Le 12/03/2010 - 10h45
Par
SPORTWEEK
Exclu/Lionel Nallet : "Tout est beau en ce moment"
Lionel Nallet-Photo : Panoramic
Bien installé dans sa nouvelle vie et son club à Paris, le 2e ligne de l'équipe de France est redevenu un joueur capital. Il s'est confié au magazine "Sport" avant le match France-Italie.
On a retrouvé le vrai Lionel Nallet...Je suis bien, oui... Tout va bien : les victoires et l'impression d'être là, individuellement. Pas de blessure, pas de souci...
La saison dernière a été difficile ?J'ai mis beaucoup de temps à me remettre d'une fracture d'une côte. Pendant quatre mois, je n'ai pas dormi une nuit complète. J'avais constamment mal, encore plus après les matches. J'ai fait le con, j'aurais dû m'arrêter. Mais à Castres, l'effectif n'était pas monstrueux, non plus... On ne sait pas toujours s'arrêter quand il le faut. Je me suis soigné pendant l'été, en n'effectuant pas la tournée en hémisphère sud. Après, j'ai pu repartir sur de bonnes bases en arrivant au Racing. Jouer blessé, ça arrive. C'est comme ça. De toute façon, le rugby, en jouant tous les week-ends, c'est compliqué pour les douillets. Il y a aussi le jeu qui fait ça. Contre l'Afrique du Sud, c'est plus direct, comme match : bugne à bugne. Il n'y a pas beaucoup de courses. Dans le Tournoi, c'est moins bridé, il y a du déplacement et on m'a vu un peu plus. C'est plaisant, mais ça reste fragile.
Tu avais senti, toi, cette force que dégagent les avants français en ce moment ?Ce n'est jamais évident à ressentir. On s'était rassuré lors de la tournée, devant, contre les Sud-Af', en particulier. On savait qu'on était solide, qu'on pouvait avancer. Ça s'est confirmé depuis.
C'est peut-être dû au fait d'utiliser des 2e lignes de Bourgoin...C'est vrai qu'avec Séb' (Chabal), Pascal (Papé) ou Julien (Pierre), on est représenté. Il doit y avoir une culture de club, là-bas, concernant les avants. Ou alors c'est le nucléaire, on est un peu " irradié " dans le coin... Plus sérieusement, c'est difficile d'expliquer pourquoi ce club a formé tant d'internationaux. La situation géographique, peut-être ? Il y a 25 000 habitants... C'est un village gaulois, en fait. Le club a toujours été isolé, aussi, par rapport aux instances notamment. Une volonté d'exister ? Je ne sais pas...
La fin de Tournoi s'annonce bien. Peut-être un Grand Chelem...Nous avons dit que nous voulions gagner le Tournoi, nous n'avons pas parlé de Grand Chelem au départ. Si nous confirmons avoir gagné en régularité, nous avons les moyens, oui. Ça ne me gêne pas du tout qu'on ait été clair sur nos ambitions. Au contraire, qui commence une compétition pour la perdre ? Mais on reste dans notre logique du " match après match ". Gagner ce tournoi montrera qu'on a franchi un cap en régularité. Nous avons gagné en Nouvelle-Zélande, l'été dernier, puis battu les Sud-africains avant d'exploser, à Marseille, contre les Néo-Zed'. Une défaite trop lourde. Au minimum, on aurait dû maintenir un écart. Des déroutes comme ça doivent nous faire progresser. Il faut passer à autre chose mais ne pas oublier.
Savoir " gérer ", en fait ?Oui, à certains moments du match. Si on est cramé, après une série de mêlées par exemple, on ne peut pas être au soutien... Donc on s'adapte. Il vaut mieux. Le groupe a mûri. L'expérience nous aide à prendre les bonnes décisions. Là, en plus, ça déroule : on avance, devant, donc les choix sont plus simples. Pour les demis, quand ça recule, c'est dur.
Finalement, l'air de Paris te fait beaucoup de bien...Changer de club m'a fait du bien, oui. Bouger impose toujours une remise en question. On a de l'avance, par rapport aux ambitions du club, étalées sur trois ans. On fera les comptes à la fin. En tout cas, nous sommes dans le haut du classement. En plus, Pierre (Berbizier, entraîneur du Racing), joue le jeu, avec Séb', moi et les autres internationaux. Il nous laisse nous préparer. Il part du principe que si nous sommes bons en sélection, nous le serons aussi en club. Il connaît bien tout ça... Pour ce qui est de la vie ici, ça va, je vis en banlieue, je sais qu'il faut prendre ses rendez-vous dans Paris entre 10 et 15 h... Je m'en sors. Je ne me suis perdu qu'une fois, en fait, mais c'est la faute de Séb' et de son GPS, ça. C'est un GPS anglais...
Tu n'auras pas connu de championnat étranger...Peut-être que j'aurais aimé, je ne sais pas. Ça aurait pu être sympa, oui. En fait, j'ai eu des propositions à un moment, mais je n'étais pas emballé. Je n'ai pas eu de vraie occasion, au final, et je n'en ai pas cherché. Le regret, c'est quand je dois parler anglais...
Le rugby d'aujourd'hui te plaît ?C'est plus sérieux, il y a moins de 3e mi-temps, etc. Mais est-ce qu'on y perd vraiment ? Prendre une poutre (sic) tous les week-ends, ça valait vraiment le coup ? On a peut-être perdu certaines valeurs, en devenant plus pros, avec l'argent qui rentre et tout. Mais côté joueur, c'est une nouveauté qu'on accepte bien, en fin de mois. Il faut aussi accepter les contraintes qui vont avec. Franchement, je ne m'amusais pas plus il y a dix ans. S'entraîner dur, faire attention, être sérieux et responsable, ça me va. Ça ne m'empêche pas de prendre du plaisir.
La vie est belle en somme ?Oui, c'est clair : tout est beau en ce moment. Je gagne ma vie en faisant ce que j'aime. J'ai gagné une vraie liberté par le rugby : je ne suis pas vraiment un employé au sens strict. Je vis des moments intenses, de belles montées d'adrénaline. Et ensuite je retournerai à Bourg-en-Bresse, vivre et travailler dans ma société, usiner des pièces métalliques pour l'industrie.
ITINERAIRENé le 14 septembre 1976 à Bourg-en-Bresse (01)
Clubs: Castres, Bourgoin, Racing Métro
Sélections : 52 (20 points; 4 essais)
Palmarès : Tournoi des VI Nations en 2006 et 2007 (France), finaliste du Bouclier européen en 1999, finaliste du Challenge Yves-du-Manoir en 1999, finaliste Coupe de la Ligue en 2003 (Bourgoin).
A retrouver dans le n°228 du magazine Sport
La Une du n°228 du magazine Sport
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