Le 05/03/2010 - 15h10
Par
SPORTWEEK /
Sotchi : Caprice de tsar
Le futur stade olympique de Sotchi-Photo : DR
Les Jeux de Vancouver terminés, les yeux se tournent vers la Russie et Sotchi. État des lieux, quatre ans avant le grand rendez-vous. La modernisation a un prix.
Son peuple l'apprécie aussi pour ça, à plus de 60 % selon les sondages. Vladimir Poutine a ramené la Russie à la table des grands, il a aussi ramené les Jeux dans son pays. Parce qu'il les voulait. Il lui aurait suffi d'un de ses regards de tueur pour faire céder le CIO, rêvent ses partisans. C'est vrai qu'il sait se montrer convaincant, voire inquiétant, et qu'il a en personne appuyé cette candidature. Mais c'est aussi, pour beaucoup, le chéquier de ses amis patrons et oligarques (groupes Gazprom, Interros et Basel) qui a convaincu le CIO de confier à la Russie l'organisation des prochains Jeux d'hiver. Confiance aveugle... Aucune étude géologique n'avait été faite pour le dossier de candidature, qui implique pourtant un profond - voire brutal - remodelage de la région...
Le contraste est brutal. Après une courte escale à Moscou, où il a fallu braver les -15 C° pour changer d'aérogare, Sotchi paraît tropicale: 8 C°. Mi-janvier ! Là, en bordure de la mer Noire, les palmiers prospèrent. L'aérogare vieillotte est minuscule et laisse le sentiment d'un voyage dans le temps. Vieux carrelage, panneaux publicitaires défoncés et carrousel à lattes en bois où s'empilent les valises, le tout enfumé par le tabac. Ambiance romans d'espionnage des années 60. Comme dans la capitale, ils sont nombreux à se proposer comme taxis, complément de revenus pour tout propriétaire de voiture. On s'étonne de la vétusté des lieux.
" Il y a une nouvelle aérogare, à côté, moderne et spacieuse, mais ils ne l'ont utilisé qu'une fois : lorsque le CIO est venu. "Vladimir Poutine aime beaucoup cette région. À quelques dizaines de mètres d'un complexe hôtelier flambant neuf, piscine extérieure fumante comprise, une splendide et vaste datcha lui est réservée. Ultra-sécurisée. Le reste de la région est moins équipé. Il suffit de sortir de la grande route - les bouchons quotidiens sont terribles -, pour voyager dans le temps, une fois de plus. Le contraste est saisissant. Routes et maisons sont ravagées. Un restaurateur raconte d'ailleurs qu'il a failli devoir refuser de servir des oligarques en goguette dans la région, faute d'électricité. Par chance, celle-ci a été rétablie peu avant le dîner. Mais il n'a pu finir sa vaisselle, en revanche, elle a été coupée peu après le digestif.
Pharaoniques, les chantiers. Surtout celui de la route et du métro aérien. Costume et manteau impeccables, silhouette sportive et regard dur, le responsable régional est intarissable sur les difficultés surmontées, mais confi ant quant aux délais. Dans son dos, une armoire à glace. Cheveux courts et oeil vif, mais moins souriant, dans son manteau sous lequel apparaissent des bretelles qu'on pourrait presque prendre pour un soutien-gorge. Lui et le 4x4 sombre plus loin, avec deux autres molosses, rappellent que l'Abkhazie et la Géorgie ne sont pas loin. Sécurité et écologie sont deux thèmes récurrents, depuis la désignation. La rivière est d'ailleurs " redessinée ". Mais qu'on se rassure :
" tout est validé par le ministère de l'écologie. " L'attractivité future de la région, une belle idée, n'a pas de prix.
8, 12, 14 milliards ?Sans appel d'offres, holdings, Basel et Interros, et le groupe se répartissent des trois chantiers et de l'exploitation future du " Courchevel russe ". Le budget record de 8 milliards d'euros présenté au CIO sera explosé. Qu'importe, l'investissement est à long terme pour les industriels et l'État. Patinoires, village et centre de presse en bord de mer ; skis alpin et nordique à l'intérieur des terres, vers Krasnaya Poliana. L'État prend en charge le métro aérien et la route dédiés à la liaison entre les deux : 50 km de béton et de tunnels le long d'une rivière. 17 000 ouvriers sont sur les chantiers, " bientôt dix fois plus si besoin ", ajoute la blonde attachée de presse. " Tous Russes ? " " Bien sûr ! ", répond l'ancienne de la télé pro-Poutine, malgré l'évidence. Ça ne ferait pas rire les chômeurs locaux. A retrouver dans le n°227 du magazine Sport :
La Une de Sport n°227
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