Le 04/03/2010 - 19h41
Par
SPORTWEEK / Vincent Davoli
Exclu/ Jo-Wilfried Tsonga : "L'équipe de 2001 m'a fait rêver"
Jo-Wilfried Tsonga-Photo : adidas
Il sera le leader de l'équipe de France lors du 1er tour de Coupe Davis face à l'Allemagne. Pour le magazine "Sport", Jo-Wilfried Tsonga évoque cette compétition pas comme les autres.
Quel est ton premier souvenir de Coupe Davis, en tant que spectateur ?C'était en 1996, la finale en Suède. Plus précisément le match entre Arnaud Boetsch et Nicklas Kulti. Je revenais d'un match de foot où je m'étais cassé un doigt de pied. Mes parents étaient en train de regarder. Je me suis posé un peu, alors que d'habitude je ne regardais pas trop de tennis à la télé. Je me suis pris une claque, c'était l'hystérie totale.
Et le pire ?La finale à Bercy contre les Russes, perdue 3-2. J'étais jeune et ils me faisaient rêver.
Quelle équipe t'a fait rêver ?Celle de 2001, qui a remporté la Coupe Davis à Melbourne face à l'Australie de Hewitt, alors numéro 1 mondial. C'était chouette de les voir aussi soudés.
Tu les connaissais ?Non, j'avais 16 ans à l'époque.
Dans la génération de 1991, parmi Noah, Leconte ou Forget, lequel t'a le plus fait rêver ?Yannick je pense. Même en restant sur le banc, il transportait les gens par son attitude, au-delà du simple fait de taper la balle. Il était fédérateur et poussait tout le monde vers le haut. C'était magnifique.
C'est un truc que tu as l'impression d'avoir ?C'est quelque chose que j'ai l'impression d'avoir, oui, au fond de moi. Je ne sais pas si je l'exprime pour le moment mais je l'ai au fond de moi.
Qu'est-ce que tu connais des Mousquetaires ?Rien du tout.
Gilles Simon nous disait qu'il en avait " marre " qu'on vous appelle comme ça. Et toi ? Je ne dis pas que j'en ai marre. Je dis effectivement que nous n'avons pas choisi d'être appelés ainsi. Maintenant, dire que j'en ai assez, c'est un grand mot. Je n'en ai surtout rien à faire. Au départ, c'est flatteur parce qu'on se dit que les Mousquetaires représentent une grande part de l'histoire du tennis français. Voilà, t'es content. Après, tu n'as qu'une seule envie, c'est de pouvoir égaler leurs performances. Qu'on t'appelle le Mousquetaire, le moustique ou n'importe quoi d'autre, ça n'apporte rien.
"Mon pire souvenir? En 2008, sur mon canapé"Quel est ton meilleur souvenir comme joueur en Coupe Davis ?Le dernier match contre les Pays-Bas en barrage, où je rapporte trois points à l'équipe. Le premier aussi, contre la Roumanie. C'était fabuleux. Parce que j'ai gagné en quatre sets, à l'arrache. Mais bon, je n'avais pas donné la victoire à mon clan alors que contre les Pays-Bas, ça avait été le cas.
Et le pire ?Le match contre les États-Unis en 2008. Je suis blessé et je déclare forfait quelques jours avant. J'ai vécu la frustration de ne pas pouvoir faire grand-chose, devant ma télé. Sur la balle de match que se procure Paulo (Ndlr : Paul-Henri Mathieu) contre Blake, quand je vois que l'Américain renvoie la balle de dos en faisant un shop montant et que Paulo ne monte pas, je me dis :
" Non, monte, monte. " Mais voilà, je suis dans mon canapé et je ne peux rien faire.
Tes trois victoires contre les Pays-Bas t'ont propulsé leader de cette équipe. Le rôle te convient ?Oui, ça me convient. Si ça fait plaisir aux gens de le voir comme ça, c'est bien. Tout ce que je sais, c'est que je fais de mon mieux pour l'équipe. Je me dévoue quelles que soient les conditions, que je sois leader ou non, premier, deuxième, que je ne joue pas. J'essaie juste de me mettre au service de l'équipe.
Ce rôle n'est pas important pour toi ? Il ne doit pas y avoir de leader dans l'équipe ?Il y a forcément des joueurs qui prennent des initiatives. On a besoin de tout. De joueurs qui sont capables de porter un peu l'équipe, d'autres qui ont besoin d'être dans leur coin pour donner le meilleur d'eux-mêmes. Certains ont besoin d'extérioriser les choses. Dans une équipe, c'est l'alchimie du groupe qui va faire la qualité du tennis de chacun.
Tu avais joué les trois matchs contre les Pays-Bas. Peux-tu le refaire contre l'Allemagne ?Je ne sais pas, je m'en sens capable. Si je dois le faire, je le ferai. De toute façon, ce n'est pas moi qui décide. Si le capitaine, Guy Forget, décide de me faire jouer les trois jours, je ferai ce qu'il faut. S'il préfère me garder pour le troisième jour, je me plierai à sa décision.
