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Sports d’hiver

Le 05/03/2010 - 14h40
Par SPORTWEEK / Pauline Joseph

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Solène Jambaqué : "Je veux conserver mes titres paralympiques"

Solène Jambaqué-Photo : Grégory Picout

Solène Jambaqué-Photo : Grégory Picout

Benjamine de l'équipe de France en 2006, la skieuse Solène Jambaqué, hémiplégique, a ramené quatre médailles des Jeux paralympiques de Turin, dont deux en or. Elle est tout aussi ambitieuse à Vancouver.

Après tes quatre médailles à Turin en 2006, on attend beaucoup de toi à Vancouver...
Oui et non. Je reviens d'une opération au genou droit, ma troisième en 2009, j'ai moins de pression. Mais les entraîneurs et mes coéquipiers savent que j'ai des capacités, ils attendent des performances. Je ne me mets pas de pression inutilement. J'essaye de monter en puissance, d'avoir confiance en moi. Je veux progresser, progresser ! M'entraîner et m'entraîner !

Tu as signé une troisième place en janvier, c'est bon signe...
C'est une performance inespérée, je ne pensais pas remonter si vite sur un podium. J'en suis très heureuse. Je vais tout faire pour poursuivre sur ce chemin-là.

Quels sont tes objectifs pour Vancouver ?
Je veux conserver mes titres. L'objectif, c'est donc deux médailles d'or. Et je vais disputer une discipline supplémentaire, le Super Combiné. Pourquoi ne pas viser une autre médaille.

À Turin, tu étais la benjamine de l'équipe de France. Comment les athlètes t'ont-ils accueillie ?
On se connaissait déjà, on était souvent ensemble sur les circuits, donc je n'ai pas eu réellement à m'intégrer. J'étais un peu la petite soeur. On s'occupait bien de moi [rires]. C'était assez sympa !

Deux titres, quatre médailles au total pour tes premiers Jeux...
J'étais partie avec l'objectif de décrocher la médaille d'or en géant. Mais ça a été ma moins bonne performance et je n'ai eu " que " la médaille de bronze. Je savais que j'étais capable de gagner, mais jamais je n'aurais imaginé revenir avec deux titres et deux médailles. C'est énorme.

Tu as reçu l'hommage du Président Chirac, qu'est-ce que ça représente pour toi ?
C'est quelque chose d'énorme. En rentrant de Turin, l'hommage du Président et la légion d'honneur, je ne me rendais pas compte. Maintenant, j'en ai conscience. Mais, à vrai dire, je ne réalise toujours pas ce que ça signifie.

Tes détracteurs t'ont souvent reproché un " avantage " : tu n'es " que " hémiplégique, et la plupart de tes adversaires sont amputées d'un membre.
On ne peut pas dire que je ne suis " que " hémiplégique. Cette maladie, je l'ai depuis toute petite. Des tests sont faits par des médecins internationaux, mandatés par les fédérations, qui jugent le degré du handicap. Ils ont jugé que je pouvais participer aux compétitions. Je n'ai rien à redire. On part à égalité. Je ne prête pas attention à ces critiques.

Qu'est ce qui a changé dans ta vie depuis Turin 2006 ?
Pas grand-chose ! [rires] Dans ma région, j'ai reçu un accueil très chaleureux. Tout le monde était fier de moi et me félicitait. Les enfants de la Vallée me reconnaissent, quelques-uns m'abordent et me posent parfois des questions. Mais six mois après, on ne parlait plus de moi. Là, je suis de nouveau sollicitée...

C'est frustrant cette reconnaissance éphémère ?
Ça me chagrine un peu, mais c'est comme ça. C'est logique. On parle de moi juste après les Jeux ou à leur approche.

Tu t'es toujours entraînée avec les valides. Est-ce un plus ?
C'est intéressant et sympa de voir comment ils évoluent. Ils sont toujours devant, mais c'est surtout pour le côté pratique, car il n'y a aucune structure adaptée en France. C'est difficile.

Tu te sens davantage considérée comme une handicapée que comme une sportive ?
Exactement ! Ça ne me pose pas vraiment de problème, mais on s'investit autant que les athlètes valides et on ne bénéficie pas d'autant de reconnaissance. C'est comme ça... C'est très dur de changer les mentalités. On n'a pas les mêmes moyens, ou structures.
Mais on y arrive quand même.

Qu'est ce qu'il faudrait pour que le handisport soit considéré comme du sport à part entière ?
Je ne connais pas la solution. Il faudrait montrer aux gens ce que nous faisons. C'est spectaculaire et il y a beaucoup de potentiel. Au retour de Turin, j'ai réalisé que personne ne connaissait vraiment le handisport, les compétitions, les coefficients. Ça n'intéresse ni
les gens, ni les médias.

Comment as-tu commencé le handisport ?
J'ai lu un article sur le sujet. J'ai eu envie de voir ce que c'était et à l'âge de douze ans, j'ai commencé. Ensuite, j'ai fait mes premiers championnats, les Coupes de France. Quand j'étais plus jeune, je pratiquais le ski. Et puis, au fur et à mesure, je voyais toutes les filles, tous les gens me dépasser sur les pistes. C'était difficile à accepter.

As-tu pratiqué d'autres sports ?
Petite, je faisais de la danse et de l'escalade. Mes parents voulaient vraiment que je fasse du sport, c'était quelque chose d'important car cela m'aidait par rapport à mon handicap. Humainement, la pratique du handisport est très intéressante. Je suis entourée de compétiteurs qui ont vécu beaucoup de choses dans leur vie. Le handisport m'apporte également une forme de reconnaissance.

Comment arrives-tu à concilier études et sport de haut niveau ?
C'est une question d'organisation. Je suis actuellement à l'école de kinésithérapie de Toulouse, dans une section pour les sportifs de haut niveau. Il y a vingt places par an réservées aux sportifs et je suis la première en handisport. Je suis très reconnaissante.

Propos recueillis par Pauline Joseph

ITINERAIRE :
Solène Jambaqué
Née le 14 avril 1988 à Toulouse (31)
Palmarès : Quatre médailles aux Jeux olympiques de Turin (2006) :
- championne olympique de descente et de Super-G,
- médaille d'argent en slalom,
- médaille de bronze en géant
Catégorie du handicap : LW9/2 (skieuse debout ; amputation d'un bras ou déficience équivalente et d'une jambe en dessous du genou ; équipement au choix)


25 Français aux Jeux Paralympiques
Vingt-cinq athlètes défendront les couleurs françaises lors des Jeux paralympiques - du 12 au 21 mars. Quatrième à Turin en 2006, avec 15 médailles, dont 7 en or, la France espère faire au moins aussi bien cette année à Vancouver. Et elle ne manque pas d'atouts. Nicolas Béréjny, champion paralympique de slalom et de slalom géant, tentera de conserver ses titres. Quant à Romain Riboud, capitaine et porte-drapeau des Bleus, il compte montrer la voie à ses coéquipiers en ski alpin. Yannick Bourseaux et Alain Marguerettaz auront eux aussi leur mot à dire en biathlon et en ski de fond. Côté féminin, après les retraites d'Anne Floriet et Pascale Casanova, les plus grands espoirs reposent sur Solène Jambaqué.

A retrouver dans le n°227 du magazine Sport :

La Une de Sport n°227La Une de Sport n°227



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