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Tennis

Le 04/02/2010 - 20h09
Par SPORTWEEK / Vincent Davoli

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Exclu/Amélie Mauresmo : "Envie d'une émission de télé "

Amélie Mauresmo-Photo : Panoramic

Amélie Mauresmo-Photo : Panoramic

Amélie Mauresmo est souriante et détendue après son premier hiver de retraitée. Sa nouvelle vie, l'émotion qui l'attend à l'Open GDF SUEZ, l'actualité tennis : les sujets ne manquaient pas.

Alors, c'est comment la retraite ?
Ça va. Je voulais éviter les contraintes que j'ai connues pendant toutes mes années de tennis. Je prends le temps de me reposer, de vivre. J'étudie les propositions qui m'arrivent d'un peu partout. Je me projette déjà sur le futur parce que je n'ai pas envie de ne rien faire pendant longtemps. Mais je veux bien y réfléchir et me fixer des étapes pour y arriver. Comme je le faisais au tennis.

Aucun regret ?
Aucun. Je disais à des amis que quand l'Open d'Australie allait arriver j'aurais peut-être un petit pincement. Mais pas du tout. Je sais trop les efforts que ça demande en amont. Je ressentirai peut-être quelque chose ce week-end en allant voir les filles jouer la Fed Cup. Mais je n'ai pas de regret, je suis en accord avec ma décision.

Tu as suivi l'Open d'Australie ?
Oui. Je ne me réveillais pas la nuit pour regarder les matchs mais j'en ai vus le matin. Ce n'était pas du tout frustrant. Je suis vraiment sereine par rapport à tout ça.

Un hiver sans préparation physique, c'est comment ?
Moi qui ai l'habitude de vivre une partie de l'hiver au soleil en faisant du sport, je l'ai senti. Pour le corps, c'est important le soleil. C'est le seul truc qui me manquait parce que j'ai quand même fait un peu de sport. J'essaie de ne pas trop me laisser aller.

Parlons avenir. On entend beaucoup parler de toi comme consultante. Ça va se faire ?
Oui. Mais c'est une partie de ce que je veux faire en télévision. Je n'ai pas envie de m'arrêter aux commentaires. J'ai envie d'une émission où l'on prend une personnalité qu'on suit en reportage dans une première partie et où je fais un entretien ensuite. Mais pour l'instant, je n'en ai discuté avec aucune chaîne.

Et avec la Fédération ?
J'ai vu Patrice Hagelauer samedi. Il m'a dit qu'il fallait qu'on se voie. C'est à leur convenance.

Aujourd'hui, les conditions sont réunies...
Oui. Avant, il y avait Patrice Dominguez et Christian Bîmes. Avec lui aussi, c'était dur. Aujourd'hui, je suis plus ouverte c'est sûr. Il faut qu'on discute pour voir si on est sur la même longueur d'ondes.

Directrice d'un tournoi ? L'Open GDF SUEZ serait parfait...
Bien sûr. Ça fait partie des choses que j'ai en tête et qu'il faut que j'approfondisse. Mais je n'ai pas envie de le faire en étant la plante verte qu'on pose pendant la conférence de presse. Si je le fais, je veux apporter mon expérience. En fait, quel que soit le projet, je veux m'investir dedans et apporter une valeur ajoutée.

"L'Open GDF SUEZ : une communion avec le public"

Le marathon de New York, c'est toujours en projet ?
Je me suis inscrite il y a une semaine. Je me suis mis dans une grosse m... (Rires). J'ai commencé à m'entraîner lundi avec Xavier Moreau (Ndlr : son ancien préparateur physique).

La dernière fois que vous avez quitté Coubertin, en vainqueur de l'Open GDF SUEZ, vous étiez en larmes. Ça pourrait se reproduise mercredi, lors de l'hommage qui va t'être rendu...
(Rires) Oui, probablement. Je ne sais pas ce qui est prévu ni comment ça va s'organiser. Mais ça fait partie de ma carrière cette émotion-là. Et ce tournoi a été de loin le plus émouvant, année après année.