Ce week-end, à Maastricht, t'avait démontré que tu pouvais tenir la distance. Cette expérience t'a servi lors de tes deux matchs en cinq sets à Melbourne ?Oui, bien sûr. À force de jouer des rencontres difficiles comme celle-là, où physiquement tu as besoin de puiser, tu prends confiance. Tu te dis que tu peux te donner à fond sur tous les points parce que tu sais qu'au bout du compte, tu seras toujours là.
"Contre Nadal, c'était irréel"Si tu dois jouer le double, avec qui es-tu le plus à l'aise ?Je préfère jouer avec les spécialistes, Julien Benneteau, Arnaud Clément, Michaël Llodra ou Richard Gasquet. Mais, ce n'est pas moi qui prendrai la décision.
C'est important pour toi de partager cette aventure avec les potes de ta génération ?Non, pas forcément. Le plus important, c'est d'évoluer dans un groupe sain où tout le monde s'éclate et avance dans le même sens. Qu'il s'agisse de copains que j'ai depuis dix ans ou de potes que je me suis faits en arrivant sur le circuit, comme Arnaud Clément ou Julien Benneteau, ça ne change rien.
Avec le recul, quelle analyse fais-tu de ta défaite contre Federer en demi-finale, à Melbourne ?La même qu'à l'époque. Il a été meilleur que moi ce jour-là, c'est tout. Pour le gêner plus, j'ai manqué d'un peu de fraîcheur physique, tout simplement.
Quand il joue comme ça, est-ce qu'il n'est pas imbattable ?Je ne pense pas. Il est très fort, c'est sûr, mais si on se dit qu'il est imbattable autant ne pas aller jouer. Ce n'est pas mon genre.
Revenons à une autre demi-finale, à Melbourne : en 2008, contre Nadal. C'était de la Playstation !... Oui, c'était irréel. J'étais " au sommet de mon art ". J'ai joué un match parfait, le meilleur de ma carrière pro. J'ai revu des images, c'était vraiment un truc de fou.
Est-ce que le relâchement dont tu as fait preuve ce jour-là était dû à l'insouciance que tu pouvais ressentir dans la mesure où personne ne t'attendait ?Bien sûr, il y avait de l'insouciance. Je lâchais tous mes coups, j'étais quarantième mondial (Ndlr : 38ème), personne ne m'en aurait voulu si j'avais perdu 6-1, 6-1, 6-1. Aujourd'hui, je suis plus fort qu'avant donc même si je ne joue pas comme ça, je sais que je peux le battre.
Mais cette insouciance, tu as l'impression de l'avoir perdu du fait de ton nouveau statut ?L'insouciance, tu la perds forcément à un moment donné, tu joues, tu prends de l'expérience. Tu ne laisses plus de place à l'insouciance parce que ça s'apparente un peu à de la chance. Pas en ce qui concerne le niveau de jeu parce que cela veut dire que tu es capable de jouer comme ça. C'est juste parce que c'est une sensation que tu ne contrôles pas vraiment.
Si tu devais faire ton bilan en Grand Chelem en 2009, ce serait "bien mais peut mieux faire" ?Je me contenterai d'un " peut mieux faire ".
Tu ne le trouves pas bon ?Non.
Pourquoi ?Parce que je perds dans chaque tournoi.
Mais tu vas en quart en Australie malgré une blessure au dos...Oui, alors disons une satisfaction sur quatre.
Et Roland Garros, ton entraîneur dit qu'il est satisfait de ton tournoi là-bas...J'ai prouvé que je pouvais bien jouer là-bas. En sachant très bien que de mon côté, j'en étais persuadé. La satisfaction, elle vient du fait que j'ai démontré que je n'étais pas une chèvre sur terre battue. Je n'ai pas gagné Roland Garros mais au moins maintenant tout le monde sait que je peux bien jouer sur cette surface.
Et la grosse déception, c'est Wimbledon ?Wimbledon et l'US Open.
Fin 2008, on t'avait demandé ce que tu espérais du père Noël, " tennistiquement ". Tu avais répondu : un meilleur retour de service. Alors ?(Rires) Noël est passé, le père Noël a fait ses cadeaux.
Propos recueillis par Vincent Davoli, à Marseille
Jo-Wilfried Tsonga-Photo : Panoramic
L'avis du spécialiste :
Lors des barrages en septembre dernier contre les Pays-Bas, Jo-Wilfried Tsonga avait joué et remporté trois matchs en trois jours. Pour Jean-Claude Perrin, ancien préparateur physique de l'équipe de France, le n° 1 français peut rééditer cette performance à condition de soigner sa récupération. " La récupération, c'est quelque chose de très personnel : tout le monde ne dépense pas la même énergie en match. Il faut du calme, des massages et des étirements. L'hydratation est aussi importante. Pour le tennis, on applique les mêmes règles qu'au marathon. Boire en quantité deux ou trois heures avant l'effort et doser pendant le match. L'avantage de Jo, c'est qu'il a désormais l'expérience. Mais on ne peut jamais savoir à l'avance. "
ITINERAIRE
Né le 17 avril 1985 au Mans (Sarthe)
Classement ATP actuel : 11e
Meilleur classement ATP : 6e en 2008
5 titres dont 1 en Masters Series (Paris Bercy)
Finaliste de l'Open d'Australie en 2008, demi-finaliste en 2010
A retrouver dans le n°227 du magazine Sport :
La Une de Sport n°227
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