Je pense que 44''5, c'est faisable. Mais il faut que j'améliore les parties techniques. J'avais dis que je pouvais faire mieux qu'Alain sur 100m, cest vrai que c'était un peu osé de dire ça, mais c'était la première fois que je me sentais capable de le faire. Et je l'ai fait. Donc je sais que maintenant, je peux assumer mes paroles.
Y'a-t-il un titre ou un record qui vous tient plus à coeur ?
Le 4x50m. A l'arrivée, on était tous en transe. Quand j'ai vu les photos après, je me suis dit : " Non, c'est pas moi, là! ". C'était un truc de fou. Dans la chambre d'appel, on s'est dit que le record, il ne serait pas battu dans six mois, par la Hollande ou la Suède. Il fallait qu'il soit tellement haut que l'année prochaine, on ne soit presque pas capable de le battre. C'est astronomique, comme record, mais on l'avait prévu.
Entre la nage libre et le papillon, vous avez une préférence ?
A chaque fois que Lionel me dit de faire un 25 pap' à l'entraînement, je lui dis : " Tu me fait ch..., ça sert à rien le pap', c'est du crawl qu'on fait " Mais finalement, ça vaut le coup d'avoir travaillé autant.
Du coup, vous méritez la couronne que vous vous êtes tatoué dans le cou...
Depuis tout petit, je voulais mon nom sur mon corps en tatouage. Après, j'ai voulu une couronne. Je ne sais pas si c'est osé, mais c'est moi, j'avais envie de faire ça.
Vous avez aussi osé embrasser Nelson Monfort sur la bouche à deux reprises !
C'est avec la capitaine de l'équipe de France de natation (Malia Metella, ndlr) que j'ai fait ce pari. Mais pour moi, c'était même pas un pari, ça. Je l'ai fait avec plaisir! (rires). La deuxième fois, je sais pas... On est arrivé, je l'ai regardé... et voilà!
Quelle relation entretenez-vous avec Alain Bernard ?
On ne se fait pas des bouffes tous les week-ends, on s'appelle pas souvent, mais on se souhaite nos anniversaires. Il m'a félicité après le 50m, quand j'ai battu le record du monde. Après, on ne s'est plus trop revu. Il a pris un petit coup derrière la tête, c'est normal. Moi aussi, j'ai pris des coups par le passé. Quand on est en compet', on se fait la bise, on s'entend super bien. Il y a peut-être un conflit Marseille-Antibes, mais moi je n'ai aucun différend avec personne.
Vous être devenu LA star de la natation française...
Non, pas du tout. OK, j'ai fait un truc, mais c'est juste du petit bain.
Quel est le programme des prochaines semaines ?
Je vais me remettre une fois par jour dans l'eau cette semaine, car il y a les Interclubs ce week-end. Après je pars à New-York en vacances une semaine et demie avec ma copine, loin de la natation. Je reprends l'entraînement le 5, et là, je vais mourir...
Propos recueillis par Aurélie Beaudouin
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