Le 18/03/2010 - 17h53
Par
SPORTWEEK / Rodolphe Denis
Glorieux capitaine du XV de France, Jean-Pierre Rives garde une tendresse toute particulière pour les joutes franco-anglaises. Ce qui n'empêche pas quelques vacheries, distillées au magazine Sport.
Vous co-organisez un tournoi de golf estampillé "6 Nations", un petit manque ?
Vous gardez quelques souvenirs particuliers, des images ?
Énormément. Nous sommes retournés un jour à Twickenham, avec Jean Prat (ancien capitaine du XV de France, dans les années 50). La gardien du stade l'a salué : " Welcome back, Mister Prat ! " 30 ans après, c'est classe quand même ! Il faut voir aussi les abords du stade, quand on joue à Twickenham, avec les pique-nique, les Rolls et tout. C'est inoubliable, à tous les niveaux. Ce côté " déjeuner sur l'herbe ", incroyable... L'éducation est vraiment différente, ils mettent du style dans tout, de l'élégance... Je me souviens d'un match, aussi, ils étaient deux à la course pour un ballon à aplatir dans l'en-but. Le premier gars s'est relevé et a crié " c'est moi ! ", en se tournant vers l'arbitre. L'Anglais s'est retourné aussi et a dit : " c'est lui ! ".
Les règles du jeu nous opposent souvent...
Oui. Ils nous trouvent très indisciplinés. Nous ne faisons pas plus de fautes qu'eux, en fait, mais ils n'acceptent pas qu'on fasse comme eux. Nous avons un sens profond de la justice ; aussi, on se révolte tout de suite. On aboie. Pour eux, l'interprétation des règles, l'adaptation, ça fait partie du jeu. Ce qu'ils ne comprennent pas, surtout, c'est la détermination abusive. C'est le côté "voyous et gentlemen" : il y a les Huns et les autres. Ils nous voyaient un peu comme des sauvages, pour tout ça. Il faut rappeler que les arbitres étaient tous britanniques, en plus, à ce moment-là. Ce n'était vraiment pas facile de gagner. D'ailleurs, on ne gagnait pas : parfois, ils perdaient...
"C'est dans le vestiaire qu'on se fait les meilleurs amis"
Ils trichent autant que les autres !
Non, pas besoin : ils font la règle. Faut pas oublier ça : ils tiennent encore le truc. Quand on a commencé à se jeter dans leurs pieds, à leur piquer des ballons, ils ont changé la règle. On ne plonge plus !Pareil pour la touche, récemment.
Revenons à ce Tournoi 2010...
Déjà, les Anglais n'ont pas de pot, il faut le reconnaître : tout le monde veut absolument les battre, pour différentes raisons. Il faudra s'en méfier. C'est l'équipe des grands rendez-vous. Ils ne font pas grand-chose, mais ne se trompent pas beaucoup. Il faut se méfier, mais je suis sûr que les Bleus vont gagner. Ce groupe-là est capable d'enchaîner.
Qu'est-ce qui rend cette compétition si particulière ?
C'est une aventure humaine extraordinaire, le Tournoi. Je l'ai vécu, ça. Je garde énormément de souvenirs très forts. Il y a quelque chose du rêve d'enfant, à se retrouver sur ces pelouses. Je me demande, d'ailleurs parfois : "Est-ce que j'ai rêvé ?" Je suis content pour ceux qui vivent ça aujourd'hui, à leur tour. C'est parfois difficile mais ça restera sûrement comme les meilleurs souvenirs de leur vie. Et ils en garderont les meilleurs amis, aussi. Parce que c'est dans ces vestiaires qu'on se fait les meilleurs amis.
Propos recueillis par Rodolphe Denis
ITINERAIRE
Né le 31 décembre 1952 à Toulouse
59 sélections (5 essais) de 1975 à 1984, 34 comme capitaine
Palmarès : Grands Chelems 1977 et 1981, Vainqueur du Tournoi des V Nations 1983
4 victoires à Twickenham
A retrouver dans le n°229 du magazine Sport
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