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VI nations

Le 19/03/2010 - 17h41
Par SPORTWEEK / Rodolphe Denis

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France-Angleterre : Frères ennemis...

L'équipe de France de rugby-Photo : Panoramic

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L'équipe de France de rugby-Photo : Panoramic

Cent ans que les Bleus et les Blancs abordent le rugby avec leurs différences. Samedi, une fois de plus, la suprématie européenne sera en jeu. Mais pas seulement, une fois de plus...

"Un beau début de tournoi, oui. Et puis voilà l'Anglais, maintenant !...", glisse Lionel Nallet, entre deux interviews, ce matin-là à Marcoussis, le centre d'entraînement des Bleus. L'oeil est à la fois gourmand et sérieux. Le sourire léger en dit long sur l'appétit suscité. Voilà bien un match qui se pimente tout seul, naturellement. "C'est toujours particulier", confirme Imanol Harinordoquy, " il y a toujours un contexte qui renforce la tension avant nos matches contre eux. Sportivement, d'abord, parce que le plus souvent c'est un match décisif. On les retrouve la plupart du temps au milieu ou en fin de Tournoi, c'est un moment charnière, par rapport à la victoire finale. Les uns ou les autres, voire les deux, où peut se jouer un Grand Chelem. En plus, c'est le derby du Tournoi, un match à part, qu'on ne peut pas perdre. Il y a de l'électricité, on le sent bien, de l'excitation, chez nous comme chez les supporters. L'enthousiasme, l'euphorie qui nous entoure imposent une grosse mobilisation."

"Sportivement, ce n'est plus le sommet européen"

"On dirait qu'on n'est pas tout à fait sorti de la Guerre de Cent ans", se marre Clément Poitrenaud. "Même en club, ce sont des confrontations particulières, oui. L'atmosphère change, c'est une autre logique, par la force des choses. Il faut être clair : ça fait partie du folklore, dans le Tournoi, c'est aussi une des joies de ce rendez-vous." "C'est le rival, c'est vrai ", ajoute le capitaine, Thierry Dusautoir, qui n'aura pas de mal à assurer son rôle de chef de meute, ce samedi. "Dans d'autres sports, ça existe aussi, des oppositions de ce genre. Ça commence simplement parce que ce sont des matches très difficiles à gagner. Le poids de l'histoire et des souvenirs s'ajoutent ensuite pour en faire un rendez-vous si particulier. Tout le monde est à fond : les médias, le public, donc les joueurs aussi. La passion est forte. Sportivement, ce n'est plus tout à fait le sommet européen, selon moi, puisque Pays de Galles et Irlande ont eu de très bons résultats ces dernières années. Mais en termes de passion, d'intensité et d'envie, avec en plus pour nous la possibilité de faire un Grand Chelem. Ce sera un sommet, c'est clair. Ça fait partie de l'héritage... À nous de nous investir et porter cette passion. "

"Une revanche à prendre"

Cette passion et le refus de perdre qui l'accompagne, les Anglais nous les rendent bien. Depuis 1906 et le premier rendez-vous quinziste entre ces deux nations, il est interdit de reculer. À ceux qui pensent que les Bleus sont un cran au-dessus en ce moment, les hommes de Marc Lièvremont répondent par la méfiance. Le poids des souvenirs, là aussi. " Je ne suis pas inquiet pour eux. Même si leur début de Tournoi a été difficile, ils vont retrouver des couleurs. Juste pour nous ", promet Harinordoquy, qui ne louperait pour rien au monde ces matchs-là : " Ils vont monter en puissance. L'intensité sera là. " Dusautoir relance : " L'an passé, on jouait encore la gagne dans le Tournoi, et on a pris 35 points à Twickenham... On a une revanche à prendre, aussi. " Les Bleus ont dû attendre 1927 pour battre enfin les Anglais ; 1954 pour s'imposer dans le Tournoi ; 1959 pour être seul en tête du classement à la fin de l'épreuve. La frustration s'est imposée pendant des lustres aux tricolores, qui ont souffert avant de se hisser à la hauteur des nations britanniques.

Les Anglais espèrent s'imposer au Stade de France-Photo : PanoramicLes Anglais espèrent s'imposer au Stade de France-Photo : Panoramic



Opposition amicale dans les tribunes

Aujourd'hui d'égal à égal, malgré un petit retard concernant le palmarès (50 victoires anglaises, 35 françaises, en 92 matchs), les Bleus restent admiratifs, aussi. Clément Poitrenaud, qui avoue apprécier leur sens aigu et fin du sarcasme, en plus de voir en Twickenham l'un des temples de ce jeu, rappelle la force principale du XV de la Rose : "Ils nous ont battus lors des matchs à enjeu. Les deux demi-finales de Coupe du monde, 2003 et 2007 ! Autant en 2003, il n'y avait pas grand-chose à dire - ils ont été champions du monde et maîtrisaient parfaitement leur sujet -, autant en 2007, il n'y avait rien... Mais ils ont gagné. Ils sont comme ça, très pragmatiques, entre autres choses. C'est étonnant, pour nous, à ce point-là. Ils ne sortent pas de leur plan de jeu. Ça peut devenir un gros défaut, c'est surtout une grosse qualité, à mes yeux. En plus, quand t'es en face, il ne faut jamais se relâcher, parce que s'ils peuvent t'en mettre 50, ils te les mettent !" "On a intérêt à gagner les duels, c'est sûr ", ajoute Harinordoquy. " Il faudra se préparer en conséquence, parce que s'ils avancent, ils seront très durs à contrer. " Par bonheur, la culture du rugby préserve le public de tout débordement. L'opposition sera forte sur le pré, mais amicale dans les tribunes et autour du stade.

"Remuer le couteau dans la plaie avec classe"

Les différences culturelles n'empêchent pas les moments de... grande complicité. " Je crois que c'était en 2007, ils venaient de nous battre en nous privant d'un Grand Chelem ", se souvient Poitrenaud. " Lors du banquet, ils nous avaient invités à chanter la Marseillaise. On s'était tous levés, ceux de la délégation, mais bon, le coeur n'y était pas trop... Après, ils ont chanté un God Save The Queen comme ils savent le faire. C'était énorme. Pas humiliant ni méchant, mais cette façon de remuer le couteau dans la plaie, avec classe, j'avais trouvé ça très anglais ", se marre-t-il. Un beau rendez-vous, donc. Un grand rendez-vous, même, pour cette génération qui prépare la Coupe du monde 2011. " On va s'étalonner, aussi ", estime Harinordoquy. " En face, comme toujours, il y a un beau bagage... ", rappelle-t-il. Son oeil, rieur, appuie sur les sous-entendus. " La meilleure victoire contre eux, c'est une victoire, c'est tout. Eux non plus n'aiment pas du tout perdre ces matchs-là. Peu importe l'écart, le scénario. Mais après, pas de changement : ils viendront nous serrer la main. Comme quand ils gagnent. La classe, quoi ", résume Poitrenaud. La tendresse existe, à l'évidence, entre frères ennemis au long cours. Raison de plus, s'il en fallait, pour que ce match soit le plus important de l'histoire du rugby tricolore. Comme tous les ans.

A retrouver dans le n°229 du magazine Sport

Les Anglais espèrent s'imposer au Stade de France-Photo : PanoramicLes Anglais espèrent s'imposer au Stade de France-Photo : Panoramic



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