Le 19/03/2010 - 17h41
Par
SPORTWEEK / Rodolphe Denis
Cent ans que les Bleus et les Blancs abordent le rugby avec leurs différences. Samedi, une fois de plus, la suprématie européenne sera en jeu. Mais pas seulement, une fois de plus...
"Un beau début de tournoi, oui. Et puis voilà l'Anglais, maintenant !...", glisse Lionel Nallet, entre deux interviews, ce matin-là à Marcoussis, le centre d'entraînement des Bleus. L'oeil est à la fois gourmand et sérieux. Le sourire léger en dit long sur l'appétit suscité. Voilà bien un match qui se pimente tout seul, naturellement. "C'est toujours particulier", confirme Imanol Harinordoquy, " il y a toujours un contexte qui renforce la tension avant nos matches contre eux. Sportivement, d'abord, parce que le plus souvent c'est un match décisif. On les retrouve la plupart du temps au milieu ou en fin de Tournoi, c'est un moment charnière, par rapport à la victoire finale. Les uns ou les autres, voire les deux, où peut se jouer un Grand Chelem. En plus, c'est le derby du Tournoi, un match à part, qu'on ne peut pas perdre. Il y a de l'électricité, on le sent bien, de l'excitation, chez nous comme chez les supporters. L'enthousiasme, l'euphorie qui nous entoure imposent une grosse mobilisation."
Opposition amicale dans les tribunes
Aujourd'hui d'égal à égal, malgré un petit retard concernant le palmarès (50 victoires anglaises, 35 françaises, en 92 matchs), les Bleus restent admiratifs, aussi. Clément Poitrenaud, qui avoue apprécier leur sens aigu et fin du sarcasme, en plus de voir en Twickenham l'un des temples de ce jeu, rappelle la force principale du XV de la Rose : "Ils nous ont battus lors des matchs à enjeu. Les deux demi-finales de Coupe du monde, 2003 et 2007 ! Autant en 2003, il n'y avait pas grand-chose à dire - ils ont été champions du monde et maîtrisaient parfaitement leur sujet -, autant en 2007, il n'y avait rien... Mais ils ont gagné. Ils sont comme ça, très pragmatiques, entre autres choses. C'est étonnant, pour nous, à ce point-là. Ils ne sortent pas de leur plan de jeu. Ça peut devenir un gros défaut, c'est surtout une grosse qualité, à mes yeux. En plus, quand t'es en face, il ne faut jamais se relâcher, parce que s'ils peuvent t'en mettre 50, ils te les mettent !" "On a intérêt à gagner les duels, c'est sûr ", ajoute Harinordoquy. " Il faudra se préparer en conséquence, parce que s'ils avancent, ils seront très durs à contrer. " Par bonheur, la culture du rugby préserve le public de tout débordement. L'opposition sera forte sur le pré, mais amicale dans les tribunes et autour du stade.
"Remuer le couteau dans la plaie avec classe"
Les différences culturelles n'empêchent pas les moments de... grande complicité. " Je crois que c'était en 2007, ils venaient de nous battre en nous privant d'un Grand Chelem ", se souvient Poitrenaud. " Lors du banquet, ils nous avaient invités à chanter la Marseillaise. On s'était tous levés, ceux de la délégation, mais bon, le coeur n'y était pas trop... Après, ils ont chanté un God Save The Queen comme ils savent le faire. C'était énorme. Pas humiliant ni méchant, mais cette façon de remuer le couteau dans la plaie, avec classe, j'avais trouvé ça très anglais ", se marre-t-il. Un beau rendez-vous, donc. Un grand rendez-vous, même, pour cette génération qui prépare la Coupe du monde 2011. " On va s'étalonner, aussi ", estime Harinordoquy. " En face, comme toujours, il y a un beau bagage... ", rappelle-t-il. Son oeil, rieur, appuie sur les sous-entendus. " La meilleure victoire contre eux, c'est une victoire, c'est tout. Eux non plus n'aiment pas du tout perdre ces matchs-là. Peu importe l'écart, le scénario. Mais après, pas de changement : ils viendront nous serrer la main. Comme quand ils gagnent. La classe, quoi ", résume Poitrenaud. La tendresse existe, à l'évidence, entre frères ennemis au long cours. Raison de plus, s'il en fallait, pour que ce match soit le plus important de l'histoire du rugby tricolore. Comme tous les ans.
A retrouver dans le n°229 du magazine Sport
Soyez le premier à donner votre avis