Le 12/02/2010 - 10h51
Par
SPORTWEEK / Jean-François Paturaud
Exclu/François Trinh-Duc : "Maintenant, il faut prouver"
François Trinh-Duc-Photo : Jean-Baptiste Autissier/Panoramic
Chef d'orchestre du XV de France à 22 ans, François Trinh-Duc est
très exposé. Réservé, raisonnable et travailleur, il sait qu'un grand
défi l'attend face à l'Irlande.
Parlons de ta première sélection. Au niveau personnel, qu'est ce qui a changé dans ta vie depuis 2008 ? Plus de succès ? Tu rentres plus facilement dans les grands restos ?À Montpellier, je suis un peu plus reconnu dans la rue... C'est une ville très sportive. Le bassin montpelliérain suit le rugby. Après, ça ne me change pas, en tout cas. Je reste un jeune, un adolescent de 23 ans.
Tout est allé assez vite pour toi. Tu n'as pas eu le temps de réfléchir ?C'est vrai. On avait à peine deux saisons de Top 14 et on a été lancé dans le grand bain de l'équipe de France et du niveau international (ndlr : avec ses coéquipiers montpelliérains, Fulgence Ouedraogo et Louis Picamolès). On a peut-être eu un peu plus de temps pour s'adapter, hausser notre niveau de jeu. Mais maintenant, il faut prouver, faire de bonnes choses, se projeter vers l'avant. Être acteurs de nos matchs.
Tu as commencé le rugby à quatre ans, tu pensais un jour être à ce niveau ?Ça n'a jamais été un objectif pour moi d'être professionnel. De quatre à 16 ans, je jouais au rugby pour me faire plaisir, penser à autre chose et être avec mes amis. Je n'avais pas du tout l'idée d'en faire mon métier. C'est peut-être pour ça que j'ai toujours cette fraîcheur et ce plaisir à entrer sur le terrain.
Tu ne t'es jamais dit : " Je veux jouer en équipe de France, devenir pro " ?Non. Je ne regardais pas du tout les matchs de championnat, très peu les matchs internationaux, sauf le Tournoi, avec ma famille. C'était le plaisir de regarder les matchs avec mes amis, d'aller jouer au rugby dans la rue ou sur le moindre bout de pelouse. Juste un bon moment, un passe-temps où on oubliait tout et on prenait énormément de plaisir. Jusqu'à l'âge de 17 ans.
Ce sont les valeurs du rugby en elles-mêmes qui t'ont plu ?Oui, importantes pour le rugby mais aussi pour la vie quotidienne.
Est-ce que tu as hésité ou fait d'autres sports ?Le golf, par exemple, le judo, le tennis. Mais le rugby a toujours été le sport numéro un. Il prenait l'avantage sur les autres. Je suis très sportif, j'aime faire du sport, mais je ne suis pas doué partout.
Tu avais des idoles ? Christophe Lamaison, parait-il...Oui, notamment pendant la Coupe du monde1999. Face aux All Blacks, il a réalisé un match plein. Ça fait rêver de voir un joueur qui joue au même poste que toi et qui fait un tel match. En dehors de ça, il n'y a pas vraiment eu d'idole, à regarder des clips et tout, mais c'est vrai que sur ce match il m'a fait rêver.
D'autres grands ouvreurs t'ont impressionné ?La référence actuelle à ce poste, c'est Dan Carter. Il a un panel de jeu très large. Il sait très bien jouer à la main, très bien jouer au pied. C'est un joueur très athlétique. Il sait tout faire. C'est intéressant de se jauger par rapport à lui et de le voir évoluer.
Ça peut faire mal aussi, comme en novembre dernier...Notamment, oui. Les All Blacks étaient intouchables ce jour-là. Quand ils jouent à leur meilleur niveau, ils sont quasiment imbattables. C'est ce qui est arrivé à Marseille. On n'a pas joué à notre meilleur niveau, en plus. On a été battu dans les fondamentaux, on n'a pu jouer qu'à reculons, eux en avançant. Marquer des essais, quand on subit sur chaque impact, en conquête et en jeu au pied, ce n'est pas facile.
Est-ce que sur le plan personnel, c'est un match qui t'a servi ?Avec le recul, oui, ça sert de prendre des volées comme ça, même si c'est difficile sur le moment. On apprend, on acquiert de l'expérience et petit à petit, on trouve des solutions pour qu'au suivant on sache y répondre.
Après ce match-là, les critiques ont été assez dures. Comment vous vous en êtes remis ?Des critiques étaient sensées, souvent. D'autres un peu moins. Sur ce match, on est passé à côté. On ne peut pas se trouver trop d'excuses. On n'a qu'une envie : retourner sur le terrain, les rejouer pour leur prouver qu'on ne mérite pas une telle correction. Mais on se remet vite au travail.
Comment gères-tu les critiques ? Elles te font avancer ou tu essaies de les mettre de côté ?Ça fait partie du métier. Mais on n'est pas des machines, on ne peut pas réaliser tous les matchs parfaitement. Quand elles sont sensées, on les enregistre, on s'en sert pour évoluer, pour avancer. Puis on y pense à chaque entraînement, au quotidien : " Ça, ça n'a pas été, il faut l'améliorer ou le changer ".
