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Le 20/08/2008 - 09h33
Par SPORT / Alexandre Herbinet

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Exclusif / Teddy Riner : "Nadal, il est tout petit"

SportWeek

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Dans un entretien exclusif à Sportweek, le médaillé de bronze des Jeux de Pékin se raconte à coeur ouvert. Et donne rendez-vous pour l'avenir. Graine de star ? Non, c'est déjà Teddy superstar !

Il est arrivé au rendez-vous un peu fatigué de sa courte nuit mais avec son habituel sourire taille XXL. Au lendemain de sa médaille de bronze à Pékin pour ses premiers Jeux, et après une sortie dans une célèbre boîte de nuit de la capitale chinoise pour fêter ce résultat, le gentil géant du judo français nous a accordé un entretien exclusif. Affable, sympa, enjoué et disponible. A 19 ans, l'étoile Riner n'a pas fini de briller.

 

Avec un peu de recul, comment analysez-vous cette médaille de bronze ?

Teddy Riner : "Je suis très content. Je suis un peu déçu de ne pas avoir eu l'or mais c'est déjà derrière. J'ai la médaille, je suis heureux, je passe des juniors aux seniors sur une bonne note. Et je me dis que ce que j'ai fait n'est pas si mal pour un junior. En trois championnats, j'ai toujours ramené une médaille. Maintenant, je vais profiter un peu. J'enchaîne quasiment sans break depuis le championnat du monde 2007 et là ça va vraiment faire du bien de souffler un peu, de voir la famille, de faire ce que je veux. Ça fait presque un an que je suis à bloc.

 

Vous étiez très attendu par le public comme par les médias. Le ressentiez-vous depuis le village olympique ?

Oui bien sûr. Et moi aussi j'attendais beaucoup de moi. Mais il faut bien que les gens comprennent que ce n'est pas aussi facile que ça. Ce que j'ai fait là, c'est quand même beau. J'ai combattu tous ceux qui étaient sur le podium des derniers championnats du monde, je gagne une médaille et je me suis sorti les tripes donc je suis content.

 

Avez-vous aussi l'envie de dire aux gens : " Je n'ai que 19 ans, j'ai le temps, calmez-vous un peu " ?

Ça je le sais. Pas besoin de le dire aux autres. Je veux juste que les gens comprennent que le sport, ce n'est pas " si je dis que je vais gagner, je vais gagner ". Ça ne marche pas comme ça. Il y a beaucoup de facteurs qui rentrent en compte. J'ai la médaille, c'est l'essentiel, je ne repars pas de ces Jeux sans rien et j'ai engrangé de l'expérience.

 

Vous êtes vite passé d'un statut de junior inconnu à celui de favori pour la médaille d'or. Comment avez-vous vécu cette année où on vous a aussi demandé beaucoup de sacrifices ?

Ben j'en ai chié. On a fait plus de 82.000 kilomètres autour du monde. On a beaucoup bougé, cette compétition on l'a préparé grave. Beaucoup de sacrifices mais ça vaut le coup. Dans l'avenir, ça va être dur mais beaucoup moins. Maintenant c'est de l'entraînement. Il me reste un titre à aller chercher. Quand je vais me présenter aux championnats d'Europe ou du monde, je n'aurai pas de pression. J'ai déjà ces titres. Je vais essayer d'aller les rechercher, je vais me donner et je vais me faire plaisir. Et tant que je n'aurai pas ce titre olympique, je vais travailler pour. Il le faut, c'est ce qui me manque.

 

Si on vous dit Londres, vous pensez à quoi ?

Je n'y suis pas encore. C'est l'objectif sportif ultime mais pour l'instant je n'y pense pas. Pour l'instant, je veux m'amuser avec tout le monde, prendre mes vacances en Guadeloupe et m'éclater. Chaque chose en son temps.

 

Le public vous connaît déjà beaucoup, vous êtes devenu une star du sport français en très peu de temps. Comment le vivez-vous ?

Ça je l'ai vu, je l'ai senti quand je croise des gens dans la rue. Ce que je leur répondais, c'est que j'allais essayer de pas les décevoir et de tout donner. Et je pense que ça a été le cas. C'est peut-être pas passé en quart de finale mais j'ai la médaille, c'est déjà fort.

 

Quel est le programme de vacances de Teddy Riner pour décompresser ?