Qu'y a-t-il de si particulier dans ce stade ?
Le public. C'est une salle qui se prête à la communion avec un public très proche du court. Du coup, elle se réalise complètement. C'est un public de connaisseurs, les gens sont inconditionnels du début à la fin. Ils m'ont portée sur la dernière édition de manière incroyable. Je me nourrissais de ça. En fait, l'hommage, ils me l'ont rendu de jour de la finale 2009. Dans la standing-ovation à la fin, il y avait du respect, de l'admiration et de l'amour.

Ce retour là-bas va faire naître quelques regrets ?
Probablement. Il y aura surtout la nostalgie du rapport que j'avais avec ce public. En tant que sportif, on est en demande de cet amour et de cette reconnaissance.

Ce n'était pas l'endroit idéal pour jouer ton dernier tournoi ?
Non. Ce que j'aurais dû faire, c'est arrêter après Wimbledon, l'an passé. Refaire une préparation hivernale juste pour aller jusqu'à Coubertin, je n'aurais pas pu. A la limite, si j'avais dû refaire une saison, je serais allée jusqu'à Wimbledon 2010.

Le public va être orphelin. Quelle Française vous remplacera ?
Aujourd'hui, pour cette édition 2010, je pense que ce n'est pas possible. Ça s'est construit sur la durée. D'abord avec mes résultats, à l'Open mais aussi en dehors. Ça prendra un peu de temps. Mais si une Française brille dès cette année, peut-être que le public aura à coeur de continuer l'histoire avec quelqu'un d'autre.

Qui représente la relève du tennis féminin français ?
C'est dur. Alizé Cornet doit se reconstruire par rapport à sa super saison 2008. Je crois qu'elle est en train de la faire. Dans une carrière, il faut savoir se remettre en cause, se poser les bonnes questions, parler et accepter les conseils des personnes en qui on a confiance. J'espère qu'elle a su le faire pendant cette intersaison. Aravane Rezaï, pour l'instant, c'est fluctuant. Mais c'est une de ses caractéristiques depuis plusieurs années. Ce qui est bon signe, c'est que ça va en progressant. Il faut qu'elle arrive à plus de constance tennistiquement.

Ces deux filles n'ont-elles pas le même problème que toi dans la gestion des émotions, et pas dans le mental, contrairement à ce qu'on disait ?
On confond souvent fragilité et sensibilité. On a tous une sensibilité qui fait qu'on est parfois rattrapé par les émotions. Moi la première. C'est une lutte intérieure. Quand on a réalisé ça, on a bien avancé.

Cette lutte a été la plus intéressante dans l'évolution de ta carrière ?
C'est la grosse satisfaction de ma carrière. J'étais forte, mentalement, parce qu'on n'arrive pas à ce niveau en étant faible. En revanche, lutter contre l'émotion ou la sensibilité ça a été un travail de longue haleine. C'est une immense fierté d'avoir su aller au-delà de ça. Le chemin parcouru est incroyable. Humainement j'ai l'impression d'avoir vécu énormément de choses.

Penses-tu avoir eu le traitement médiatique que tu méritais, après la victoire à Wimbledon par exemple...
Probablement pas. A ce moment-là, il y avait la finale de la Coupe du Monde de foot entre les Bleus et l'Italie. En France, le foot est le sport phare. C'est comme ça... Mais je ne m'en suis pas rendu compte sur le coup parce que je suis restée quelques jours en Angleterre. Tout le monde m'a dit que je n'avais pas fait la Une de L'Equipe. C'est hallucinant, quand même.

Et ta finale de l'Open d'Australie 1999 a fait moins de bruit que celle de Jo-Wilfried Tsonga en 2008...
En France, Laure Manaudou et moi avons poussé les médias à être plus " féminins ". Si un mec avait eu mon palmarès, il aurait été encensé.

Cela te donne envie de prendre des responsabilités politiques, pour pousser le sport féminin par exemple ?
La politique n'est pas un milieu qui me fait envie. J'ai l'impression qu'il faut faire tellement de compromis que cela ne me ressemble pas. Mais c'est une perception de l'extérieur.

Hénin et Clijsters, elles sont revenues parce qu'elles ont su que tu arrêtais et qu'elles avaient peur de toi ?
(Rires) Oui, c'est sûr...