On parlait de la confiance des sélectionneurs. Mais ils t'ont quand même mis un peu à l'écart l'année dernière, en disant que tu stagnais... Comment l'as-tu vécu ?Marc était venu à Montpellier me remonter les bretelles, comme il l'a dit à l'époque. À ce moment-là, on connaissait une période extra-rugby très difficile à Montpellier, un changement d'entraîneur, de président. Mon rugby en avait pris un coup, j'étais tout à fait d'accord avec lui. Ce n'était pas facile de l'entendre entre quatre yeux me dire tout ça, mais ça m'a permis de me mettre un bon coup de fouet et de me remettre au travail. Il n'y avait plus qu'un objectif, le rugby. Il fallait arrêter de penser aux problèmes administratifs du club. Et ça m'a servi pour la suite du Tournoi.
Est-ce que tu as modifié ta façon de bosser, de t'entraîner ?Modifié, non. C'est toujours pareil. Au quotidien, c'est souvent la même chose. Après, il faut avoir des objectifs précis à court terme pour, à long terme, avoir des objectifs bien fixes.
Être ouvreur de l'équipe de France à ton âge, c'est une grosse pression sur les épaules ?Ce poste est très critiqué. En plus, avec mon jeune âge, on ne voit que moi. Mais, dans toutes les périodes de l'équipe de France, le 10 a souvent été critiqué. C'est un poste à responsabilités, donc il faut prendre des initiatives. Mais je suis content de jouer à ce poste, chaque jour, j'ai envie de progresser et à chaque match aussi.
On résume souvent tes performances au jeu au pied ?Le point noir, à mon poste, c'est que je ne bute pas. C'est vrai qu'un demi d'ouverture qui ne bute pas, ça entache un peu ses qualités. Ce qui me dérange un peu plus, c'est qu'on critique mon jeu au pied dans le jeu courant, vu que ce n'est pas forcément sensé à chaque fois. Mais ça fait partie de la chose. J'ai un peu l'étiquette du mauvais joueur de pied. C'est à moi de prouver le contraire à chaque match.
C'est agaçant ?Agaçant, non. Mais quand ce n'est pas sensé, ça fait râler parce que je passe beaucoup de temps au quotidien à travailler ce jeu au pied. Ça me procure pas mal de plaisir de taper. Ce n'est pas facile de rabâcher sans cesse la même chose.
Tu avais des partiels, il y a peu, pour ta licence en Staps...Oui, avant de rejoindre l'équipe de France. J'ai passé mes partiels avant d'arriver. J'espère que ça va aller, que je vais valider mon semestre pour avancer et finir cette licence.
C'est important pour toi ?Oui, ça permet de relativiser au quotidien les entraînements et les baisses de forme dans le rugby. Ça me fait penser à autre chose, avoir d'autres amis que ceux du rugby. C'est important de faire les deux, autant pour s'aérer que pour prévoir quelque chose en cas de mauvaise surprise.
Tu vois loin, déjà...Les carrières sont de plus en plus courtes. Dix ans... Il faut penser à une reconversion et ça se prépare dès maintenant avec des diplômes ou des contacts. C'est comme ça, il faut penser à l'après-carrière.
France-Irlande au Stade de France... Le dernier, c'était en foot. Tu y étais...On était invité, on était en direct. La France avait gagné !
Mais encore...Avec un but dans les prolongations (rires) et une main de Thierry Henry.
Vous avez évoqué entre vous les polémiques qui ont suivi ?Moi, ça m'a un peu désolé tout cet amalgame. C'est vrai qu'il y a une main, mais on ne peut pas accuser Thierry Henry d'être un tricheur pour ça. Il y a eu d'autres buts... comme celui de Maradona, marqués de la main. Il a été " badé ", lui. C'est sûr, ce n'était pas la meilleure manière de gagner, mais taper sur les doigts de Thierry Henry, quand même... Je ne connais aucun joueur de l'équipe de France, même de rugby, qui serait allé dire à l'arbitre qu'il y avait main. L'erreur est humaine. Dans le sport, ça fait partie du jeu que l'arbitre se trompe. Parfois, c'est en notre faveur, parfois non.
Tu trouves ça injuste tout ce qui s'est dit sur lui ?Surtout avec la carrière qu'il a faite ! Et pour un geste comme ça, avec un fait marquant, la qualification, qu'on lui tombe autant dessus, ça m'a désolé pour lui. Il y a eu un buzz autour... Ca va vite, et dans tous les sens. Il ne méritait pas ça.
Revenons à France-Irlande en rugby. En face de toi, c'est Ronan O'Gara, un joueur que tu apprécies ?Un très bon joueur, avec beaucoup d'expérience, beaucoup de sélections. En Irlande, ils pourraient lui faire une statue. Jouer contre lui permet d'apprendre, de voir son approche du jeu, ses placements. J'ai hâte d'être confronté à ce genre de joueurs, ce qui se fait de mieux en Europe.
2011, la Coupe du Monde, ça te paraît encore loin encore? De moins en moins. C'est dans un an et demi, maintenant... Bon, je ne vais pas cacher que c'est un objectif. Mais il faut se mettre des objectifs à court terme d'abord et les réaliser pour espérer participer. C'est un aboutissement, une Coupe du monde, un rêve qui se réalise.
Propos recueillis par Jean-François PaturaudITINERAIRENé le 11 novembre 1986
1,84 m / 82 kg
Poste : demi d'ouverture
Club actuel : Montpellier
Nombre de sélections :
16 (5 essais)
International -21 ans, -19 ans
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