Je pars voir ma famille en Guadeloupe. Au moins un mois et sûrement plus. (Rires.) Ça va être repos total, jet ski ça c'est sûr, plage, profiter de ma famille, voir mes grands-parents et faire aussi la fête.

 

Vous êtes déjà revenu en Guadeloupe depuis votre explosion médiatique ?

Je ne suis revenu qu'une semaine cet hiver. Je suis venu incognito pour me ressourcer et voir mes grands-parents. Ça m'a fait beaucoup de bien mais c'était trop court.

 

Vous attendez-vous à un accueil particulier pour ce retour après les Jeux ?

Là, oui, ça risque d'être pas mal. Ça va être un truc de fou. La dernière fois, j'étais vraiment venu en " loosedé " (incognito, ndlr) et là je pense que ça va être un gros truc.

 

Les Jeux, c'est aussi une grande aventure humaine. Les frères Jeannet (médaillés d'or par équipe en épée, ndlr) nous ont même dit qu'il retiendront plus ça que le côté sportif. Et vous ?

C'est clair. Je suis sûr que quand je vais me barrer des Jeux je vais verser ma larme. Ce n'est pas que l'équipe de France de judo mais l'équipe de France de tous les sports. On vit tous ensemble, on vit la même aventure, avec un seul rêve. On apprend à se connaître, on se découvre, on rigole, c'est top. Je ne m'attendais pas forcément à ça mais je me disais que ça allait être grand. Moi je suis quelqu'un qui va vers tout le monde, j'adore rigoler et je suis dans mon élément dans un événement comme celui-là.

 

Avec quels sportifs français avez-vous particulièrement accroché ?

Je connaissais bien Gaël (Monfils, ndlr) par exemple. Mais les autres, comme les frères Jeannet ou les escrimeurs, je ne les connaissais pas trop et j'ai appris à les découvrir. Les gars de l'athlétisme aussi. Le handball, la gym, même si les gymnastes sont un peu réservés. Mais maintenant je les connais.

 

La vie au village, comment l'avez-vous trouvée ?

C'est grandiose. La Chine, ce qu'ils ont fait avec ce village, c'est super beau. On est comme des rois.

 

Vous êtes physiquement très impressionnant. Y a-t-il des champions, des stars du sport comme Nadal ou Federer, qui vous ont impressionné par leur aura ?

Nadal, non, il est tout petit. (Rires.) J'étais au self quand l'équipe de basket des États-Unis est passée, c'était la folie. Mais moi je ne suis pas dans un esprit " fan ". Je ne m'extasie pas. Je suis juste là à me dire : " Bien, ils méritent ça et tout ". Celui qui m'a fait rire, c'est Kobe Bryant. Il en joue, il aime bien ça, c'est le showman.

 

Avez-vous beaucoup parlé à des sportifs d'autres délégations ?

Pas vraiment. Vite fait, vraiment rapide. C'est genre : " Comment ça va ? Tu fais quoi comme sport ? Bon courage ". J'ai plus discuté avec les filles...

 

Quand on voit votre carrure, on a l'impression que vous avez besoin de manger des grosses quantités pour remplir ce grand corps d'énergie. C'est le cas ?

Non, pas vraiment, moi j'ai besoin de pâtes, des légumes. Je mange équilibré. Et les quantités ne sont pas énormes. Je ne mange pas beaucoup, je grignote. Une fois la compétition finie, je me massacre. (Rires.) Je ne mange que des cochonneries. Mais en petite quantité, en plusieurs fois. Là, le lendemain de mon tournoi, je suis passé 3-4 fois au McDo. Mais je ne le fais jamais quand je suis en compétition ou en stage. Toute la semaine avant mon tournoi, je me suis forcé à boire de l'eau pour que mon corps soit bien. Jusqu'à pisser pratiquement blanc ! J'y allais plus de six fois par jour. Là je me suis dit : " c'est bon, je suis bien ".

 

Que retiendrez-vous de ces Jeux ?

L'aventure humaine. Et puis ma journée. Les bastons que j'ai livrées, le public, mon petit Y à la fin. Il restera une décision car je sentais que c'était faisable d'aller chercher l'or. Mais ce sera pour la prochaine fois.

 

Sur le podium, vous avez dit au médaillé d'or, le Japonais Satoshi Ishii, que la prochaine serait pour vous. Que vous a-t-il répondu ?

