Le 21/08/2008 - 17h00
Par
SPORT / Alexandre Herbinet
Le Journal des Bleus : la pluie... et rien d'autre !
SportWeek
On rêvait d'un exploit de Ladji Doucouré. Quatrième du 110 m haies, il n'aura pas pu faire mieux que Baala. Jeudi noir pour la France avec zéro médaille. Avant un vendredi de folie ?
Même à 9.000 kilomètres de distance, aucun secret entre nous, c'est pas le genre de la maison. On s'est embêté sévère ce jeudi dans la capitale chinoise. Déjà, il pleuvait sur Pékin. Et quand il pleut sur Pékin, ben Pékin, c'est assez moche et tellement gigantesque que chaque déplacement, même jusqu'aux bus, ressemble à un chemin de croix. Marrant, d'ailleurs, de noter les nombreux confrères qui malgré les grosses gouttes du matin s'acharnent à passer un petit t-shirt et un short, juste au cas où le soleil pékinois, ses 30° et sa chaleur moite étaient forcés de revenir. La palme de la galère revient aux nombreux journalistes français ayant pris leur courage à deux mains pour se lever aux aurores, attraper une navette et filer voir nos barjots tricolores pédaler comme le lapin de la pub Duracell en quête de breloques au BMX. Ils n'auront rien vu du tout. Epreuves annulées et reportées à vendredi. Demain. Un autre jour. Car l'autre raison de ce jeudi noir et sans âme à Pékin se nomme équipe de France. Pas une médaille, rien, même pas une petite grattée comme ça, au coin du bois. Comme le samedi 9, premier jour des épreuves de ces Jeux de la XXIXe Olympiade.
Toujours 30 breloques (33 avec celles déjà assurées en boxe mais dont on ne connaît pas encore le métal), donc, et une inquiétante 13e place, derrière l'Ukraine, les Pays-Bas, et même la Jamaïque, ses 2,6 millions d'habitants et ses sprinteurs Obélix, tombés dans la potion magique quand ils étaient petits. La France rentrée dans le rang du sport mondial ? Le dernier week-end le dira. Roselyne et Bernard vont mal dormir ces trois prochains jours... Du lever au coucher du soleil, jeudi, la délégation a pourtant guetté l'exploit improbable. En pentathlon moderne masculin. En voile, surtout, avec le Star, où le duo Xavier Rohart-Pascal Rambeau, quatrièmes avant la dernière régate, pouvaient viser le bronze - quand Rohart et Rambeau, par ailleurs forts sympathiques, sont une de vos rares chances de sourire, oui, la journée s'annonce longue. Résultat ? Neuvièmes de la course, sixième du général - remporté par la Grande-Bretagne, désormais 17 médailles d'or au compteur, 39 au total, une vision insoutenable pour nous Français moins d'un an après la longue nuit à se faire chambrer par des Anglais sous houblon après la demi-finale du Mondial de rugby . Dommage messieurs, vous avez failli nous faire rêver un peu, rare pour du Star...
En athlé, aussi, avec un " Nid d'oiseau " transformé en cimetière des rêves de revanche de
Ladji Doucouré. Ladji. La Douc. La belle histoire semblait écrite. Horriblement malheureux à Athènes. Un phénix à Pékin, revenu des cendres d'une année en enfer pour chiper une breloque après les blessures des médaillables Liu Xiang, Terrence Trammell et Staņislavs Olijars. Le Cubain Dayron Robles - on dirait un écolier sage avec ses petites lunettes - intouchable, l'argent ou le bronze semblait à portée de pointes. Au final, une spéciale Medhi Baala, quatrième, vingt minutes à peine après la cinquième place de Leslie Djhone sur 400 m. Un Doucouré en larmes après la course, touché dans sa chair, dans son âme, frustré, si frustré : "
Je voulais me battre jusqu'au bout. Je savais que le départ serait capital mais je ne suis pas sorti comme il le fallait. J'étais sûr que cela allait se jouer entre nous quatre, mais je ne voulais pas finir quatrième... " La pire place. La sienne, là, si près de cette satanée breloque. Rendez-vous dans quatre ans, et même avant, Ladji. Plus c'est long, plus c'est bon dit le dicton...
De la frustration,
Djhone en avait aussi à revendre. Pas tant sur ses capacités physiques. Plutôt sur les chronos d'un 400 m au podium 100% US. "
Je suis triste de faire cinq. Je me sentais bien mais depuis la demi-finale, j'avais un petit souci aux ischios. Dès le départ, j'ai senti un craquement et ensuite j'étais en pilote automatique, incapable d'accélérer. Pourtant, la deuxième place, d'un point de vue chronométrique (44"74), était réellement jouable. " On enrage, on enrage, on enrage. Sans parler des relais 4x100 m tricolores, dont aucun ne sera en finale après un festival de maîtrise technique à la française : bâton tombé pour les femmes et transmis hors zone pour les hommes. Le même sort que les relais US, quoi, mais avec deux bâtons qui glissent des mains pour les amis américains. Le sprint tricolore ne se porte pas bien du tout. Et la Jamaïque a un boulevard pour s'offrir deux médailles d'or collectives après celle du 200 m de Veronica Campbell ce jeudi. Pour triompher sur le tartan, rien de très compliqué, en fait. Quelques mois de vacances à Kingston et vous pouvez galoper plus vite qu'une gazelle. Elle est pas simple, elle est pas belle, la vie ?
Pour finir, un autre retour sur la célèbre formule. Demain sera un autre jour. Vraiment. Avec, on l'espère, des nuages chassés et une pluie de médailles tricolores. A l'athlé, allez Yohann et ta marche bizarre sur 50 km (quoique, il est trop attendu, ça ne sent pas bon pour un Français à Pékin) ! Au taekwondo, allez Gwladys ! Au BMX, allez Anne-Caroline, allez Laëtitia, allez Damien ! Le pentathlon, allez Amélie ! Le hand masculin, pour une place dans le match pour l'or, allez les " experts " ! La boxe, allez Alexis, Daouda, allez Khédafi, tous déjà assurés du podium et à une seule marche d'une place en finale ! Le canoë, allez Mathieu ! Le kayak, allez Cyrille, allez Philippe ! Jeudi noir, vendredi bleu ? On l'appelle de tout notre coeur. Mais autant vous le dire tout de suite. Si tout se passe mal, demain soir, à la même heure, la plume d'un journaliste chafouin vous écrira. On a assez mangé notre pain noir ces derniers jours. Place à une bonne baguette !
De notre envoyé spécial à Pékin, Alexandre Herbinet
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