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VI nations

Le 18/03/2010 - 17h53
Par SPORTWEEK / Rodolphe Denis

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Exclu/Jean-Pierre Rives : "Les Anglais n'ont pas de pot"

Jean-Pierre Rives-Photo : Panoramic

Jean-Pierre Rives-Photo : Panoramic

Glorieux capitaine du XV de France, Jean-Pierre Rives garde une tendresse toute particulière pour les joutes franco-anglaises. Ce qui n'empêche pas quelques vacheries, distillées au magazine Sport.

Vous co-organisez un tournoi de golf estampillé "6 Nations", un petit manque ?
(Rires) C'est surtout l'occasion, ce " Trophée Paparemborde ", de retrouver en région parisienne quelques vieux compagnons, devenus des complices au fil du temps, dans une ambiance sympa. On invite des anciens joueurs de toutes les nations du Tournoi, pour un moment de plaisir et de partage. C'est logique, en plus, ce sport-là aussi, ils l'ont inventé...Pour leur faire plaisir, on se débrouille pour les laisser gagner, bien sûr... C'est un truc à savoir, avec les Britanniques : ils ne gagnent pas toujours, mais ils ne perdent jamais. Un peu comme les voitures qui ne sont jamais en panne mais qui, des fois, s'arrêtent.

Ça doit être sympa ces retrouvailles...
On ne se reconnaît plus, les anciens, là... Je plaisante : on a vécu des choses extraordinaires.

Les différences sont nombreuses entre eux et nous...
Oui. C'est une richesse, selon moi. Je les ai beaucoup fréquentés, j'ai même vécu avec une Britannique, je connais bien. Et j'apprécie. Il y a autant de différences culturelles entre un Anglais et un Français qu'entre un Espagnol et un Japonais. Ils sont toujours sérieux quand nous, nous alternons entre le match amical et la guerre. Il y a une phrase qui illustre bien nos façons d'aborder les choses. "Pour qu'ils s'intéressent à un sport, il faut dire aux Français que c'est la guerre ; pour que les Anglais s'intéressent à une guerre, il faut leur dire que c'est un jeu." Ils ne sont pas fabriqués comme nous. Quand on a compris ça, on a fait un grand pas, déjà. On croit qu'ils chambrent, par exemple, c'est faux. C'est latin, ça. On devrait essayer de comprendre et d'apprendre, d'ailleurs, au lieu de se contenter de critiquer ou de se moquer. Ne serait-ce que leur humour : on n'en a plus. Par ce décalage, on se retrouve souvent dans l'interprétation, une mauvaise interprétation, d'ailleurs. Ce qui amène une incompréhension permanente.

"Il y a les Huns et les autres"

Vous les connaissez bien...
J'ai aussi eu la chance de beaucoup jouer contre eux puis de partager des tournées avec eux, donc les découvrir un peu mieux, voir comment ils fonctionnent. Ils vivent très différemment. Ils sont beaucoup plus libres. Nous, il nous faut un chef, une règle. Bien sûr, le monde change, mais ils gardent cette attitude, ce flegme, qui les rendent très reconnaissables. Vous en mettez un dans une salle, je le reconnais. Les fins de match, aussi, sont très différentes. On les a souvent battus : ils n'étaient pas abattus, alors que pour nous c'était intolérable.

Jean-Pierre Rives-Photo : PanoramicJean-Pierre Rives-Photo : Panoramic



Vous gardez quelques souvenirs particuliers, des images ?
Énormément. Nous sommes retournés un jour à Twickenham, avec Jean Prat (ancien capitaine du XV de France, dans les années 50). La gardien du stade l'a salué : " Welcome back, Mister Prat ! " 30 ans après, c'est classe quand même ! Il faut voir aussi les abords du stade, quand on joue à Twickenham, avec les pique-nique, les Rolls et tout. C'est inoubliable, à tous les niveaux. Ce côté " déjeuner sur l'herbe ", incroyable... L'éducation est vraiment différente, ils mettent du style dans tout, de l'élégance... Je me souviens d'un match, aussi, ils étaient deux à la course pour un ballon à aplatir dans l'en-but. Le premier gars s'est relevé et a crié " c'est moi ! ", en se tournant vers l'arbitre. L'Anglais s'est retourné aussi et a dit : " c'est lui ! ".

Les règles du jeu nous opposent souvent...
Oui. Ils nous trouvent très indisciplinés. Nous ne faisons pas plus de fautes qu'eux, en fait, mais ils n'acceptent pas qu'on fasse comme eux. Nous avons un sens profond de la justice ; aussi, on se révolte tout de suite. On aboie. Pour eux,  l'interprétation des règles, l'adaptation, ça fait partie du jeu. Ce qu'ils ne comprennent pas, surtout, c'est la détermination abusive. C'est le côté "voyous et gentlemen" : il y a les Huns et les autres. Ils nous voyaient un peu comme des sauvages, pour tout ça. Il faut rappeler que les arbitres étaient tous britanniques, en plus, à ce moment-là. Ce n'était vraiment pas facile de gagner. D'ailleurs, on ne gagnait pas : parfois, ils perdaient...

"C'est dans le vestiaire qu'on se fait les meilleurs amis"

Ils trichent autant que les autres !
Non, pas besoin : ils font la règle. Faut pas oublier ça : ils tiennent encore le truc. Quand on a commencé à se jeter dans leurs pieds, à leur piquer des ballons, ils ont changé la règle. On ne plonge plus !Pareil pour la touche, récemment.

Revenons à ce Tournoi 2010...
Déjà, les Anglais n'ont pas de pot, il faut le reconnaître : tout le monde veut absolument les battre, pour différentes raisons. Il faudra s'en méfier. C'est l'équipe des grands rendez-vous. Ils ne font pas grand-chose, mais ne se trompent pas beaucoup. Il faut se méfier, mais je suis sûr que les Bleus vont gagner. Ce groupe-là est capable d'enchaîner.

Qu'est-ce qui rend cette compétition si particulière ?      
C'est une aventure humaine extraordinaire, le Tournoi. Je l'ai vécu, ça. Je garde  énormément de souvenirs très forts. Il y a quelque chose du rêve d'enfant, à se retrouver sur ces pelouses. Je me demande, d'ailleurs parfois : "Est-ce que j'ai rêvé ?" Je suis content pour ceux qui vivent ça aujourd'hui, à leur tour. C'est parfois difficile mais ça restera sûrement comme les meilleurs souvenirs de leur vie. Et ils en garderont les meilleurs amis, aussi. Parce que c'est dans ces vestiaires qu'on se fait les meilleurs amis.

Propos recueillis par Rodolphe Denis

ITINERAIRE
Né le 31 décembre 1952 à Toulouse
59 sélections (5 essais) de 1975 à 1984, 34 comme capitaine
Palmarès : Grands Chelems 1977 et 1981, Vainqueur du Tournoi des V Nations 1983
4 victoires à Twickenham

A retrouver dans le n°229 du magazine Sport

La Une de Sport n°229La Une de Sport n°229



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