Il m'a dit : " OK ". Du style " on verra bien "... Mais c'est clair qu'il est bon. Très bon.

 

Une fois la compétition terminée, vous avez enfin pu profiter d'une petite sortie en boîte. N'est-ce pas frustrant de ne pas pouvoir dégoupiller et faire la fête quand on veut quand on a 19 ans ?

En fait, je ne fais pas super attention. Quand j'ai envie de m'amuser, je m'amuse. Dès fois, je suis en boîte avec mon frangin ou des amis, et il suffit que quelqu'un me reconnaisse pour que le message passe dans la boîte et ça devient un truc de fou. Je fais la fête et les gens me suivent. Genre je monte sur l'enceinte et les gens sont là à crier : " Ouais Teddy ! Ouais Teddy ! Ouais Teddy ! " C'est un truc de dingue et moi je m'amuse.

 

Comment vivez-vous cela ? De manière générale, comment se comportent les gens avec vous ?

Je vis bien ce truc-là. Les gens sont gentils et sympas. La plupart du temps, ils s'amusent avec moi. Ils sont dans l'euphorie aussi. Ça ne devient jamais lourd ou pesant, c'est tranquille. Encore heureux...

 

Dans la rue, avez-vous des demandes spéciales du style " fais-moi une prise de judo " ou des trucs comme ça ?

Ouais ça m'arrive parfois. Et ça j'avoue c'est un peu lourd. Parce qu'il y en a parfois qui partent un peu loin, qui s'égarent. Et nous, tu vois, on ne peut pas les remettre à leur place.

 

Avez-vous déjà eu des gens qui ont cherché à vous pousser à la limite et à vous faire réagir ?

Non en général ça va. Ce n'est arrivé qu'une fois c'est tout. Mais vraiment ça devenait lourd. Ça s'est bien fini, je lui ai juste dit : " arrête, c'est bon ". Il n'a pas compris tout de suite mais à un moment il a vu que ça me cassait les couilles et il s'est arrêté. Il me mettait des grands coups de latte, il me disait " allez, allez ". Il essayait de me faire tomber donc je résistais. J'aurais dû le contrer et le planter sur la nuque. (Rires.)

 

Quel est votre programme de reprise après les vacances ?

Je reprends mes études et l'entraînement. Je suis dans ma dernière année de bac pro, je vais avoir des remises à niveau, je n'ai pas pu être très assidu cette année. (Rires.)

 

Vous avez déjà signé des contrats et plus vous deviendrez une star plus vous en signerez. Les études sont-elles la priorité pour vous ?

Il faut quand même que j'obtienne un diplôme. Mais je sais où je vais aller, je sais ce que je veux faire et je ne compte pas du tout sur mes diplômes pour m'y mener. Je n'en ai pas besoin, moi je veux plutôt être dans le business. Peut-être que je poursuivrai mes études pour bien comprendre comment ça se passe le commerce et le business mais c'est juste pour apprendre. J'ai déjà des idées, deux-trois commerce à gauche à droite, tranquille, être rentier quoi. (Rires.)

 

Comment vos parents vivent-ils votre réussite ?

Super bien. Ils me conseillent beaucoup. Ce sont mon père et mon avocat qui gèrent mes affaires. Beaucoup de gens croient que c'est Valérie et David Douillet. C'est faux. Ce sont mes parents et mon avocat. Moi, ce que je veux quand je signe des contrats, c'est que ça fonctionne dans les deux sens, que ce soit un duo, que quand ça ne va pas ils soient là pour moi et inversement. J'ai trois-quatre contrats et c'est comme ça. C'est un peu un système de famille donc c'est bien que mon père gère tout ça.

 

Vous rendez-vous compte de votre aura auprès de la jeunesse et que vous allez peut-être pousser certains à se mettre au judo ?

Ouais c'est mon côté jeune qui défonce tout. Je le vois un peu. C'est bien, ça fait plaisir. Le sport, ça change beaucoup de choses dans une vie. Ça peut te conduire au sommet, t'aider, t'occuper, te former et t'inculquer des belles valeurs.

 

Pour finir, qu'avez-vous envie de dire à vos supporters qui vous ont soutenu depuis la France pendant ces Jeux ?

Merci de m'avoir suivi, continuez, moi je serai toujours là pour vous faire vibrer, ne vous inquiétez pas. Peace !

 

Propos recueillis par Alexandre Herbinet, envoyé spécial à Pékin


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