Que t'inspirent ces retours ?
Les deux sont différents. L'arrêt de Kim Clijsters était dû à des choix de vie, l'envie d'une grossesse, et peut-être aussi une lassitude physique. Pendant sa retraite, certaines circonstances l'ont poussée à reprendre la raquette. Celui de Justine n'a été compris par personne. Ça a été tellement soudain et avec une telle assurance de ne pas revenir ! On ne comprenait pas. Sans doute y a-t-il eu des événements qu'on ne connaissait pas. Elle était encore jeune à ce moment-là. En revanche, leur retour immédiat au premier plan est très impressionnant.

"Federer est bluffant"

Comment l'expliques-tu ? Justine se dit plus détendue.
Ce n'est pas ce qui ressort de ses matchs. Mais je ne l'ai pas vue en dehors. Ce sont de vraies championnes avec un niveau de jeu très impressionnant. La suite sera intéressante. Pour leur retour, elles n'avaient aucune pression. Pour l'une comme pour l'autre, j'espère qu'elles reviennent en ayant du plaisir.

Tu les vois redevenir n°1 mondiale ?
C'est possible, même si Serena Williams est bien installée. Après, arriver à cette place représente beaucoup de contraintes. Le système de classement récompense les filles qui jouent beaucoup. Je ne sais pas si c'est vraiment leur objectif.

Un mot sur Federer...
Il est incroyable. J'ai regardé sa finale contre Murray, c'est un génie. On dit toujours qu'il touche à l'excellence et on a souvent l'impression qu'il joue de mieux en mieux. J'ai vu son match contre Jo-Wilfried Tsonga, il était juste intouchable. Il y a Federer et les autres. Ce type est bluffant.

Et Nadal, tu fais partie des gens pour qui il a trop tiré sur la corde, physiquement ?
Dans son style il est impressionnant. Mais physiquement, c'est plus dur. Quand on voit l'intensité qu'il met à chaque entraînement... Il a probablement un peu trop tiré sur la corde, oui.

"Le tennis m'a tellement apporté..."

Que manque-t-il aux quatre Mousquetaires pour gagner un Grand Chelem ?
Déjà, il faut arrêter de les appeler comme ça. Je sais qu'ils ne l'ont pas choisi. Les Mousquetaires avaient gagné plusieurs Grand Chelem, des Coupes Davis... Donc attendons qu'ils en soient là. Il faut la mériter cette appellation. Ensuite, je pense que la différence se fait physiquement. Même si Jo Tsonga à la " caisse ", il n'est peut-être pas encore au niveau des meilleurs, comme Murray, Nadal ou Federer.

Lequel est le plus proche ?
Jo. Même si Gaël a prouvé qu'il pouvait aller loin. Mais il est trop inconstant pour l'instant.

Et Richard Gasquet ?
J'ai l'impression, au moins au niveau de l'attitude, qu'il repart dans la bonne direction.

Qu'as-tu pensé de sa mésaventure ?
J'ai pensé que c'était peut-être le meilleur truc qui pouvait lui arriver. Il a pu réaliser la valeur que le tennis avait pour lui. Il a sans doute vécu des moments très durs et ça a dû lui permettre de se poser.

Mais c'est un discours qu'il ne veut pas entendre...
Il dit ça maintenant, mais il faudra lui demander dans quelques temps.

Tu pourrais conseiller un de ces joueurs ?
Je me verrais conseiller quiconque me le demanderait. Le tennis m'a tellement apporté et j'ai compris tellement de choses sur le fonctionnement que je le ferai partager sans problème. Et j'en serai super-contente !

Mais tu ne te vois pas devenir coach ?
Non. Ponctuellement, je peux rendre des services mais je ne repartirai pas sur le circuit pour voyager toute l'année. Coach, c'est un métier à part. Le message doit passer dans la durée, je suis plus capable de donner des choses de manière ponctuelle.

Propos recueillis par Vincent Davoli


ITINERAIRE
Née le 5 juillet 1979 à Saint-Germain-en-Laye (78)
Meilleur classement WTA : 1re (le 13 septembre 2004 et le 20 mars 2006)
39 semaines passées à la première place mondiale
25 titres WTA en simple dont deux en Grand Chelem (Open d'Australie 2006, Wimbledon 2006) et un Masters (2005)
Médaillée d'argent aux Jeux olympiques d'Athènes
Vainqueur de la Fed Cup en 2003
Open GDF SUEZ : 2001, 2006, 2009

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